il y a trois ans

paul2014

Je prends la mesure du temps qui passe.
Là, tout de suite, en ouvrant mon compte facebook, le site me propose de partager un « souvenir » généré automatiquement. Je sais qu’il y a deux ans, j’aurais trouvé ce rappel cruel. Je sais que l’année dernière, je n’aurais pas osé le partager.

Cette année, je me permet de le faire.
J’hésite encore un peu.
Mais si peu.

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une carte postale

mon Paul,
je t’écris dans le noir du petit matin hivernal, assise dans le salon de ton arrière-grand-mère — une de tes arrière-grand-mères. Depuis notre arrivée en France, nos nuits sont agitées. Ton petit frère peine à s’ajuster aux six heures de décalage horaire qui nous séparent de notre horaire habituel. Il se tourne et se retourne et se réveille et nous réveille. On se lève tard. Les journées sont courtes, trop courtes. Elles passent à toute vitesse.

On vient de descendre de l’avion, il me semble, et pourtant la fin du voyage semble déjà se profiler, dans un après-demain hâtif.

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j’aurais aimé que tu sois là

mon Paul,

Hier on est allé.e.s à l’anniversaire des jumelles.

Je me rappelle leur avoir parlé de toi quand tu n’étais qu’une promesse… Elles avaient si hâte de te rencontrer. Je me rappelle leurs questions, chaque fois que je les voyais. « Est-ce que le bébé est encore dans ton ventre? » Je me rappelle avoir répété « quand ça sera Noël, le bébé va arriver ». (Je voulais croire que tu arriverais quelques jours d’avance!)

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repas imaginaire

Demain, ma mère aurait eu 65 ans. Il me semble que c’est le genre d’anniversaire qu’on doit souligner. À vrai dire, j’aime souligner tous les anniversaires. Quand on peut prendre une journée pour célébrer quelqu’un-e, pourquoi ne pas le faire?

Et 65 ans, ça semble significatif — ça sonne comme un âge de retraite, un âge pour profiter de ses petits-enfants, pour se mettre à genoux sur le plancher et jouer, pour voyager un peu.

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entouré de lumière

As-tu senti toute cette lumière, tout cet amour qui brillait si fort pour ton anniversaire?

Mon Paul, j’aurais tellement aimé que tu sois là pour souligner cette journée. J’aurais aimé te voir souffler maladroitement les deux bougies sur ton gâteau (ou, plus vraisemblablement, te faire chiper ce moment par un cousin ou une amie ayant quelques années d’expérience de plus que toi.) J’aurais aimé entendre tes rires en glissant dans la neige pendant notre balade de l’après-midi. J’aurais aimé voir tes joues rougies par le froid de cette première journée vraiment hivernale.

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deux ans

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Paul. Il aurait dû avoir deux ans.

Depuis samedi, on revit les heures qui ont précédé son arrivée dans le monde.

La naissance de Paul a été longue. La grossesse qui l’a précédée aussi. Même si je n’ai dépassé le terme que de quelques jours, ces jours avaient été tellement inconfortables qu’ils m’avaient semblé interminables. Du 30 décembre, date prévue de mon accouchement, jusqu’au 2 janvier, les minutes s’égrenaient, ma tension montait, physiquement et mentalement.

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anniversaire 

Aujourd’hui c’est l’anniversaire d’un enfant. C’est sûrement l’anniversaire de plein d’enfants en fait. Mais c’est l’anniversaire d’une petite fille en particulier, née un peu plus d’une semaine avant Paul. 

Je savais que tous les deux naîtraient à des dates rapprochées, et se croiseraient chaque année dans les événements familiaux. Peut-être que cette proximité d’âge, fortuite mais pourtant signifiante, aurait fait naître une amitié. Peut-être pas. Mais même si cette proximité affective ne s’était jamais développée, elle et Paul aurait dû grandir en parallèle, célébrant chaque année leur anniversaire à quelques jours d’intervalle, en cette période déjà chargée de fonctions familiales. 

