la musique

Aimé s’est mis à chanter.
Ce n’est pas encore limpide, mais depuis une semaine ou deux, on distingue Au clair de la lune, qu’il a appris à la garderie.

L’entendre chanter, ça évoque des souvenirs de mes parents.

Des souvenirs de ma mère, qui fredonnait beaucoup, qui m’a laissé en héritage plein de bribes de chansons, et quelques autres dont toutes les paroles sont gravées en moi. Lire la suite

explorer

J’essaie ces jours-ci de me concentrer à écrire mon mémoire mais je m’éparpille dans plein de projets. Certains, rêvés il y a longtemps et oubliés, qui s’imposent soudain à moi. D’autres, récents, que j’ai de la difficulté à refuser. Et puis il y a ce projet-ci, espace-lieu d’écriture destiné à Paul, à mes souvenirs de lui, aux manières qu’il a de continuer d’être présent, à la vie qui se poursuit.

L’urgence de chercher, de creuser, et de partager mes réflexion, constante dans les premiers mois du deuil, s’est apaisée. Elle va et vient et revient selon un rythme qui lui appartient. Elle se manifeste parfois dans des contextes étonnants.

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déclencheurs

Je suis parfois étonnée de me sentir si bien, de vivre tant de moments de joie, ou de m’inquiéter de petites choses désagréables qui pèsent si peu face à des événements réellement difficiles — les traces laissées par des bottes, le repas qui a un peu brûlé. L’intensité du deuil des dernières années est encore assez vive dans ma mémoire pour que je sois surprise de réussir à vivre aussi « normalement » aujourd’hui.

Peu de temps après avoir entamé ce blog, je notais à quel point n’importe quel mot, n’importe quel objet, aussi insignifiant soit-il, pouvait être un élément déclencheur de souvenirs douloureux. Je me souviens avoir été souvent prise de court. Arriver à une fête de quartier au tout début de l’été sans m’être préparée à voir autant de bébés, de poussettes et de jeunes enfants. Avoir envie de me sauver, d’éviter d’entrer en contact avec tous ces gens au bonheur apparemment si insouciant.

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lentement

Les changements se sont faits doucement, lentement.
Comme l’âge qui s’installe subtilement dans les corps et les visages, changements imperceptibles au quotidien mais qui nous sautent aux yeux en feuilletant un album de vieilles photos.

Tout à l’heure, au hasard d’un podcast, j’écoutais une femme parler du journal particulier que tenait son grand-père. Pour chaque journée de l’année, une page désignée où il consignait diverses informations. Ses projets du moments, ses repas, sa pesée annuelle… des archives analogiques minutieuses, d’avant le temps où tout s’enregistre, qu’on le veuille ou non, d’avant l’ère de facebook qui m’accueille le matin avec des « souvenirs », sans faire de différence entre des moments réellement marquants, parfois intenses, et la plus insignifiante des pensées que j’ai eu l’idée de partager il y a quatre ou cinq ans.

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vite!

vite, faut se lever!
vite, préparer le sac, plier les couches, préparer des vêtements de rechange, manger une bouchée et demie
vite, guider la main droite dans la manche droite, la main gauche dans la manche gauche
vite, la journée commence

vite, il faut que j’avance
vite, il faut que je fasse avancer
mes projets, mes souhaits
que je produise, que je reproduise

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la saison

la saison
des tuques et des foulards
des mitaines perdues
des orteils gelés
des joues rougies

la saison
des nouveaux-nés emmitouflés
collés sur leurs parents
cachés
camouflés

la saison
où j’ai peur
que l’un
que l’une
puisse cesser de respirer

la saison
où je cherche une raison
pour m’approcher
pour vérifier

que non, que ça va

que ça va

les places vides

Dans les garderies en milieu familial, il y a généralement six enfants dans le groupe. C’est le maximum prévu du moins. À la garderie d’Aimé, il n’y a que cinq enfants. Je ne peux m’empêcher d’imaginer cette place vacante occupée par Paul. Il y a une place pour lui, mais elle reste vide.

À l’anniversaire d’un cousin qui est né trois mois avant Paul, c’est pareil. Je regarde les enfants jouer dans le parc. Je les observe, installés à la petite table de plastique à manger de la pizza. Je vois Aimé prendre doucement sa place parmi les cousins et cousines et je ne peux m’empêcher d’envisager comment les choses auraient pu être.

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du beau

Octobre est un mois dédié à la sensibilisation au deuil périnatal. Pour plusieurs parents, c’est un moment pour prendre du recul, pour faire le point sur leur vécu, et pour partager leur amour pour leur.s bébé.s, notamment par le biais de projets créatifs comme Capture Your Grief (qui propose un thème quotidien pour explorer le deuil par le biais de la photo, un projet auquel j’avais participé activement en octobre 2014).

L’autre jour, au détour d’un échange sur complètement autre chose, j’ai lu cette phrase qui me semblait toute désignée pour les parents qui vivent un tel deuil, et particulièrement pour les personnes qui s’embarquent dans cette aventure photographique pour un mois. Des personnes qui, face à la souffrance, arrivent à créer du beau*…

The most beautiful people we have known are those who have known defeat, known suffering, known struggle, known loss, and have found their way out of the depths. These persons have an appreciation, a sensitivity, and an understanding of life that fills them with compassion, gentleness, and a deep loving concern. Beautiful people do not just happen.

— Elisabeth Kübler-Ross

* Cela dit, tout le deuil n’a pas à être « beau ». Ce qui doit être vécu peut l’être, sans égard à des critères esthétiques et sans s’inquiéter de « bien » faire son deuil…

échappé(e)

Pendant des mois, j’ai écrit à peu près tous les jours. Sur Paul. À Paul. Pour Paul. Je m’installais au clavier, souvent sans avoir trop réfléchi au sens de ce que je voulais dire, encore moins aux mots qui pourraient l’exprimer. Pendant des mois, les mots ont poussé au bout de mes doigts sans que j’ai à y penser. Je me relis de temps en temps et je m’étonne de ce qui m’habitait. Il y a une marge entre me souvenir d’avoir été démolie, et lire mes pensées, telles qu’elles se sont exprimées quotidiennement.

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