ramasser

Elle s’adresse à lui doucement, presque comme à un enfant :
– Viens, on rentre. On prendra un dernier verre à la maison.

Elle espère ne pas avoir à boire ce verre qu’elle promet. Elle espère qu’elle réussira à ramener tout le monde à bon port, qu’il ne dérapera pas. Pas ce soir. Pas cette nuit.

Funambule, elle pose les pieds prudemment sur cette mince ligne qui les sépare de la crise.

Comme souvent, elle a peur de devoir le ramasser à la petite cuiller demain matin.

 

 

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billet inspiré par le thème « bruyant » du projet MotsVembre
/////// j’ai envie de profiter de ce projet pour m’éloigner un peu du sentier battu de mon quotidien et tenter d’écrire des textes (ou des fragments) de fiction.

histoires de naissances (encore)

Au milieu d’une conversation avec l’amie d’une amie dans une soirée, on parle bébés et jeunes enfants qui grandissent vite. (Sans tomber dans le sentimentalisme, sans dire que « j’ai joint une grande famille en devenant parent », je dois dire que ces expériences partagées facilitent les conversations avec les personnes que je connais peu : il y a toujours quelque anecdote impliquant de la morve ou du pipi à raconter. Fin de la parenthèse). Tout en parlant de l’interaction entre ses deux enfants, elle pointe Aimé du menton en me disant, presque sur le ton de l’affirmation : « Vous allez en avoir d’autres après lui, j’imagine? »

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quelques problèmes de la dichotomie aidée/aidante

Une petite note avant de commencer : ça fait quelques jours que j’ai envie d’écrire un peu sur l’organisation des groupes de soutien aux personnes endeuillées suite à ma très courte expérience avec deux groupes dont j’apprécie le travail. Mon point de vue est probablement très limité mais je me lance tout de même… J’imagine que ça sert aussi à ça un blogue.

 

Je travaille dans un milieu où on parle beaucoup de « passer du je au nous ». Quand j’échange avec les personnes qui viennent demander du soutien ou des ressources au groupe pour lequel je travaille, j’essaie de trouver une petite ouverture pour aborder la façon dont leurs problèmes s’inscrivent dans un cadre plus large. Dans certains cas, c’est clair pour les gens qu’il y a des causes structurelles qui sous-tendent ce qu’ils vivent. D’autres fois, ce n’est pas si simple. Dans ces cas-là, j’essaie, quand c’est possible et opportun, de planter une petite graine de cette réflexion qui me semble incontournable : les problèmes vécus par les individus s’inscrivent dans un contexte socio-culturel donné, et les « vraies » solutions à ces problèmes impliquent une remise en question de structures sociales problématiques.

Cette façon de voir les choses me guide en dehors du travail. C’est moins une déformation professionnelle qu’une raison pour laquelle je fais et j’aime ce travail. Ceci dit, je reconnais les aspects problématiques de ce type de poste, de cette professionnalisation de certains rôles dans les luttes pour plus de justice sociale. L’un d’eux est la hiérarchie qui s’installe souvent entre intervenant-e-s et participant-e-s (ou militant-e-s). Cette asymétrie s’articule parfois autour de l’argent (salariat pour l’un-e, bénévolat pour l’autre), de la reconnaissance sociale (profession pour l’un-e, demande de services pour l’autre). Parfois aussi, l’asymétrie découle de la définition même de la relation d’aide. D’un côté, l’aidant-e, de l’autre, l’aidé-e.
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pour (essayer d’) en finir avec l’auto-censure

On dit qu’une personne est lourde quand elle nous semble se vautrer excessivement dans des émotions perçues comme négatives – par exemple la colère, l’anxiété et la tristesse. Le mot ‘lourdeur’ a une connotation péjorative et, de fait, est porteur de censure. On peut donc l’utiliser comme bâillon, de façon à ne pas avoir à gérer les émotions de la personne en face, à ne pas subir un drain émotif malvenu.

Mimi

La fête nationale. Une part de moi s’en fout un peu, et je ne me sens pas l’énergie d’exposer des critiques politiques/constructives à ce moment d’étalage collectif d’un nationalisme un peu vide. De toute façon, plein de gens l’ont fait tout à fait adéquatement et se sont fait un plaisir de le partager sur leur réseau social de choix. Alors pour ma part, je n’ai pas partagé à ma ribambelle « d’ami-e-s » ce que j’en pensais. Pourtant, j’avais le temps. Et, au fond, j’avais quelque chose à dire.
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