la saison

la saison
des tuques et des foulards
des mitaines perdues
des orteils gelés
des joues rougies

la saison
des nouveaux-nés emmitouflés
collés sur leurs parents
cachés
camouflés

la saison
où j’ai peur
que l’un
que l’une
puisse cesser de respirer

la saison
où je cherche une raison
pour m’approcher
pour vérifier

que non, que ça va

que ça va

il y aurait tant à dire 

Mon Paul,

Il y aurait tant à dire, tant à écrire. Le temps me manque, les attentes du quotidien et les événements imprévus m’emportent dans dans une vague qui se renouvelle constamment. Les brouillons de textes qui te sont destinés, ou qui explorent ce que c’est de vivre sans toi, de vivre en deuil, continuent de s’accumuler. Toutes les semaines, j’ai l’impression que mon agenda est sur le point de se dégager, que je vais réussir à me poser un moment, à déposer mes idées sur la feuille ou l’écran devant moi. Mais les semaines passent et je me sens souvent débordée.

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les places vides

Dans les garderies en milieu familial, il y a généralement six enfants dans le groupe. C’est le maximum prévu du moins. À la garderie d’Aimé, il n’y a que cinq enfants. Je ne peux m’empêcher d’imaginer cette place vacante occupée par Paul. Il y a une place pour lui, mais elle reste vide.

À l’anniversaire d’un cousin qui est né trois mois avant Paul, c’est pareil. Je regarde les enfants jouer dans le parc. Je les observe, installés à la petite table de plastique à manger de la pizza. Je vois Aimé prendre doucement sa place parmi les cousins et cousines et je ne peux m’empêcher d’envisager comment les choses auraient pu être.

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les photos

Un soir, je décide de consacrer quelques minutes à un projet d’album photo qui traine depuis plusieurs mois. Je sélectionne des photos à faire imprimer. Des photos de toi.

Les larmes jaillissent, imprévisibles.

Regarder ces images me replonge dans les courtes semaines que nous avons partagées. Je sais que si je nous compare aux nombreux parents endeuillés qui n’ont que quelques photos de leur bébé, et parfois aucune photo de leur bébé vivant, nous avons de la chance. Je sais que nous avons eu de la chance mais je ne peux pas m’en tenir à ça. Je ne peux pas voir que l’aspect positif de ces photos pleines de bonheur que nous avons eu le temps de prendre pendant 25 jours.

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du beau

Octobre est un mois dédié à la sensibilisation au deuil périnatal. Pour plusieurs parents, c’est un moment pour prendre du recul, pour faire le point sur leur vécu, et pour partager leur amour pour leur.s bébé.s, notamment par le biais de projets créatifs comme Capture Your Grief (qui propose un thème quotidien pour explorer le deuil par le biais de la photo, un projet auquel j’avais participé activement en octobre 2014).

L’autre jour, au détour d’un échange sur complètement autre chose, j’ai lu cette phrase qui me semblait toute désignée pour les parents qui vivent un tel deuil, et particulièrement pour les personnes qui s’embarquent dans cette aventure photographique pour un mois. Des personnes qui, face à la souffrance, arrivent à créer du beau*…

The most beautiful people we have known are those who have known defeat, known suffering, known struggle, known loss, and have found their way out of the depths. These persons have an appreciation, a sensitivity, and an understanding of life that fills them with compassion, gentleness, and a deep loving concern. Beautiful people do not just happen.

— Elisabeth Kübler-Ross

* Cela dit, tout le deuil n’a pas à être « beau ». Ce qui doit être vécu peut l’être, sans égard à des critères esthétiques et sans s’inquiéter de « bien » faire son deuil…

échappé(e)

Pendant des mois, j’ai écrit à peu près tous les jours. Sur Paul. À Paul. Pour Paul. Je m’installais au clavier, souvent sans avoir trop réfléchi au sens de ce que je voulais dire, encore moins aux mots qui pourraient l’exprimer. Pendant des mois, les mots ont poussé au bout de mes doigts sans que j’ai à y penser. Je me relis de temps en temps et je m’étonne de ce qui m’habitait. Il y a une marge entre me souvenir d’avoir été démolie, et lire mes pensées, telles qu’elles se sont exprimées quotidiennement.

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le temps qui traine

Une image flotte dans ma tête aujourd’hui.

Je me vois, enjamber la neige accumulée en bordure de la route. Il fait froid. Le sol glissant et inégal témoigne d’une succession de redoux et de reprises du gel. Le moindre trajet en voiture, inévitablement parsemé de soubresauts, se répercute au bas de mon ventre, tirant sur la cicatrice d’une césarienne imprévue et non souhaitée. Je n’arrive pas non plus à soulever la coquille qui protège notre bébé contre les aléas de la route et contre le froid.

P. s’en charge. Je me contente d’éviter de tomber. Nous marchons vers le bureau d’un avocat. Une fois à l’intérieur, dans l’ascenseur, nous pouvons découvrir un peu Paul, emmitouflé. Minuscule. Magnifique. Lire la suite

pincement

Un statut facebook en néerlandais.
Vestige d’un échange scolaire que j’ai fait il y a plus de dix ans, au temps où je jouais du saxophone dans l’harmonie de l’école, et où j’avais participé à un échange musical. Ma twin était grande et belle. Elle était toujours bien coiffée. Elle jouait du piano. J’avais envers elle un petit complexe d’infériorité pas assumé. Heureusement qu’elle a séjourné chez moi avant que j’aille chez elle et que je découvre les formidables lunchs concoctés et savamment empaquetés chaque matin par sa mère, sinon j’aurais aussi eu un complexe par rapport à l’accueil qu’on lui avait réservé à Québec.

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quatre années

On est allé.e.s à une fête samedi dernier. L’invitation précisait que c’était la quatrième édition de ce rassemblement organisé par des ami.e.s dans leur maison de campagne.

Quatre ans. Quatre moments distincts, que cet évènement annuel me permet de revoir avec clarté, un peu comme les anneaux de croissance successifs d’un arbre.

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