Ça semble un peu irréel d’écrire ces mots. Dix ans. C’est presque impossible qu’autant d’années me séparent de Paul. Ça a passé si rapidement, et en même temps, ce temps-là avec lui me semble lointain. Et les premiers temps sans lui…
Il y a dix ans, quelques semaines après la mort de Paul, j’écrivais ces lignes pleines d’impuissance et de pleurs:
Malaise, malheur, coincé en travers de la gorge
Déchirure qui m’arrache l’intérieur
Mon cœur qui se débat. Mon corps qui se rebelle, qui retient chacune des traces de la dernière année. Qui veut tout garder pour lui. Lourdeur, douleur, fragilité. Sensation de m’éparpiller. De me vider. De me dissoudre de douleur.
Je me souviens si bien de cette impression de fin du monde qui m’habitait. J’avais tellement mal. Et l’impression que rien ne pourrait apaiser cette souffrance. Au fil des ans, pourtant, cette déchirure qui me traversait, qui emplissait tout mes moments, a cicatrisé. La marque est là, elle me tiraille encore parfois, mais elle ne me heurte plus comme avant.
Je regarde la neige tomber doucement. Il neigeait aussi il y a dix ans, quand nous avons quitté l’hôpital sans notre bébé, après les pires heures de ma vie. Mais c’est aussi dans le froid et la neige de janvier que nous avons vécu toute la douceur que nous avons partagée avec Paul. Le froid et le vent, la grêle, la neige, la glace, ça appartient à Paul, à sa saison.
Comme chaque année depuis neuf ans, samedi dernier, nous avons été visiter l’arbre de Paul, caché en haut d’une petite montagne, dans les terres au sud du fleuve. Après une montée essoufflante, les cristaux de givre qui couvraient toute la végétation au sommet m’ont semblé être une offrande.
Merci aux personnes qui étaient là, en personne ou en pensée, et qui ont rendu le moment si doux et coloré. Je vous aime
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Paul,
je te porte toujours
ton souvenir
ton passage
celui que tu as été
l’enfant que tu devrais être
celui que tu deviendrais
tu manques chaque jour à ma vie, à nos vies
je t’aime






J’ai pensé aux dix ans de Paul en ce mois de janvier. Tendres pensées pour le petit garçon qu il serait devenu.