sur/vivre

Le soleil brille sur cette journée marquée par mon humeur pluvieuse.
Il n’y a rien de particulier qui ne va pas, que cette période de l’année, pleine de souvenirs des brèves semaines partagées avec Paul, qui se révèle difficile. Il n’y a rien qui ne va pas. Alors je m’entends répondre comme si de rien était aux « comment ça va? » qui ponctuent ma journée.

Je ne sais pas trop quoi faire pour vivre cette tristesse qui m’habite. Un petit bout de réponse se situe certainement dans l’accueil. Laisser être ces sentiments, aller à leur devant, sortir dehors pour les vivre dans l’hiver, dans le temps froid que j’associe à Paul,  les inviter à venir se réchauffer en moi. Accueillir ce qui vient, ce qui est.

Comme le dit si éloquemment Fanny Britt, à Plus on est de fous, plus on lit*, « le deuil, c’est comme le brainstorm, pas de censure permise » (écoutez son intervention ici, c’est superbe, et notamment à partir de 5:45).

Pas de censure, pas de date de péremption, pas de mode d’emploi.

Qu’une ligne de conduite très générale.
continuer à vivre / (faire) vivre les souvenirs / (sur)vivre

 

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* Merci à Sara d’avoir partagé cet extrait

les petits gestes qui comptent

bougie_FotorPendant les semaines qui ont précédé le deuxième anniversaire de naissance de Paul, j’ai réfléchi à la façon de souligner cette journée, jonglant avec différentes idées, différentes symboliques. Je trouve magnifiques les initiatives de certains parents qui mettent sur pied des projets d’envergure en l’honneur de leur bébé ou de leur enfant décédé (comme ça et ça, notamment), mais les gestes et les événements plus modestes me rejoignent tout autant.

Dans un large groupe facebook auquel j’appartiens et qui est centré sur la parentalité, je vois régulièrement passer des questions de personnes qui se demandent ce qu’elles devraient faire pour soutenir des proches qui vivent le décès d’un bébé, avant ou après la naissance. Souvent, leur premier réflexe est d’offrir des objets pour commémorer l’existence de l’enfant — oursons ou oreillers du même poids que le bébé, bijoux, couvertures ou vêtements personnalisés. Souvent, on leur répond de considérer aussi d’offrir un soutien plus terre-à-terre pendant les premières journées et semaines où naviguer le quotidien est parfois trop demandant — repas préparés, aide pour accomplir des tâches ménagères ou autres.

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deux ans

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Paul. Il aurait dû avoir deux ans.

Depuis samedi, on revit les heures qui ont précédé son arrivée dans le monde.

La naissance de Paul a été longue. La grossesse qui l’a précédée aussi. Même si je n’ai dépassé le terme que de quelques jours, ces jours avaient été tellement inconfortables qu’ils m’avaient semblé interminables. Du 30 décembre, date prévue de mon accouchement, jusqu’au 2 janvier, les minutes s’égrenaient, ma tension montait, physiquement et mentalement.

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anniversaire 

Aujourd’hui c’est l’anniversaire d’un enfant. C’est sûrement l’anniversaire de plein d’enfants en fait. Mais c’est l’anniversaire d’une petite fille en particulier, née un peu plus d’une semaine avant Paul. 

Je savais que tous les deux naîtraient à des dates rapprochées, et se croiseraient chaque année dans les événements familiaux. Peut-être que cette proximité d’âge, fortuite mais pourtant signifiante, aurait fait naître une amitié. Peut-être pas. Mais même si cette proximité affective ne s’était jamais développée, elle et Paul aurait dû grandir en parallèle, célébrant chaque année leur anniversaire à quelques jours d’intervalle, en cette période déjà chargée de fonctions familiales. 

J’aimerais avoir le cœur à célébrer aujourd’hui.  J’aimerais trouver en moi la capacité à me réjouir pour cette enfant qui grandit, qui vit. 

Je ne trouve pas. Pas tout à fait. Pas encore. 

Aujourd’hui, je pense à Paul, à ce qu’il aurait dû être, à ses deux ans que nous devrions nous préparer à célébrer. Je pense à la manière dont nous allons souligner cet anniversaire maintenant si lourd parce qu’il est suivi de si près par l’anniversaire deson décès. 

