pédaler

Tu pédales. Fort.

Même si tu sais qu’objectivement, les risques sont faibles, la peur t’habite alors que tu t’engages sur ce tronçon isolé de la piste cyclable. Tu prends de la vitesse pour te donner du courage. Malgré la pente, malgré tes cuisses qui commencent à brûler, tu pédales. Effrayée, le souffle court, tu pédales.

Tu n’as croisé personne depuis que tu es partie. Mais ce n’est pas la solitude qui te fait peur.

Une vie à te faire dire de faire-attention-de-pas-rentrer-seule-pas-dans-le-noir-pas-à-c’t’heure-là-c’est-dangereux, et la peur a fait son nid au creux de ta cage thoracique. Elle est chez elle maintenant.

Tu n’essaies même plus de la foutre à la porte.

Tu pédales.

 

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billet inspiré par le thème « effrayé.e » du projet MotsVembre

rock

Les jambes étendues devant moi, j’inspecte les motifs que le sol a créé sur mes orteils, mes pieds, mes chevilles. Quelques poils dressés portent une petite calotte de bouette, mes ongles se démarquent sur ce fond taché par la terre rougeâtre.

Ma sandale de caoutchouc a rendu l’âme tôt dans soirée, je m’étonne de m’en tirer sans une blessure de guerre pour graver en moi ces heures, ce son qui continue de m’habiter.

Le soleil me force à émerger de ma tente à effet-de-serre.
La nuit a été si longue et trop courte à la fois.

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billet inspiré par le thème « rock » du projet MotsVembre

insouciance (2)

perdue
vue pour la dernière fois
un matin de janvier
elle s’est sauvée
elle ne portait pas de collier

valait pas la peine d’essayer de la rattraper
c’était pas loin du boulevard Hamel
elle s’est probablement fait écraser

odeur de pneus crissant sur l’asphalte
haut-le-cœur d’une sirène stridente
artère porteuse de mauvaises nouvelles

master-virginia-vf-04

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image: copyright Isabelle Arsenault (source)

billet inspiré par le thème « perdu.e » du projet MotsVembre

triste ///// cachée

Il y a si peu de temps
j’aurais explosé de mille mots précipités
les phrases écrites depuis
ont emporté avec elles
ont lavé / relavé / délavé
le lexique de ma tristesse.

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comme une toune cachée
tu me surprends alors que je ne m’y attendais plus

 

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billet inspiré par les thèmes « triste » et « caché » du projet MotsVembre

ramasser

Elle s’adresse à lui doucement, presque comme à un enfant :
– Viens, on rentre. On prendra un dernier verre à la maison.

Elle espère ne pas avoir à boire ce verre qu’elle promet. Elle espère qu’elle réussira à ramener tout le monde à bon port, qu’il ne dérapera pas. Pas ce soir. Pas cette nuit.

Funambule, elle pose les pieds prudemment sur cette mince ligne qui les sépare de la crise.

Comme souvent, elle a peur de devoir le ramasser à la petite cuiller demain matin.

 

 

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billet inspiré par le thème « bruyant » du projet MotsVembre
/////// j’ai envie de profiter de ce projet pour m’éloigner un peu du sentier battu de mon quotidien et tenter d’écrire des textes (ou des fragments) de fiction.

vite!

vite, faut se lever!
vite, préparer le sac, plier les couches, préparer des vêtements de rechange, manger une bouchée et demie
vite, guider la main droite dans la manche droite, la main gauche dans la manche gauche
vite, la journée commence

vite, il faut que j’avance
vite, il faut que je fasse avancer
mes projets, mes souhaits
que je produise, que je reproduise

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