impatience

Les derniers jours ont été empreints de confusion, d’impatience, de stress.
De répétition aussi. De « Non, je n’ai pas encore accouché. »

Mes après-midi fatigués sont baignés par des larmes de frustration, et par ma gêne de ne pas réussir à terminer cette grossesse de façon plus positive, plus gracieuse, ou honorable, ou je-ne sais-quoi…

L’attente, l’impatience, la peur devant l’inconnu ont toutefois cet effet secondaire positif. Par rapport à l’année dernière, je ne me suis pas sentie aussi agressée par la chorale consensuelle qui appelle à souligner la fête des mères à coups de cartes et de brunchs et de fleurs. Je ne me sens pas particulièrement seule aujourd’hui, enfant sans ma mère, mère sans mon enfant, parce que je me sens tellement seule ces jours-ci. Les jours d’attente, d’inquiétude, d’impatience noient cette journée dans un cocktail confus de hâte et d’impuissance et diluent son importance. Aujourd’hui comme hier, comme demain probablement, mon empressement à accoucher domine mes sentiments. Lire la suite

derniers jours

Dans les guides pour les nouveaux parents et les applications de grossesse, qui s’adressent semble-t-il en priorité aux parents (ou aux mamans) qui attendent leur premier enfant, j’ai lu à plusieurs reprises des conseils du genre « profitez de ces dernières journée en amoureux, après vous n’aurez plus le temps ». Parfois, un conseil du même genre est donné aux parents qui ont déjà un-e petit-e à la maison: « profitez de vos derniers moments en tête-à-tête avec votre ainé-e ». C’est ce que disent aussi les mamans-blogueuses qui attendent bébé #2. C’est ce que m’aurait conseillé ma sage-femme, j’imagine, quand je lui ai dit mardi que j’étais impatiente d’accoucher. C’est ce qu’elle aurait pu me dire si Paul avait été là, petit marcassin de seize mois.

À la place, elle a insisté sur le fait que le bébé est au meilleur endroit pour lui en ce moment, et qu’il ne m’en reste pas long à patienter — ce qui est vrai et plein de sens mais qui ne calme pas mes angoisses. À la place, j’ai dû me retenir de pleurer en entendant sa stagiaire nous dire qu’on se croisera peut-être dans deux ans, quand elle aura terminé sa formation, si on attend un deuxième enfant. À la place, je me suis retenue de lui dire à quel point ça me fait mal de l’entendre oblitérer l’existence de Paul. À la place, je lui ai répondu avec une phrase vide et à peu près polie, que pour l’instant je me concentrais sur ce bébé.

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ça

Décider de devenir parent, de mettre un enfant au monde, implique forcément de faire un saut dans le vide, de croire un instant que l’on peut défier la mort. Il y a des années que j’avais hâte d’en arriver là dans ma vie. Je savais qu’il était souhaitable d’attendre qu’un minimum de conditions soient réunies pour accueillir un enfant dans ma vie mais je n’ai jamais dressé de longue liste de choses à accomplir avant la maternité.

Je crois qu’au fond de moi, je sais depuis longtemps que je veux avoir des enfants rapidement pour pouvoir en profiter le plus longtemps possible, une logique pas infaillible que je tiens de mon expérience d’avoir des parents plus âgés qui sont tous les deux décédés beaucoup trop tôt. Je savais que d’avoir des enfants 10 ans plus tôt que mes parents ne garantirait en rien que je passerais 10 ans de plus à en profiter, que j’offrirais 10 ans de plus sans deuil important à mes enfants. Je savais ça mais ça n’a pas empêché ce calcul étrange de jouer un rôle dans ma décision de devenir maman au moment où je l’ai prise.

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quinze

quinze mois je n’y crois pas
quinze mois sans Paul
quinze jours avant l’arrivée
d’un petit frère ou d’une petite sœur
peut-être un peu moins
pas beaucoup plus en tout cas

quoi qu’il arrive
j’approche d’un tournant
avec l’impatience
grandit en moi une certaine confusion
la tristesse et la promesse du bonheur
entremêlées / entrelacées / enchevêtrées

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renversement

Aujourd’hui, je me suis retrouvée, je pense, dans une situation étrange. Une sorte de renversement de rôles auquel je ne m’attendais pas. Je dis « je pense » parce que je ne suis même tout à fait certaine d’avoir bien saisi la situation en question. Mais je crois que sans le vouloir, j’ai fait subir à une maman ce que je voulais éviter à tout prix il y a quelques mois.

