à P.

Il me semble que les dates « significatives » se bousculent à mon calendrier ces jours-ci. La vie de Paul a été si brève qu’elle se décline en dates très rapprochées les unes des autres, qui marquent profondément mon « calendrier personnel de deuil ». Elle a aussi contribué à inscrire dans ce calendrier des dates qui, autrement, seraient restées peu signifiantes, notamment la fêtes des mères et la fête des pères. Des journées qui  seraient passées inaperçues, ou auraient fait l’objet de critiques, mais qui sont maintenant alourdies par le manque.
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bébé Paul

Soirée d’assemblée générale. Je dois présenter notre travail de la dernière année. Je me lève, je prends la parole. Les mots sortent de ma bouche, tout naturellement. Comme si de rien était. Comme si la dernière année n’avait pas été un désastre total.

J’entends ma voix. Je crois que le ton est quasiment enjoué. Mais la conscience qui m’habite à ce moment là coupe ma lancée « naturelle ». Je me vois de l’extérieur de moi. Je me vois à travers les yeux des personnes qui me font face. Je me demande si elles peuvent voir ce qui m’habite. Si l’incompréhension qui me mine transparait dans les phrases que je prononce. Lire la suite

les petites choses

Le retour au travail, c’est mille petites choses auxquelles il faut penser. Mille petits détails que je me faisais un plaisir de régler. Avant. Avant que mon cerveau ne se rebelle, avant qu’il ne juge que les détails de la vie de tout les jours ne méritent pas toute son attention.

J’ai repris le travail en me disant que ça me ferait du bien de m’occuper, de structurer mes journées. Tant qu’à tourner en rond dans la maison, je préférais me rendre utile. J’avais envie de renouer avec ce sentiment d’accomplissement qui prend source dans les choses bien faites. Ou à tout le moins, dans le fait de faire les choses. De cocher un à un les éléments de ma liste de chose à faire. Lire la suite

Comment faire face à l’indifférence? Au fait que personne ne semble reconnaître l’existence de mon enfant?

Si Paul avait été là, cette fin de semaine passée en compagnie de dizaines de gens que je ne connais qu’un petit peu aurait été ponctuée par les questions, les sourires, les photos… Je le sais parce qu’avant de partir en congé de maternité, j’avais reçu de ces mêmes personnes des conseils, des encouragements, des souhaits de bonheur et des témoignages de leur expérience de parents. Lire la suite

Mon bébé,

Faute de pouvoir te bercer, te tenir contre moi, t’allaiter, j’ai besoin de te parler, de t’écrire. Chaque matin au réveil, parfois après une nuit peuplée de rêves dans lesquels tu es là, de loin ou de près, je croise ton regard. Sur la photo de toi qui est accrochée près de notre lit, tu fais beaucoup plus vieux que tes trois semaines, peut-être un peu à cause de l’agrandissement, certainement aussi parce que tu y as les yeux grands ouverts. Dans ton regard, j’imagine plein de pensées, de souhaits, de projets. J’imagine les messages que tu me lances. Et je te réponds.

Je te parle en faisant à manger, t’imaginant assez grand pour goûter aux patates douces.
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le grand vide

J’ai le cœur brisé et la gorge en boule. Je m’ennuie des super pouvoirs dont j’ai profité quelques brèves semaines. Je m’ennuie de me réveiller dès les premiers sons de Paul, de l’allaiter dans la nuit, fatiguée mais tellement heureuse. Je m’ennuie de pouvoir lui offrir tout ce dont il avait besoin, en lui offrant simplement le sein. Ces jours-ci, quand j’entends un bébé pleurer, je me sens complètement chamboulée. Je ne peux plus répondre aux besoins de mon bébé, et me sentir heureuse d’avoir pu l’apaiser. Je reste là, impuissante, à sentir les larmes monter et s’échapper de moi contre mon gré…

La vie pue parfois. Elle nous arrache des bouts du cœur, elle nous déchire l’intérieur. Depuis plus de deux mois, je vis les semaines les plus difficiles de ma vie.
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