premier acte

Un an déjà. Un an tout juste.
À l’arrivée de Paul dans ma vie, je savais qu’il me changerait. Je savais que je ne serais plus la même. Je ne savais pas à quel point ma vie, déjà intensément bouleversée, était sur le point d’être transformée de nouveau. Je ne savais pas qu’après seulement quelques semaines de bonheur et de découvertes, j’aurais à explorer la douleur sans fond de la mort de Paul. Mais aujourd’hui n’est pas une journée pour faire le bilan de mon deuil. Aujourd’hui est une journée pour Paul. Une journée tournée vers sa vie et sa présence dans les nôtres.

IMG_5026J’ai mal dormi cette nuit. Je me suis réveillée cent fois, espérant qu’en me retournant une fois de plus dans le canapé-lit où nous dormons depuis quelques jours, je trouverais la réponse à mes questions. Comment célébrer la vie de Paul sans lui? Comment rendre compte de sa présence dans le monde alors qu’il n’est plus là pour y laisser ses empreintes? Comment rendre son existence palpable pour les autres alors que tant semblent déjà l’avoir oublié?

Nous allons devoir improviser. Créer des gestes que l’on ne connait pas encore. Inventer des rituels qui n’existent que pour nous.

Hier, j’ai décidé de ne pas profiter de la soirée pour renouer avec les ami-e-s perdu-e-s de vue que je devais voir pendant ce séjour à New Orleans. J’ai décidé de m’écouter et de prendre du temps pour moi, pour tourner mes pensées vers Paul. Un premier acte pour ouvrir la journée qui s’entame.

Sans en connaître encore le scénario exact, je connais le fil conducteur qui devra la guider. Paul.

confusion

Une nouvelle année commence. Les derniers jours se sont bousculés comme dans un tourbillon. Je n’ai pas su planter fermement mes pieds dans la réalité pour prendre le temps de m’arrêter. Je me suis laissée porter par les flots, les attentes, les demandes, peut-être un peu pour me protéger de la vertigineuse réalité.

Il y a un an, mon monde était tout autre. Le premier, j’entrais dans l’année pleine de confiance. Le 2, je perdais mes eaux. Le 3, j’entamais les longues heures de travail. Le 4, enfin, Paul arrivait. Dans trois jours, il devrait avoir un an. Dans trois jours, ça fera un an que notre relation extra-utérine, si intense, si fusionnelle, a débuté. Paul devrait avoir un an. Il devrait sourire, manger, se déplacer, se tenir debout peut-être? Il aurait dû nous accompagner pendant notre périple des fêtes. Il aurait dû pleurer au décollage de l’avion, charmer nos familles, se tortiller sur les genoux de son papa pendant le mariage de mon frère, passer de bras en bras sous les regards attendris, découvrir le monde avec nous. Nous devrions être maintenant des parents avec un an d’expérience. Un an de couches, de bains, d’ongles à couper. Un an à grandir, à se découvrir. Lire la suite

immobilité

Depuis le début du mois, j’ai suivi à peu près assidument les thèmes suggérés par le projet Capture Your Grief. Écrire et illustrer le deuil, mon deuil, en partant de sujet proposés par quelqu’une d’autre est intéressant, je trouve. Ça me permet d’explorer des éléments du deuil auquel je n’aurais pas pensé et surtout, ça me permet de participer à une conversation avec d’autres femmes qui font face au deuil périnatal, par billets de blogues interposés.

Je m’apprêtais à continuer aujourd’hui

day 11 — altar / day 12 music

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moismiversaire

J’aime rêver à Paul. Au réveil, l’espace d’un moment, je profite de sa présence sans avoir à faire l’effort de l’imaginer. Hier, il était là avec moi, déjà un petit garçon. Tout allait bien, il ne se passait rien. Faute d’avoir nommé ou écrit tous les détails tout de suite, ils se sont estompés. Ne reste que le souvenir de la sensation, tellement agréable, que tout était à sa place. Que notre existence avait suivi le cours normal des choses, qu’elle ne s’était pas brisée un jour de janvier.

Si tout était normal, Paul aurait six mois aujourd’hui. Je me rappelle, il y a longtemps maintenant, avoir célébré les six mois d’une cousine, par une journée de fin d’été. On avait chanté une chanson inventée « Bon moismiversaire » rassemblés autour d’une table à pique-nique, sur un terrain de camping. Je ne me rappelle pas s’il y avait un gâteau, ou un autre élément qui marquait l’occasion. Je me rappelle seulement de la joie dans les paroles, de mon sourire en chantant.
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