a year ago

A year ago today, according to some new weird facebook feature, i posted three photos of Paul. The only photos i shared while he was alive. A year ago today, we brought Paul back home after a short stay at the hospital. A year ago today, i felt relieved to get out of the hospital and be able to finally enjoy my son’s presence without the constant interruption of a well-intentioned nurse. Even though i was thankful to be taking home a healthy baby, i could not understand how incredibly lucky i was to have had an uneventful pregnancy leading to a strong and relaxed 8-pound baby.

A year ago today, half a continent away, another baby was born. He was much smaller. He needed a longer stay at the hospital. But he, too, was expected to become strong enough for his loving family to take him home with them, and to start enjoying his presence without the oversight of medical personnel. That is not how things went. He never made it home.

The last eleven months have been filled with pain and awful hours of grief and doubt and guilt. Through these complex and difficult times, however, i have been lucky to « meet » other mothers who could understand, sometimes better than the people closest to me, what i was dealing with. They too felt distrust and anger and the bottomless sadness of losing their babies. Even though i wish we had never had any reason to bond over our shared experiences of grief, i am so thankful for their presence in my life.

Today, the son of one of these women i have become friends with despite having never met should be one year old.
Tonight a candle burns in my home for Zachary and his family.

premier acte

Un an déjà. Un an tout juste.
À l’arrivée de Paul dans ma vie, je savais qu’il me changerait. Je savais que je ne serais plus la même. Je ne savais pas à quel point ma vie, déjà intensément bouleversée, était sur le point d’être transformée de nouveau. Je ne savais pas qu’après seulement quelques semaines de bonheur et de découvertes, j’aurais à explorer la douleur sans fond de la mort de Paul. Mais aujourd’hui n’est pas une journée pour faire le bilan de mon deuil. Aujourd’hui est une journée pour Paul. Une journée tournée vers sa vie et sa présence dans les nôtres.

IMG_5026J’ai mal dormi cette nuit. Je me suis réveillée cent fois, espérant qu’en me retournant une fois de plus dans le canapé-lit où nous dormons depuis quelques jours, je trouverais la réponse à mes questions. Comment célébrer la vie de Paul sans lui? Comment rendre compte de sa présence dans le monde alors qu’il n’est plus là pour y laisser ses empreintes? Comment rendre son existence palpable pour les autres alors que tant semblent déjà l’avoir oublié?

Nous allons devoir improviser. Créer des gestes que l’on ne connait pas encore. Inventer des rituels qui n’existent que pour nous.

Hier, j’ai décidé de ne pas profiter de la soirée pour renouer avec les ami-e-s perdu-e-s de vue que je devais voir pendant ce séjour à New Orleans. J’ai décidé de m’écouter et de prendre du temps pour moi, pour tourner mes pensées vers Paul. Un premier acte pour ouvrir la journée qui s’entame.

Sans en connaître encore le scénario exact, je connais le fil conducteur qui devra la guider. Paul.

confusion

Une nouvelle année commence. Les derniers jours se sont bousculés comme dans un tourbillon. Je n’ai pas su planter fermement mes pieds dans la réalité pour prendre le temps de m’arrêter. Je me suis laissée porter par les flots, les attentes, les demandes, peut-être un peu pour me protéger de la vertigineuse réalité.

Il y a un an, mon monde était tout autre. Le premier, j’entrais dans l’année pleine de confiance. Le 2, je perdais mes eaux. Le 3, j’entamais les longues heures de travail. Le 4, enfin, Paul arrivait. Dans trois jours, il devrait avoir un an. Dans trois jours, ça fera un an que notre relation extra-utérine, si intense, si fusionnelle, a débuté. Paul devrait avoir un an. Il devrait sourire, manger, se déplacer, se tenir debout peut-être? Il aurait dû nous accompagner pendant notre périple des fêtes. Il aurait dû pleurer au décollage de l’avion, charmer nos familles, se tortiller sur les genoux de son papa pendant le mariage de mon frère, passer de bras en bras sous les regards attendris, découvrir le monde avec nous. Nous devrions être maintenant des parents avec un an d’expérience. Un an de couches, de bains, d’ongles à couper. Un an à grandir, à se découvrir. Lire la suite

radio-induced thoughts

We’ve been travelling. I’ve been listening to a lot of radio and podcasts. Often, the stories i hear bring me to think about different aspects of grief. Sometimes, they allow me to explore new facets of grief, to better understand the processes i am going through. So here are a few recent radio-induced thoughts.

Radiolab, a show i enjoy despite some of its problematic aspects (i.e. it’s is very white/western- and male-centered) tackled a complicated topic this week. Its team attempted to “put a price on the priceless”, including human life. In a conversation about what we collectively should spend on keeping people alive with the help of high-end drugs, they ask what is a month of human life is worth. How much is it ok to spend to extend someone’s life for a year? They discuss these questions with different specialists but also ask people on the street “what is a year of life worth?” Most people took a lot of time to answer and asked many questions to better understand the context of this question, and the quality of life they would benefit from. 5 000$, 10 000$, 10M$… 7$. As the reporter said, the answers were « all over the place ».

I stuck me as odd that the reporter asked people to put a value on a year of their own life, and even more so that some people asked whether they would have to reimburse what they would need to borrow. I would have been curious to hear how much people would estimate a year of their loved ones’ life is worth. What answer would you get if you asked parents to answer what their child life is worth? What if you asked parents who have lost a child?

Or would it be an entirely pointless and painful question?