Après être allée aller manger avec une collègue, de passage à mon travail pour répondre à quelques questions de la personne qui me remplace, je me suis retrouvée au milieu d’une de ces conversations typiques de fin de grossesse. Il faut dire que je me sens à l’aise d’aborder ces questions avec mes collègues, qui ont été extrêmement présent-e-s et à l’écoute suite à la mort de Paul, à mon retour au travail l’an dernier, puis à l’annonce de cette nouvelle grossesse. J’ai répondu à leurs questions sur la position du bébé, j’ai partagé mes impressions par rapport à mon congé, et à l’attente de l’arrivée de bébé-de-mai.

La conversation était légère. Je ne sentais pas le besoin d’exprimer mes inquiétudes face au futur, justement parce que je n’avais pas à les cacher. Savoir que j’aurais pu en parler avec ces personnes, savoir qu’elles m’auraient écoutée me suffisait. Alors je m’en suis tenue à des aspects plus banals de mon quotidien. De l’extérieur, j’imagine, j’avais l’air d’aborder ces derniers jours de grossesse avec la même confiance qui m’habitait juste avant la naissance de Paul. J’avais l’air de vivre dans l’ignorance de tout ce qui peut mal tourner, dans la naïveté qui précède le drame. J’avais l’air d’avoir rejoint le monde des vivant-e-s, du normal, du simple.

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y croire

Pendant la fin de semaine, j’ai reçu un court message d’une amie — le genre de message que j’aimerais recevoir plus souvent tant il m’a fait du bien. Elle me racontait un rêve qu’elle avait fait la nuit précédente. Dans son rêve, nous étions avec des ami-e-s et des enfants dans un grand parc au bord de la rivière, dans notre quartier, et un petit garçon arrivait en s’exclamant sur le beau temps et la chaleur. C’était Paul.

Ce n’ai pas moi qui ai fait ce rêve, et pourtant, en lisant les quelques lignes qu’elle m’a envoyé, des images claires et colorées me sont venues à l’esprit. Sans effort, j’ai vu ce Paul, grandi, capable de courir, de parler, Paul heureux comme il aurait dû l’être. Pendant un instant, ce qui aurait dû être a pris le pas sur ce qui est, sur la réalité à laquelle je me suis habituée, bien malgré moi.

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audio

La fatigue et l’impatience, mêlées aux préparatifs en vue de l’arrivée de bébé-de-mai, font que je manque un peu d’inspiration… j’en ai donc profité pour rassembler les mots de quelques autres personnes sur la mort, le deuil, et l’oubli.

Dans la barre de droite du blogue, j’ai compilé une liste de quelques podcasts et extraits radio que j’ai trouvé touchants, éclairants, intéressants, au fil des derniers mois, et qui ont contribué à alimenter mes réflexions sur le deuil. Cette liste qui comprend surtout des épisodes de podcasts auxquels je suis abonnée, et est appelée à s’allonger au fil du temps. D’ailleurs, n’hésitez pas à me faire part de vos recommandations, tant en français qu’en anglais.

Et pour finir, une chanson de Brel, toujours aussi bouleversant, dont les paroles ont croisé mon chemin aujourd’hui et qui me semblent si justes.

On n’oublie rien de rien
On n’oublie rien du tout
On n’oublie rien de rien
On s’habitue c’est tout

fines lignes roses

Il y a deux ans, presque jour pour jour, une très fine ligne rose nous annonçait le tout début de ton aventure parmi nous. Une marque verticale presque imperceptible à moins d’avoir l’œil aguerri par l’espoir. Pareil pour les sensations subtiles qui commençaient à m’habiter, porteuses d’un bonheur plein d’étonnement.

Les neuf mois qui ont suivi n’ont pas été de tout repos. De ta place privilégiée, tu m’as sûrement entendue me plaindre de mes petits maux, de mes pieds enflés, de mes chevilles disparues, de ma fatigue intense. Je n’ai pas vécu la grossesse légère et épanouie dont j’avais rêvé. Mais tous ces désagréments, sans compter celui, mal vécu, d’avoir « raté » mon accouchement, ont valu la peine. Ils ne sont rien face au bonheur intense que tu nous as fait vivre.

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snail travels

Last week, P. and I went to Detroit to visit my brother, sister-in-law and brand-new-adorable niece, S..
An intense journey, both physically — a very long drive for my very pregnant self — and emotionally. A travel through space, through time, in a way, as i was reliving vicariously the vertiginous first few days with a baby, but also a travel into an unknown, unexplored reality.

A reality in which my little brother is now a dad, in which he is learning to parent as i struggle not to be able to have more perspective on this role i should be well acquainted with by now. The jealousy and envy i have felt at some points since knowing Paul would have a cousin before i could give him a brother or a sister has receded, but as the days pass, i wonder how i will feel once S. reaches and sails past 28 days of life. I don’t know what to make of this reality but accept it exists, and go along with it.

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