aujourd’hui

Ces derniers jours, les sentiments qui m’habitent par rapport à la maternité sont compliqués. Je me sens épuisée par la demande constante d’avoir deux enfants à la maison en tout temps en essayant en parallèle de continuer à travailler.

J’ai de la chance: je faisais déjà la majeure partie de mon travail à distance. Les chercheuses qui m’embauchent sont compréhensives et ne me mettent pas de pression même quand je n’arrive pas à accomplir les tâches prévues. J’ai de la chance: nous avons une maison spacieuse et une cour où les enfants peuvent jouer. Je me répète constamment que j’ai de la chance et pourtant, ça ne m’aide pas à me sentir mieux, à me sentir à ma place. Au contraire, je juge mes émotions négatives en me disant qu’objectivement, je ne devrais pas trouver ça aussi difficile.

Subjectivement, je pédale. Je me sens peu compétente comme mère, inefficace au travail, sans motivation à entreprendre des activités. Je sais bien que cultiver ma culpabilité face à ces constats ne sert à rien, mais je peine à m’en défaire.

Patrice est sorti dans la cour avec les enfants. Après avoir tenté sans succès de réparer une porte d’armoire de cuisine (nouveau déclenchement immédiat de mon sentiment d’incompétence) et passé l’aspirateur, j’ai jeté un coup d’œil sur Facebook et Instagram. Deux minutes, juste le temps d’être inondée de photos de bonheur domestique, d’enfants au sourire édenté et de brunchs de la fête des mères. Je retrouve certaines émotions qui m’habitaient lors de la première fête des mères après la mort de Paul. Une étrange solitude entremêlée à l’envie qu’on reconnaisse collectivement que cette journée est éprouvante pour plusieurs d’entre nous.

Alors qu’au cours des dernières années, j’avais été un peu indifférente à la fête des mères, je me rends compte que c’est quand je se sens moins bien dans mon rôle de mère que j’aurais le plus besoin que cette journée soit soulignée en douceur. J’imagine que je ne suis pas la seule. Alors j’ai envie de souhaiter beaucoup de douceur et de compassion aux personnes qui en ont le plus besoin.

fleurs.pngCelles qui ont perdu un ou plusieurs enfants,
Celles dont les enfants sont malades,
Celles dont la mère n’est plus là,
Celles qui ont dû couper les ponts avec leurs parents ou leurs enfants,
Celles qui ne sont pas reconnues comme des mères mais qui le sont tellement,
Celles qui essaient désespérément de le devenir,
Celles qui vivent de la peur et de la rage parce que leurs enfants sont la cible de racisme, d’homophobie, de transphobie, de capacitisme,
Celles qui se sentent seules aujourd’hui ou chaque année,
Celles qui trouvent ça difficile, pour plein de raisons.

Je pense à vous.

2 réflexions au sujet de « aujourd’hui »

  1. Typhaine, je ne lis pas tout le temps mais tes mots visent toujours juste. Tu touches des sentiments que l’on ne partage pas toujours. Prends soin de toi!

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