Récemment, j’ai lu Les tranchées, ouvrage collaboratif écrit par Fanny Britt sur la maternité. Son sous-titre, « Maternité, ambiguïté et féminisme, en fragments, » m’avait accroché lors de sa publication, qui coïncidait avec la fin de ma grossesse. Le temps de le commander et de le recevoir par la poste, Paul était arrivé et occupait tout mon temps. Puis, la réalité a basculé, Paul est décédé. Me laissant face à un vide immense. Et sans aucune envie de lire des réflexions sur l’ambiguïté de l’expérience maternelle. L’extrême désarroi et les sentiments d’ « inadéquatitude* » qui m’habit(ai)ent expulsaient tout désir de réflexion féministe de mon esprit.
Archives de l’auteur : typhaine
la douleur
Quand la journée semble s’étirer sans fin.
Quand s’impose l’impression que mes limites de maintenant devraient être les mêmes que celles d’avant. Quand je me sens obligée de justifier ces limites. Quand les justifications sonnent creux à mes oreilles.
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The Dark Side of the Subjonctive, by Phuc Tran
The subjunctive allows us to innovate, but it also allows us to become mired in regret. The indicative does not allow us to imagine at all, but it does allow us to talk about ourselves and our experience in real terms (especially if we have the courage to engage that reality).
ton absence
Paul. Mon amour,
Le printemps est enfin là. Le soleil brille ce matin sur Sainte-Christine, la rivière est gonflée de pluie et de neige. Les feuilles mouillées collent sous nos pieds, les oiseaux sont ressortis. Une journée de printemps parfaite et banale. Mais rendue douloureuse par ton absence.
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la mousse des bois
Quand Paul avait quelques jours, je me suis rendue compte que je ne connaissais pas vraiment de berceuses. Je lui chantais d’autres chansons mais il me semblait que ça manquait à mon répertoire, des vraies chansons de bébé. J’ai cherché un peu sur internet pour me remémorer des paroles de berceuses entendues quand j’étais petite. J’ai retrouvé Une chanson douce, dont je ne connaissais que le début. Je l’ai fredonné plusieurs fois à Paul, quand il était sur le point de s’endormir. Comme certains passages me plaisaient moins, j’avais fait quelques modifications. Mais j’aimais les images que l’ensemble m’évoquait. La peau si douce, l’odeur du sous-bois…
petites banalités
Au milieu d’une conversation banale, j’aperçois deux photos collées sur notre frigo. En une seconde, je me transporte aux moments où ces photos ont été prises. Quand j’étais simplement émerveillée par ce petit être qui se joignait à nos vies, quand les photos n’avaient encore rien du trésor immense mais insatisfaisant qu’elles sont devenues. Je passe et repasse ces moments dans ma tête.
Le premier voyage en voiture. Paul emmitouflé pour faire face aux températures extrêmes du début janvier. Les petites mitaines rayées qui nous épatent : le seul truc qui tienne en place, malgré le fait qu’elles ont été tricotées par grande-tante française qui n’a jamais connu les -30C qui marquent les premiers jours de 2014. La visite où Paul regarde sa cousine d’un air admiratif, elle qui le surplombe du haut de ses neuf mois. Le séjour dans le bois. Le bain, les siestes, petits moments quotidiens presque insignifiants.
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calendrier personnel
“CALL MOM” said a sign the other day, and something inside me clenched. In my inbox, at work, an email waited from the New York Times: a limited offer to “treat Mom” to a free gift. It’s nothing, I tell myself. A day for advertisers. So I shrug off the sales and the offers, the cards and the flowers. I press delete. Still, I now mark Mother’s Day on my private calendar of grief. Anyone who has experienced a loss must have one of those.
la solitude au milieu du monde
Depuis quelques jours, j’ai l’impression que la fête des mères est partout, dans le journal, dans les conversations, dans les vitrines, sur facebook. J’imagine que ce n’est pas pire que d’habitude. Mais je le sens tellement plus passer.
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trigger warnings
Some of the websites I visit, of the pages I follow sprinkle trigger warnings on most of their content.
I’m not entirely sure how I feel about them.
The intention is good, obviously. And I suppose they don’t hurt. But what sparks strong emotions when one is going through difficult times is so unforeseeable.
A sesame seed. Suddenly reminding me of the one that had fallen in Paul’s ear. He seemed to always wake to breastfeed when we were just about to eat. And I was often too hungry to wait.
A sesame seed.
Trigger warning : invokes memories of blissful times with your baby.
Others are more obvious: babies, photos of babies, people talking about babies, conversations about the not so pleasant aspects of parenthood (I want to yell back at them)…
But what can I do? These days, everything is a potential trigger. Life needs a trigger warning.
les hauts et les bas
Dans les semaines qui ont suivi la mort de Paul, on nous l’a répété. C’était écrit aussi, dans les messages et les cartes : « vous allez avoir des hauts et des bas. »
Je ne m’étais pas rendu compte à quel point.
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