trying to translate « au creux de la vague »
for my friends in Louisiana and elsewhere…
The pain of grief, like the pain of contractions, comes and goes.
At times, it slowly fades away, then returns all of a sudden without warning. Catching me, taking me. Gripping my stomach before I completely understand what the trigger is.
The striped sailor shirt, worn by another little boy.
The smell of Paul’s cousin’s neck.
A glimpse of the face of a future dad, carefree.
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au creux de la vague
La douleur du deuil, comme celle des contractions, va et vient.
Elle s’estompe doucement par moments, s’éloigne, puis revient tout d’un coup sans crier gare. S’abattant sur moi, m’emportant. Me prenant au ventre sans que je comprenne complètement ce qui la déclenche.
Le gilet à rayures de marin, sur un autre petit garçon.
L’odeur dans le cou du cousin de Paul.
Le visage aperçu d’un futur papa insouciant.
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premier mai
30 avril
Demain, ça fera trois mois.
Malaise, malheur, coincé en travers de la gorge.
Déchirure qui m’arrache l’intérieur
Mon cœur qui se débat. Mon corps qui se rebelle, qui retient chacune des traces de la dernière année. Qui veut tout garder pour lui. Lourdeur, douleur, fragilité.
Sensation de m’éparpiller. De me vider. De me dissoudre de douleur.
Fatigue et lassitude insurmontables.
Jalousie, envie qui s’imposent contre mon gré et que j’essaie de camoufler.
Les ventres qui s’arrondissent autour de moi et qui évoquent si cruellement le vide qui m’habite.
Les bébés qui poussent, rappels de l’absence toujours plus immense.
La solitude. Même au milieu du monde
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incertitudes
Asphyxie positionnelle probable.
Calice.
On a vu le médecin pour recevoir les résultats d’autopsie.
J’avais peur de me faire confirmer mes craintes les plus profondes. Peur d’avoir mal fait. En même temps, au fond de moi, j’aurais peut-être été soulagée par un tel verdict. La réalité telle qu’elle peut être mesurée et qualifiée par les médecins aurait alors été en phase avec mes sentiments d’échec, de culpabilité.
Asphyxie positionnelle probable.
Le médecin me répète que ce n’est pas de ma faute. Mais n’empêche. Paul a fait un arrêt cardio-respiratoire alors qu’il était sur moi. En train de boire. Et je n’ai rien pu faire.
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3 semaines…
C’est quoi, trois semaines? On peut séparer une vie d’adulte en tellement de tranches de trois semaines. Certaines plus mémorables — un voyage, le début d’un nouvel emploi… La plupart sont quelconques. Elles passent sans qu’on les remarque, rythmées par la routine.
Entre notre sortie de l’hôpital à la naissance de Paul et le jour où nous y sommes retournés, en urgence, il s’est écoulé exactement trois semaines.
3 semaines si courtes et si longues à la fois.
3 semaines de bonheur.
3 semaines à s’abreuver de tous les instants, à admirer notre bébé, à le sentir, à le serrer.
histoires
Les narratifs populaires pour raconter l’histoire des bébés, des enfants et des adultes qui font face à des problèmes de santé majeurs sont ceux qui parlent de combat, de courage, de volonté, de triomphe. Le prématuré qui avait tellement le gout de la vie, la cancer survivor, qui court un 5 km dans son ensemble rose au son des slogans vides… Dans ce schème de pensée, l’histoire de ceux et celles qui y laissent leur peau est rendue invisible.
Enfant, je me souviens m’être sentie définie par le fait d’être en bonne santé. N’avoir jamais été hospitalisée, n’avoir jamais pris d’antibiotiques, me semblait être un élément important de qui j’étais, et me paraissait comme une preuve de ma valeur. Peut-être est-ce la conséquence d’être élevée par une médecin? Comment expliquer ce sentiment qui m’habitait alors et qui ne m’a pas complètement quittée? J’avais la même satisfaction à l’idée d’avoir mes quatre grands-parents vivants, comme si tout cela peignait un portrait de famille lisse, symétrique, entier. C’était une source de fierté étrange mais bien présente dans ma tête – et ça l’est encore, au fond, même si la belle image que je me faisais enfant est aujourd’hui craquelée.
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Mon bébé,
Faute de pouvoir te bercer, te tenir contre moi, t’allaiter, j’ai besoin de te parler, de t’écrire. Chaque matin au réveil, parfois après une nuit peuplée de rêves dans lesquels tu es là, de loin ou de près, je croise ton regard. Sur la photo de toi qui est accrochée près de notre lit, tu fais beaucoup plus vieux que tes trois semaines, peut-être un peu à cause de l’agrandissement, certainement aussi parce que tu y as les yeux grands ouverts. Dans ton regard, j’imagine plein de pensées, de souhaits, de projets. J’imagine les messages que tu me lances. Et je te réponds.
Je te parle en faisant à manger, t’imaginant assez grand pour goûter aux patates douces.
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1953-2005-2014-2014
Mettre des mots sur la peine et sur la douleur qui m’habitent me semble une mission presque impossible. Par moments, quand je suis entourée de mes amies, de mon amoureux, des gens avec qui je suis le plus à l’aise, je réussis à me sentir à peu près bien. Pas le genre de bien-être qu’on atteint quand, le temps d’un instant particulier, on se dit qu’on est en train de vivre un moment mémorable, exceptionnel. Plutôt, j’arrive à atteindre la joie tranquille qui me vient assez naturellement quand je ne réfléchis pas trop. Elle est entrecoupée de pointes de tristesse mais je réussis à passer des bons moments en bonne compagnie.
Dans d’autres contextes, par contre, je me retrouve tout aussi facilement étourdie par l’immensité du vide devant moi, en moi. Je prends conscience de la profonde anormalité de la situation dans laquelle je suis plongée.
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Citation
“I do not believe in angels. Am ambivalent about souls, hopeful but ultimately unsure. Thus his potential nothingness, his erasure, is the hardest aspect of grief for me to reconcile. He was my child. I believe that he mattered, that he was someone, a boy all his own, even if the world never got to unwrap what he carried latent in that small self, that tiny body broken by birth. I believe this, but I do not know how to believe the rest…the what he is now, the where he might be. My unbelief wounds me. I fear that I long for something that is utterly gone. And I fear that he is not utterly gone but out there alone, somehow, needing his mother. I fear that I am failing to mother him, and I fear that I am trying to mother something that is only a memory, not even a spectre.”
Lisa, Glow in the woods