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rétrospectives

Noël 2013. Je suis enceinte jusqu’aux oreilles. Physiquement, je me sens lourde et épuisée. J’ai l’impression que mon corps n’en peut plus de cette grossesse. Je prends une bière sans alcool pour faire semblant de faire la fête avec les autres mais elle n’a pour effet que de me faire enfler les pieds et les chevilles, qui ne forment maintenant qu’une structure unique et rotonde. J’en ai marre d’être enceinte. J’essaie de ne pas me laisser aller à jalouser ma cousine qui doit accoucher deux semaines après moi et qui semble en pleine forme.

Malgré l’inconfort, je me sens heureuse, pleine d’espoir. J’ai l’impression que l’année 2013, qui avait plutôt mal commencé, cèdera sa place à une année glorieuse. Un an plus tôt, mon temps des fêtes avait été marqué par une fausse-couche. Loin de chez moi, et loin de mon amoureux, j’avais dû faire face à la fin abrupte de cette grossesse que j’entamais tout juste. J’avais ensuite passé les premiers mois de 2013 à tenter de faire taire ma peur tout à fait irrationnelle de ne pas pouvoir retomber enceinte. Puis, la grossesse tant désirée s’était révélée beaucoup plus pénible que je ne l’avais escompté. Mais là, fin décembre 2013, il me semblait que ces obstacles — somme toute mineurs, j’en conviens — ouvraient la porte à un avenir qui serait forcément heureux.

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fragments nocturnes

Moi qui traîne une fatigue lourde depuis des semaines, qui passe des heures chaque jour à penser à dormir, moi qui dors parfois trois heures au milieu de la journée simplement parce que je peux, je ne dors pas. À cette heure nocturne qui n’attend que ça de moi, je ne dors pas. J’essaie de me détendre en écoutant un podcast – Strangers. Évidemment, je tombe sur un épisode qui me renvoie à mes angoisses actuelles.

L’histoire d’un homme qui a perdu sa mère, puis son frère, puis son père en moins d’une dizaine d’années quand il était jeune. Il raconte son parcours, parle de sa tendance à s’accrocher au passé, au « bon vieux temps » où sa famille était encore un tout cohérent. Plus de cinquante ans après ces décès de ses proches, il se demande si on connait vraiment les gens que l’on perd… L’idée qu’on s’en fait n’est-elle pas plutôt un portrait que l’on remodèle encore et encore en fonction de qui l’on est, de qui l’on devient?

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carcans

Grief is subversive, undermining the quiet agreement to behave and be in control of our emotions. It is an act of protest that declares our refusal to live numb and small. There is something feral about grief, something essentially outside the ordained and sanctioned behaviors of our culture. Because of that, grief is necessary to the vitality of the soul. Contrary to our fears, grief is suffused with life-force.

—   Francis Weller, “Entering the Healing Ground”

 

Le deuil est subversif et remet en question les conventions qui nous forcent à rester en contrôle de nos émotions…
Est-il possible alors que de me retrouver dans un milieu où les conventions sont plus présentes, plus rigides, que dans ma vie courante remette en question ma manière « habituelle » de vivre mon deuil?

Depuis bientôt dix mois, j’ai décidé de vivre ce deuil de manière plus ouverte. J’ai partagé mes expériences et mes réflexions avec des dizaines de personnes, incluant plusieurs que je ne connais pas. Pourtant, je me prend à respecter le consensus tacite qui semble exister autour de moi ces jours-ci. Je ne parle pas de Paul, je ne parle pas du fait que je suis encore parfois paralysée par la peine.

À l’approche de son premier anniversaire, je ne sais pas ce que je ferai, ce que nous ferons pour célébrer son passage trop bref dans nos vies. Peut-être la réponse à cette question se situe-t-elle dans l’ouverture à l’aspect sauvage, animal, de ce qu’est le deuil réellement, lorsqu’on le laisse s’évader du carcan des conventions?

après le déluge

Ma grossesse pour Paul, comme celle-ci, a été rythmée par des rendez-vous mensuels, puis plus fréquents, à la maison de naissance. J’ai tellement de bons souvenirs associés à ce lieu. Entendre battre le cœur de mon bébé pour la toute première fois. Sentir la complicité et la confiance s’établir entre moi, P. et les sages-femmes qui assuraient le suivi de ma grossesse. Vivre un moment de soulagement à chaque rendez-vous ponctué de bonnes nouvelles — l’utérus grandit comme prévu, le cœur bat bien, l’échographie n’a rien révélé d’anormal. Même si l’accouchement que j’avais espéré ne s’est pas matérialisé, les heures passées dans l’une des chambres de la maison de naissance ont été immensément importantes pour moi. Elles m’ont permis de découvrir des capacités que je ne me connaissais pas, elles m’ont permis de me dépasser, elles m’ont fait apercevoir des possibilités prometteuses. Je me suis sentie en sécurité dans cet espace tellement plus en phase avec mes valeurs et mes souhaits que l’hôpital voisin où Paul est né.

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regrets/amour/espérance

Hier, j’ai pris la voiture pour aller travailler et faire quelques courses, et je suis tombée sur une émission que j’aime bien à la radio, Plus on est de fous, plus on lit. Marie-Louise Arsenault entamait une entrevue avec Luc Ferry, un philosophe et ancien ministre de l’Éducation français (pendant les années Chirac). A priori, pas un invité qui m’inspirait outre mesure.

Il commence à parler d’Homère et de la sagesse. Puis ses mots m’accrochent :

Le sage est celui qui comprend qu’il y a deux pièges dans l’existence. Le passé et le futur.

Constamment, on est dans la nostalgie et les souvenirs, et quand on s’en arrache, on est dans l’espérance que ça ira mieux après, quand on aura changé de ceci, de cela.

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