J’aimerais avoir le cœur à célébrer aujourd’hui.  J’aimerais trouver en moi la capacité à me réjouir pour cette enfant qui grandit, qui vit. 

Je ne trouve pas. Pas tout à fait. Pas encore. 

Aujourd’hui, je pense à Paul, à ce qu’il aurait dû être, à ses deux ans que nous devrions nous préparer à célébrer. Je pense à la manière dont nous allons souligner cet anniversaire maintenant si lourd parce qu’il est suivi de si près par l’anniversaire deson décès. 

Je pense aussi à deux autres petits garçons qui partagent un autre type de proximité fortuite avec Paul. Deux autres bébés d’hiver qui auraient dû avoir deux ans. Deux autres petits dont les ailes ont été arrachées avant même qu’ils ne puissent prendre leur envol. 

Aujourd’hui je pense à eux. Je pense à Paul. Ça devra suffire. 

dix-huit mois, encore

Il y a quelque chose de vrai dans les phrases cliché qui me faisaient si mal au début du deuil. Le temps arrange les choses. Ce qui nous tue pas nous rend plus fort-e. Même si ces platitudes si peu réconfortantes m’enrageaient il y a dix-huit mois, je reconnais aujourd’hui, un peu malgré moi, que le temps a en effet arrangé plein de choses. Je ne sais pas si je suis plus forte maintenant mais je crois que j’ai au moins préservé ma capacité à aimer aussi fort qu’avant. Le temps a adouci ma peine.

Paul me manque toujours mais j’arrive à vivre avec son absence assez sereinement, je crois. J’aime parler de lui, j’aime entendre son prénom, même quand c’est parce que quelqu’un se trompe et appelle Aimé par le nom de son grand frère. J’aime ces lapsus qui témoignent du lien entre mes deux fils, malgré la distance qui les sépare. J’aime être entourée de photos de lui pour essayer de pallier à ce fossé entre lui et moi, entre ces semaines si douces du mois de janvier 2014 et cette absence sans cesse renouvelée. Lire la suite

un an

grandpetit1Un an s’est écoulé. Nous avons bouclé une année entière pendant laquelle je me suis souvent référée à ce que je vivais 365 jours plus tôt, pour essayer de donner du sens à ce que ma vie était devenue, pour comprendre comment les choses avaient pu changer aussi dramatiquement en moins de douze mois.

Je ne sais pas ce que cette année qui s’amorce nous réserve. Je ne sais trop quel bilan faire de cette année de deuil. Certains jours, je me sens encore tellement démolie, d’autres, je ne peux que constater que j’ai réussi à rebâtir une part de moi pendant ces mois de dérive.

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a year ago

A year ago today, according to some new weird facebook feature, i posted three photos of Paul. The only photos i shared while he was alive. A year ago today, we brought Paul back home after a short stay at the hospital. A year ago today, i felt relieved to get out of the hospital and be able to finally enjoy my son’s presence without the constant interruption of a well-intentioned nurse. Even though i was thankful to be taking home a healthy baby, i could not understand how incredibly lucky i was to have had an uneventful pregnancy leading to a strong and relaxed 8-pound baby.

A year ago today, half a continent away, another baby was born. He was much smaller. He needed a longer stay at the hospital. But he, too, was expected to become strong enough for his loving family to take him home with them, and to start enjoying his presence without the oversight of medical personnel. That is not how things went. He never made it home.

The last eleven months have been filled with pain and awful hours of grief and doubt and guilt. Through these complex and difficult times, however, i have been lucky to « meet » other mothers who could understand, sometimes better than the people closest to me, what i was dealing with. They too felt distrust and anger and the bottomless sadness of losing their babies. Even though i wish we had never had any reason to bond over our shared experiences of grief, i am so thankful for their presence in my life.

Today, the son of one of these women i have become friends with despite having never met should be one year old.
Tonight a candle burns in my home for Zachary and his family.