ta chambre

mon petit Paul,

ça se passe au milieu de la nuit…

Je suis éveillée depuis plusieurs heures. Je tourne et me retourne, incapable de trouver le sommeil. Pour éviter de réveiller ton papa, je change de pièce. Je vais dans ta chambre, celle que tu n’as jamais utilisée, celle qui ne te servira jamais. Celle que j’appelle toujours la chambre de Paul. Lire la suite

la pluie. le gris

Paul,
tu es né par un temps intense
le froid, la glace, la neige
les éléments unis pour t’accueillir
nous t’avons fait un nid à l’abri de l’hiver

certains jours de soleil
sont comme des claques sur la gueule
qui me narguent
m’obligent à (faire semblant d’)en profiter

sous la pluie, je me sens près de toi
peut-être parce que ça me donne le droit de rester cachée
peut-être parce que les rues se vident
peut-être parce que la rivière se gonfle pour nous

j’imagine déjà le retour du froid
de la glace, de la neige
le souvenir des semaines passées à te sentir grandir
le souvenir de ton arrivée enneigée
le souvenir des heures d’errance en février
sans toi mais en te sentant au plus profond de moi

pluviophile

En passant

Paul,

ma tête est en fragments ce soir

comment te dire
le serrement dans ma gorge
quand je vois
les photos d’autres bébés qui grandissent
les ventres qui s’arrondissent

sans toi

je ne sais pas ce qui me fait le plus mal
t’imaginer tel que tu serais aujourd’hui
ou me rendre compte que je n’en sais rien Lire la suite

emotional hangover

je m’échappe, hors du temps, pour quelques jours
à repousser un lendemain de veille
inévitable, invivable.

la réalité me rattrape
je t’ai perdu

pour toujours
mon petit
mon tout
moi

J’ai passé trois journées à prendre une pause de la réalité, à renouer des liens avant que trop de temps ne les délie. La distraction était la bienvenue. Mais je me rends bien compte du motif qui se dessine : chaque escapade, chaque moment de repos et de recul est suivi d’une gueule de bois émotive. Lire la suite

un peu de repos

mon petit tout,

Il y a longtemps que je ne t’ai pas écrit à toi directement.

Quand j’écris aux autres, quand je parle de toi à la troisième personne, j’espère que tu sais que tu reste mon interlocuteur privilégié.

J’essaie de réfléchir, de fonctionner. Parfois j’y arrive, même si tu sais, tu as toujours ta place dans mon esprit. Je t’imagine comme un petit animal dans cet espace inventé qu’occupent mes pensées. Mon minuscule monde des idées personnel.

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Mon bébé,

Faute de pouvoir te bercer, te tenir contre moi, t’allaiter, j’ai besoin de te parler, de t’écrire. Chaque matin au réveil, parfois après une nuit peuplée de rêves dans lesquels tu es là, de loin ou de près, je croise ton regard. Sur la photo de toi qui est accrochée près de notre lit, tu fais beaucoup plus vieux que tes trois semaines, peut-être un peu à cause de l’agrandissement, certainement aussi parce que tu y as les yeux grands ouverts. Dans ton regard, j’imagine plein de pensées, de souhaits, de projets. J’imagine les messages que tu me lances. Et je te réponds.

Je te parle en faisant à manger, t’imaginant assez grand pour goûter aux patates douces.
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