Je pense aussi à deux autres petits garçons qui partagent un autre type de proximité fortuite avec Paul. Deux autres bébés d’hiver qui auraient dû avoir deux ans. Deux autres petits dont les ailes ont été arrachées avant même qu’ils ne puissent prendre leur envol. 

Aujourd’hui je pense à eux. Je pense à Paul. Ça devra suffire. 

insouciance

Pendant un souper avec des ami-e-s et des ami-e-s d’ami-e-s, je parle avec ma voisine de table. Ce n’est pas une personne que je côtoie régulièrement mais je l’aime bien. C’est le genre de personne à qui je me sens à l’aise de répondre honnêtement si elle me demande comment je vais, le genre de personne qui pose cette question et écoute réellement la réponse.

« Comment ça va avec Aimé? »

Par réflexe, je lui répond avec une description de ses derniers apprentissages, et des défis de la conciliation études-bébé.

Elle précise : « Comment ça va avec Aimé, après ce qui est arrivé à Paul? » Lire la suite

imaginer

(Avant de commencer, je précise que ce billet contient  une description d’un moment où j’ai cru qu’il était arrivé quelque chose de grave à Aimé, mais ce n’était pas le cas. Il va bien. A vrai dire, j’écris ces mots alors qu’il somnole sur moi.)

Dans un peu plus de deux semaines, nous devrions fêter le deuxième anniversaire de Paul. Le mois de janvier qui débutera porte pour plusieurs la promesse d’une nouvelle année, de nouveaux commencements. Mais pour moi, il est lourd de significations, pesant parce qu’il mettra un terme à une deuxième année sans Paul. Je ne sais trop quoi penser de janvier. L’année dernière, le mois m’a catapultée un an avant, chaque jour passant comme le calque des journées que nous avons partagées avec Paul en 2014.

Nous devrions commencer ces vacances avec joie, être occupés à inventer des activités pour souligner un anniversaire de deux ans. Nous devrions avoir avec nous un petit bonhomme entamant son troisième hiver. Paul ne serait plus un bébé. J’ai tellement de difficulté à imaginer ce qu’il serait devenu; j’ai de la misère à réaliser que nous devrions avoir déjà vécu toutes les étapes que traverse Aimé. Paul aussi aurait dû apprendre à ramper et à rouler. Il saurait marcher, parler, il pourrait jouer avec son cousin presque exactement du même âge. Je le regarde grandir, lui, et je n’arrive pas à croire que Paul serait déjà aussi grand. La maman d’une petite fille née quelques mois avant Paul partageait aujourd’hui son émerveillement de pouvoir avoir des conversations avec elle. Et c’est vrai que c’est renversant. Je suis fascinée par les premiers balbutiements d’interactions avec Aimé.

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Forever

Everything changes so fast in a baby’s life.

As soon as I have the impression of figuring out Aimé’s routine, it changes, sometimes radically.
As soon as I am delimiting the outer edges of what he can and cannot do, he learns new skills.
As soon as I think I am grasping some sort of essence of who he is, he transforms.
I can’t describe his personality yet. Lire la suite

les marcassins

20130096-300x300Hier, en cherchant à moitié des cadeaux pour les petits qui m’entourent, je suis tombée sur cette petite figurine de marcassin.

C’est probablement évident de par le titre de mon blogue, j’aime les marcassins, ils me font penser à Paul. J’adore avoir des petits objets autour de moi qui me rappellent sa façon d’être et son surnom. J’aime savoir que d’autres que nous pensent à Paul en voyant des marcassins.

J’aime les jouets en bois, je les trouve doux et chaleureux, et beaux. Alors en voyant ce petit marcassin de bois, j’ai eu envie de l’acheter, de l’avoir ici, près de moi. J’ai eu envie de regarder Aimé le manipuler, et éventuellement jouer avec lui, lui inventer des aventures. Lire la suite

histoires de naissances (encore)

Au milieu d’une conversation avec l’amie d’une amie dans une soirée, on parle bébés et jeunes enfants qui grandissent vite. (Sans tomber dans le sentimentalisme, sans dire que « j’ai joint une grande famille en devenant parent », je dois dire que ces expériences partagées facilitent les conversations avec les personnes que je connais peu : il y a toujours quelque anecdote impliquant de la morve ou du pipi à raconter. Fin de la parenthèse). Tout en parlant de l’interaction entre ses deux enfants, elle pointe Aimé du menton en me disant, presque sur le ton de l’affirmation : « Vous allez en avoir d’autres après lui, j’imagine? »

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