du beau

Octobre est un mois dédié à la sensibilisation au deuil périnatal. Pour plusieurs parents, c’est un moment pour prendre du recul, pour faire le point sur leur vécu, et pour partager leur amour pour leur.s bébé.s, notamment par le biais de projets créatifs comme Capture Your Grief (qui propose un thème quotidien pour explorer le deuil par le biais de la photo, un projet auquel j’avais participé activement en octobre 2014).

L’autre jour, au détour d’un échange sur complètement autre chose, j’ai lu cette phrase qui me semblait toute désignée pour les parents qui vivent un tel deuil, et particulièrement pour les personnes qui s’embarquent dans cette aventure photographique pour un mois. Des personnes qui, face à la souffrance, arrivent à créer du beau*…

The most beautiful people we have known are those who have known defeat, known suffering, known struggle, known loss, and have found their way out of the depths. These persons have an appreciation, a sensitivity, and an understanding of life that fills them with compassion, gentleness, and a deep loving concern. Beautiful people do not just happen.

— Elisabeth Kübler-Ross

* Cela dit, tout le deuil n’a pas à être « beau ». Ce qui doit être vécu peut l’être, sans égard à des critères esthétiques et sans s’inquiéter de « bien » faire son deuil…

seul.e.s

« Prenez le petit chemin derrière la maison. Ensuite vous marchez sur l’aboiteau. Peut-être 500 mètres. Vous pouvez pas manquer le parc. »

L’idée me semble bonne. Ça va faire du bien à Aimé de se dégourdir les jambes et de jouer librement. Surtout qu’on a passé la matinée à s’occuper de lui sans trop y mettre de cœur, occupé.e.s à essayer de préparer les bagages pour une dizaine de jours de camping.

« Vous allez voir, c’est comme une épave de bateau. Elle s’appelle Et vogue Aimée. » L’idée semble encore meilleure alors. Incontournable.

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deuil périnatal : vécu des mères immigrantes et de leurs proches

Par le biais des Perséides, j’ai reçu une invitation à prendre part à une recherche du Centre d’études et de recherche en intervention familiale (CERIF) sur le deuil périnatal. Je la partage dans le but de rejoindre des personnes immigrantes ayant vécu ou vivant un deuil périnatal.

Sabrina Zeghiche, coordonnatrice de recherche explique que la participation à l’étude consiste en une entrevue d’une durée de 60 à 90 minutes et à répondre à un court questionnaire. Les entrevues peuvent se faire au domicile des femmes ou à l’endroit de leur choix.

Même si vous ne correspondez pas aux critères de l’équipe de recherche, n’hésitez pas à partager.

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se souvenir de vies trop courtes – le travail de la Fondation J’allume une étoile

Dans les jours qui ont suivi le décès de Paul, j’ai regroupé toutes les photos de lui que son papa et moi avions prises, je les ai copié sur un disque dur. Puis j’ai fait une autre sauvegarde sur une clé USB que j’ai remise à une personne en qui j’ai confiance. Pour une fois, je n’ai pas procrastiné. Dès le tout début, je savais à quel point ces images étaient précieuses.

Annick

Je suis immensément reconnaissante d’avoir partagé quatre semaines de vie et de bonheur avec Paul. Et je tiens aux photos — et aux trop rares vidéos — que nous avons captées au cours de ces semaines. Je sais que nous avons beaucoup de chance d’avoir ces images, presque comme des « preuves » de l’existence de Paul et du moments de joie intense qu’il nous a fait vivre.

Spécifiquement, je suis consciente de la chance d’avoir des photo de notre bébé en santé, heureux, à la maison… C’est beaucoup à cause de ces images que je ne me lasse pas de redécouvrir que je comprends l’immense importance des différents groupes qui offrent des services de photographie aux parents ayant perdu un bébé ou vivant leurs dernières heures avec lui ou elle.

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l’oubli

Au début de la semaine, j’ai vécu un moment surprenant. Un de ces instants où le focus semble se faire de lui-même, rendant soudain limpide une réalité qui nous échappait jusque là. Une réalisation.

Je me sens bien.
Je ne suis plus au fond du gouffre, ni même en équilibre sur une corniche, tentant tant bien que mal de m’accrocher du bout des ongles pour m’en sortir.

Ma vie a retrouvé une relative cohérence — je n’ai plus constamment l’impression étrange de vivre une vie parallèle à ma « vraie vie » après avoir été arrachée de force à la trajectoire qui était la mienne.

