un an

grandpetit1Un an s’est écoulé. Nous avons bouclé une année entière pendant laquelle je me suis souvent référée à ce que je vivais 365 jours plus tôt, pour essayer de donner du sens à ce que ma vie était devenue, pour comprendre comment les choses avaient pu changer aussi dramatiquement en moins de douze mois.

Je ne sais pas ce que cette année qui s’amorce nous réserve. Je ne sais trop quel bilan faire de cette année de deuil. Certains jours, je me sens encore tellement démolie, d’autres, je ne peux que constater que j’ai réussi à rebâtir une part de moi pendant ces mois de dérive.

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solitude/communauté

Il y a quatre semaines, c’était l’anniversaire de Paul. L’an dernier, avant qu’il naisse et pendant ses premiers jours, j’ai entrevu comment nous pourrions célébrer chaque année cette journée. J’imaginais des fêtes d’enfants hivernales, des jeux dans la neige, des chocolats chauds et une galette des rois réinventée pour lui.

Cette année, nous avons mangé de la galette des rois en son absence, sans mode d’emploi pour cette journée qui aurait dû en être une de célébrations. Demain, une autre journée journée pleine de sens et de tristesse marquera la fin d’une année entière sans Paul. Que doit-on faire par une pareille journée? Comment rendre honneur à sa vie, à son passage dans les nôtres sans sombrer dans le désespoir? Comment célébrer la trop courte présence de Paul dans le monde alors que je prends encore tout juste la mesure de son absence dans ma vie.

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apprendre à demander, apprendre à recevoir

Je me sens exigeante. J’ai l’impression de demander beaucoup des gens qui m’entourent. Je crois que c’est un trait de caractère que j’avais déjà avant — avant que tout change. J’en attends beaucoup des autres. Mais je crois qu’avant, je ne me posais pas trop de questions à ce sujet parce que j’avais confiance d’en donner beaucoup aussi.

Le problème avec cette équation, avec cette volonté de réciprocité, c’est qu’au moment où j’en ai moins à offrir, j’ai plus de difficulté à demander aussi, alors que j’en ai pourtant besoin plus intensément que d’habitude. Moins de quoi? Je pense à un tout un peu vague — temps, patience, écoute, amour… Je me sens lessivée, essorée de ce que je croyais posséder. J’ai l’impression d’avoir été vidée de ces biens précieux et de ne pas réussir à en refaire le plein. Lire la suite

fragments nocturnes

Moi qui traîne une fatigue lourde depuis des semaines, qui passe des heures chaque jour à penser à dormir, moi qui dors parfois trois heures au milieu de la journée simplement parce que je peux, je ne dors pas. À cette heure nocturne qui n’attend que ça de moi, je ne dors pas. J’essaie de me détendre en écoutant un podcast – Strangers. Évidemment, je tombe sur un épisode qui me renvoie à mes angoisses actuelles.

L’histoire d’un homme qui a perdu sa mère, puis son frère, puis son père en moins d’une dizaine d’années quand il était jeune. Il raconte son parcours, parle de sa tendance à s’accrocher au passé, au « bon vieux temps » où sa famille était encore un tout cohérent. Plus de cinquante ans après ces décès de ses proches, il se demande si on connait vraiment les gens que l’on perd… L’idée qu’on s’en fait n’est-elle pas plutôt un portrait que l’on remodèle encore et encore en fonction de qui l’on est, de qui l’on devient?

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carcans

Grief is subversive, undermining the quiet agreement to behave and be in control of our emotions. It is an act of protest that declares our refusal to live numb and small. There is something feral about grief, something essentially outside the ordained and sanctioned behaviors of our culture. Because of that, grief is necessary to the vitality of the soul. Contrary to our fears, grief is suffused with life-force.

—   Francis Weller, “Entering the Healing Ground”

 

Le deuil est subversif et remet en question les conventions qui nous forcent à rester en contrôle de nos émotions…
Est-il possible alors que de me retrouver dans un milieu où les conventions sont plus présentes, plus rigides, que dans ma vie courante remette en question ma manière « habituelle » de vivre mon deuil?

