un samedi

Il y a sept ans à cette date, on était un samedi. Il y a sept ans à cette heure, on était à l’hôpital.

Après une nuit à la maison à essayer de démarrer mon accouchement parce que j’avais perdu mes eaux, puis une journée et une nuit à essayer d’accoucher à la maison de naissance. Et des heures encore, à l’hôpital, à tenter de donner naissance à ce petit qui s’accrochait à moi. A qui je m’accrochais, peut-être, sans le vouloir. Je le voulais tellement, pourtant, ce bébé. Je voulais tellement qu’il naisse, qu’il soit enfin dans nos bras.

Il a fallu couper mon ventre, m’entailler pour le faire naître. Une déchirure entre nous, qui s’est étirée des heures. Lui à la pouponnière pour recevoir des antibiotiques. Moi je ne sais où, en attendant. J’ai dû dormir, j’étais épuisée après ces deux nuit à essayer d’accoucher. J’ai oublié ces heures. Je n’ai pas voulu me souvenir de la douleur de cette séparation qu’on m’imposait. Je me rappelle un peu de Patrice qui faisait l’aller-retour entre nous deux, qui me montrait les photos qu’il avait prises de notre bébé, quelque part au bout du couloir.

Presque quatre heures de perdues, sur les quatre semaines que nous allions avoir ensemble.

J’ai dit et redit et réécrit ces quatre semaines. Je ne sais pas vraiment comment dire ces sept années. Je voudrais que Paul soit là, que l’on célèbre ses sept ans en confinement, qu’il soit fâché de ne pas pouvoir inviter ses ami.es. On aurait été glisser peut-être? On aurait bu du chocolat chaud en rentrant, ou écouté un film tranquille. Quand j’essaie trop d’imaginer, quand j’entrevois un après-midi sur le canapé avec Paul et Aimé à regarder un film, je me heurte à trop d’obstacles. Est-ce qu’Aimé serait là si Paul était là? Est-ce que Malou ferait la sieste pendant ce temps-là? Je ne sais pas toujours comment faire cohabiter le songe et la réalité.

Il y a sept ans, après les quelques jours étourdissants à l’hôpital, enfin installée à la maison, Paul lové sur moi, je m’étais dit que ce serait mon seul bébé. Qu’il serait toujours assez pour moi.

Ce soir, c’est avec Aimé et Malou que nous mangerons une galette des Rois, que j’avais imaginé faire découvrir à Paul. Je ne saurai jamais s’il aurait aimé ça. Je ne verrai jamais mes trois enfants côtes à côtes à chercher une fèves dans la pâte feuilletée. Paul ne sera pas là.

Paul n’est pas là. Son absence reste entière.

Merci, Lucie et Anick, d’avoir rendu visite à l’arbre de Paul

Une réflexion au sujet de « un samedi »

  1. Douces pensées ❤️ Toutes ces questions si vrais, comme la personne que tu es. C’est un privilège de te côtoyer, ainsi que ta tribu. xxx

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