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dans mes oreilles

C’est un peu un running gag. À peu près chaque fois que je mentionne un fait un peu inusité pendant une conversation, je précise « j’ai entendu ça dans un podcast ». À vrai dire, depuis que j’ai découvert les podcasts, j’écoute beaucoup moins de musique. J’apprécie trop l’impression de me faire raconter une histoire pour m’endormir, ou aller faire l’épicerie, ou en chemin vers l’université. J’ai même pratiquement arrêté d’utiliser la liste de musique que j’avais construite spécifiquement pour me motiver pendant mes sorties de course, préférant maintenant jogger au rythme des récits d’une diversité de personnes et de communautés.

Dimanche, c’est l’histoire de Juniper, une petite fille née à 23 semaines et 6 jours de grossesse, qui a accompagné mes pas sur l’asphalte parsemée de sable et de sel et de neige noircie.

J’avais écouté cet épisode une première fois il y a plusieurs mois et j’étais curieuse d’entendre la mise à jour promise à la fin de l’heure.

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normal

Je me souviens d’un cours de sociologie du genre pendant mon bacc. Pour introduire la section du cours sur la famille, la prof nous avait demandé de nous lever si nous avions une « famille normale ». Sans trop me poser de question, en pensant à la fois à la famille nucléaire dans laquelle j’ai grandi et à ma famille élargie, à nos partys de Noël, à l’amour partagé, aux non-dits parfois lourds — à ce qui me semble faire une famille — je m’étais levée. La prof, qui me connaissait déjà un peu, m’avait regardé d’un drôle d’air et avait fait un commentaire sur ma vision élastique de la notion de  « famille normale ». Et en effet, dans la classe, seul-e-s quelques personnes s’étaient timidement levées.

Elle avait raison. Des parents de deux pays différents, pas mariés, et puis décédés, tous les deux, c’est pas une « famille normale ». Ça dévie de la norme. Fermement. Pourtant, dans ma vie, c’était, et c’est, ce qui est « normal ».

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les petits gestes qui comptent

bougie_FotorPendant les semaines qui ont précédé le deuxième anniversaire de naissance de Paul, j’ai réfléchi à la façon de souligner cette journée, jonglant avec différentes idées, différentes symboliques. Je trouve magnifiques les initiatives de certains parents qui mettent sur pied des projets d’envergure en l’honneur de leur bébé ou de leur enfant décédé (comme ça et ça, notamment), mais les gestes et les événements plus modestes me rejoignent tout autant.

Dans un large groupe facebook auquel j’appartiens et qui est centré sur la parentalité, je vois régulièrement passer des questions de personnes qui se demandent ce qu’elles devraient faire pour soutenir des proches qui vivent le décès d’un bébé, avant ou après la naissance. Souvent, leur premier réflexe est d’offrir des objets pour commémorer l’existence de l’enfant — oursons ou oreillers du même poids que le bébé, bijoux, couvertures ou vêtements personnalisés. Souvent, on leur répond de considérer aussi d’offrir un soutien plus terre-à-terre pendant les premières journées et semaines où naviguer le quotidien est parfois trop demandant — repas préparés, aide pour accomplir des tâches ménagères ou autres.

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« ça va bien aller » — ou facebook et le deuil périnatal

Je voulais écrire aujourd’hui. Je m’étais dit que je prendrais le temps de parler à Paul et de parler de Paul en cette journée de sensibilisation au deuil périnatal. Je voulais (re)dire mon amour pour Paul, ma peine qui se transforme mais ne s’éteint pas.

Et puis hier soir, un message sur Facebook m’a bouleversée. Une personne que je connais y annonçait que son tout petit bébé était hospitalisé. Je ne connais pas les détails. Je comprends que même les parents ne savent pas encore ce qui ne va pas avec leur petit. Ça occupe une grande partie de mon esprit depuis. Ça remue la peine et les souvenirs enfouis en moi.

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bois de tristesse et de beauté

J’avais tout juste 18 ans quand j’ai dû aller dans une coopérative funéraire pour choisir un cercueil pour mon père qui venait de mourir. L’expérience a été déprimante, à cause du contexte évidemment, mais aussi parce que dans ces instants, la mort semblait réduite à une transaction, et parce que toutes ces boîtes chargées de fioritures me semblaient tristes et laides. Elles ne ressemblaient pas à mon père, à l’idée que je me faisais de lui. À l’époque, je n’ai pas su dire que ça me dérangeait, je n’ai pas pu faire autrement.

Je ne sais pas si j’avais parlé de cette expérience à mon amie, ou si ce sont les années d’amitié partagée qui lui ont permis de savoir que je ne voudrais pas que Paul repose dans une urne industrielle et impersonnelle. Avant que j’aie eu le temps de me sentir frustrée par les options proposées par le salon funéraire, elle avait dégoté et noté pour moi des références d’urnes artisanales. (Dans l’état où j’étais, je ne crois pas que j’aurais pensé à chercher). Lire la suite