Depuis bientôt dix mois, j’ai décidé de vivre ce deuil de manière plus ouverte. J’ai partagé mes expériences et mes réflexions avec des dizaines de personnes, incluant plusieurs que je ne connais pas. Pourtant, je me prend à respecter le consensus tacite qui semble exister autour de moi ces jours-ci. Je ne parle pas de Paul, je ne parle pas du fait que je suis encore parfois paralysée par la peine.

À l’approche de son premier anniversaire, je ne sais pas ce que je ferai, ce que nous ferons pour célébrer son passage trop bref dans nos vies. Peut-être la réponse à cette question se situe-t-elle dans l’ouverture à l’aspect sauvage, animal, de ce qu’est le deuil réellement, lorsqu’on le laisse s’évader du carcan des conventions?

échanges

L’année dernière, dans les dernières semaines de ma grossesse, j’ai eu envie de décorer la maison pour noël pour la première fois depuis des années. Ce n’est pas que je n’aime pas noël — j’aime préparer des repas en famille, bruncher avec mes amies et échanger des cadeaux, marcher dans la neige. Simplement, l’envie de décorer ne m’avait jamais submergée et je ne voyais pas de raison particulière de faire un effort à cet égard. Et puis, le mois de décembre 2013 est arrivé. La chambre du bébé était prête et il ne me restait rien à préparer quand j’ai enfin eu fini de travailler. J’ai décoré un peu le salon, sans trop comprendre cette soudaine envie.

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des bonnes habitudes

Il y a eu des moments dans ma vie où je sentais, selon l’expression consacrée, que je me laissais aller. Souvent, j’ai remédié à cette impression en me fixant des objectifs, surtout sur le plan sportif. M’entraîner pour courir un demi-marathon, par exemple, m’a permis de restée motivée pendant plusieurs périodes de quelques mois à différents moments où j’en avais besoin.

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hurler

Ça a l’air tellement dramatique à dire. Ce qui est définitif – pour toujours, à jamais – a souvent cet air trop tragique. Mais c’est vrai. Je ne sais pas si je serai de nouveau heureuse un jour. Je ne sais pas si je réussirai à construire une nouvelle vie sur les fondations affaiblies que j’ai réussi à sauver du désastre de cette année.

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raconter encore et encore

Mardi.

Troisième rendez-vous avec la psychologue. Nous avons prévu une séance plus longue, où je pourrai raconter le nœud de l’histoire. Le moment où tout a basculé, l’ambulance, les mauvaises nouvelles, les soins intensifs, l’espoir, les décisions impossibles, la mort. Ça me prend près d’une heure. Ensuite, le plan est de revenir sur les moments les plus difficiles, les plus complexes. De les sonder, de les démêler, de commencer à détricoter les émotions intenses qui y sont attachées.

J’essaie. Je veux bien faire. Je ne veux pas me dérober devant la tâche à accomplir (ou à entamer, au moins). Elle me dit de laisser flotter mon esprit, de laisser mes pensées se diriger d’elles-mêmes vers un moment, une émotion, une image. Rien ne vient. J’essaie, pourtant, de laisser libre cours à mes souvenirs. Mais mon esprit reste solidement ancré dans le présent. La chaise où elle est assise. La lampe devant moi. Le molleton sur la porte – pour insonoriser la pièce j’imagine. Les détails de ce qui m’entoure m’empêchent de laisser partir mon esprit à la dérive. J’essaie, j’essaie. Sans succès.

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la neige

Avec le temps qui passe, imaginer le quotidien avec Paul est de plus en plus difficile. Dans les jours et les semaines après son décès, j’avais une image très précise de la façon dont mes heures auraient dû être remplies. Mon corps même se chargeait de rappeler à mon attention les moments où j’aurais dû nourrir Paul. Je me réveillais angoissée au milieu de la nuit en sachant pertinemment que j’aurais dû être réveillée par des pleurs, que j’aurais dû avoir à me lever, à nourrir et à changer Paul.

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