la mousse des bois

Quand Paul avait quelques jours, je me suis rendue compte que je ne connaissais pas vraiment de berceuses. Je lui chantais d’autres chansons mais il me semblait que ça manquait à mon répertoire, des vraies chansons de bébé.  J’ai cherché un peu sur internet pour me remémorer des paroles de berceuses entendues quand j’étais petite. J’ai retrouvé Une chanson douce, dont je ne connaissais que le début. Je l’ai fredonné plusieurs fois à Paul, quand il était sur le point de s’endormir. Comme certains passages me plaisaient moins, j’avais fait quelques modifications. Mais j’aimais les images que l’ensemble m’évoquait. La peau si douce, l’odeur du sous-bois…

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petites banalités

IMG_5062Au milieu d’une conversation banale, j’aperçois deux photos collées sur notre frigo. En une seconde, je me transporte aux moments où ces photos ont été prises. Quand j’étais simplement émerveillée par ce petit être qui se joignait à nos vies, quand les photos n’avaient encore rien du trésor immense mais insatisfaisant qu’elles sont devenues. Je passe et repasse ces moments dans ma tête.

Le premier voyage en voiture. Paul emmitouflé pour faire face aux températures extrêmes du début janvier. Les petites mitaines rayées qui nous épatent : le seul truc qui tienne en place, malgré le fait qu’elles ont été tricotées par grande-tante française qui n’a jamais connu les -30C qui marquent les premiers jours de 2014. La visite où Paul regarde sa cousine d’un air admiratif, elle qui le surplombe du haut de ses neuf mois. Le séjour dans le bois. Le bain, les siestes, petits moments quotidiens presque insignifiants.
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trigger warnings

Some of the websites I visit, of the pages I follow sprinkle trigger warnings on most of their content.
I’m not entirely sure how I feel about them.

The intention is good, obviously. And I suppose they don’t hurt. But what sparks strong emotions when one is going through difficult times is so unforeseeable.

A sesame seed. Suddenly reminding me of the one that had fallen in Paul’s ear. He seemed to always wake to breastfeed when we were just about to eat. And I was often too hungry to wait.

A sesame seed.
Trigger warning : invokes memories of blissful times with your baby.

Others are more obvious: babies, photos of babies, people talking about babies, conversations about the not so pleasant aspects of parenthood (I want to yell back at them)…

But what can I do? These days, everything is a potential trigger. Life needs a trigger warning.

la peur

J’ai mal partout.

Au corps, au cœur, à la tête, à la confiance, au bonheur.
Ici et ailleurs aussi, il n’y a pas de fuite possible.
Il n’y a pas de mots pour ce désespoir.

L’envie irrésistible d’être ailleurs, dans une autre version de ma vie.

Celle où, hier, j’aurais pu faire comme tout le monde et partager trop de photos de mon bébé pour ses quatre mois. À la place, déchirée à l’idée de ne pas crier au monde entier qu’il aurait du être parmi nous, mais sans avoir les mots justes, j’ai partagé un bout de pas-grand-chose en me demandant si je dérangeais.
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trying to translate « au creux de la vague »

for my friends in Louisiana and elsewhere…

The pain of grief, like the pain of contractions, comes and goes.

At times, it slowly fades away, then returns all of a sudden without warning. Catching me, taking me. Gripping my stomach before I completely understand what the trigger is.

The striped sailor shirt, worn by another little boy.
The smell of Paul’s cousin’s neck.
A glimpse of the face of a future dad, carefree.
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au creux de la vague

La douleur du deuil, comme celle des contractions, va et vient.

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Elle s’estompe doucement par moments, s’éloigne, puis revient tout d’un coup sans crier gare. S’abattant sur moi, m’emportant. Me prenant au ventre sans que je comprenne complètement ce qui la déclenche.

Le gilet à rayures de marin, sur un autre petit garçon.
L’odeur dans le cou du cousin de Paul.
Le visage aperçu d’un futur papa insouciant.
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histoires

Les narratifs populaires pour raconter l’histoire des bébés, des enfants et des adultes qui font face à des problèmes de santé majeurs sont ceux qui parlent de combat, de courage, de volonté, de triomphe. Le prématuré qui avait tellement le gout de la vie, la cancer survivor, qui court un 5 km dans son ensemble rose au son des slogans vides… Dans ce schème de pensée, l’histoire de ceux et celles qui y laissent leur peau est rendue invisible.

Enfant, je me souviens m’être sentie définie par le fait d’être en bonne santé. N’avoir jamais été hospitalisée, n’avoir jamais pris d’antibiotiques, me semblait être un élément important de qui j’étais, et me paraissait comme une preuve de ma valeur. Peut-être est-ce la conséquence d’être élevée par une médecin? Comment expliquer ce sentiment qui m’habitait alors et qui ne m’a pas complètement quittée? J’avais la même satisfaction à l’idée d’avoir mes quatre grands-parents vivants, comme si tout cela peignait un portrait de famille lisse, symétrique, entier. C’était une source de fierté étrange mais bien présente dans ma tête – et ça l’est encore, au fond, même si la belle image que je me faisais enfant est aujourd’hui craquelée.
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