maman

Je tisse mes fils à partir de rien, j’assemble, j’interprète, je borde ce rien avec la volonté sauvage de sauver le passé. Ce récit est une toile pleine de trous dans laquelle j’essaie de capturer ma mère, je voudrais qu’elle n’ait plus de secrets pour nous. Elle me résiste pourtant, comme pour dire, N’essaie pas de m’immobiliser, tu n’y arriveras pas. Et je vois se dessiner, noir sur blanc, les contours de mon échec. Je sais que je suis empêtrée dans ma propre fiction. Ma mère est devenue un personnage de roman, et mon grand-père, ma grand-mère, ma tante. Me voilà devant une réalité de plus en plus vacillante. »

— Louise Dupré, L’Album multicolore, p.59

Louise Dupré a eu plus de soixante ans pour connaître sa mère et malgré cela, elle peine à réunir les souvenirs et les faits qui lui permettraient de rendre compte de la vie de cette femme, de leur relation qui s’est étendue sur des décennies. C’est peut-être peine perdue. Peut-être ne connaît-on jamais vraiment ses parents?

J’ai certainement l’impression de n’avoir pas connu ma mère. Pas suffisamment. Pas assez longtemps, pas assez profond, pas assez vrai. Ça ne sert peut-être pas à grand-chose de m’y attarder, mais si je pouvais revenir en arrière, ou donner un conseil à la fille de douze ans que j’ai été, je voudrais poser mille questions à ma mère. Je sais que c’est vain. La fille de douze ans que j’étais était dépassée par les événements, incapable de vivre pleinement les émotions multiples et contradictoires qui l’habitaient. Lire la suite

au bas de la page

Vois-tu une différence entre les polars de Mankell et les livres de l’auteure que tu lis en ce moment?

L’auteure que je lis en ce moment, c’est Camilla Läckberg. Quelqu’un m’a donné deux de ses livres qu’il avait récupérés. Il sait que j’aime les romans policiers scandinaves. Il a déposé ces deux-là sur mon bureau en me disant que si je les avais déjà lus, je n’aurais qu’à les donner. Je ne les avais pas lus. En fait, je n’avais jamais lu de livres de Camilla Läckberg.

J’ai dévoré son premier roman, La Princesse des glaces, en une journée et demie. Hier, je n’ai pas pu m’empêcher d’entamer le deuxième, Le Prédicateur, même en sachant que la semaine commençait, et que ça risquait de m’irriter de ne pas pouvoir lire autant que je le souhaiterais. Je me rappelle m’être empêchée de lire le deuxième tome des Millenium, alors que je terminais une session d’université. Je m’étais retenue pendant deux ou trois semaines pour pouvoir réellement me plonger dans l’histoire une fois mes examens terminés et mes travaux remis. Lire la suite

tes pieds

Tes pieds me manquent
Tes pieds si doux, leurs orteils avec des ongles minuscules
Ton pied gauche un petit peu de travers
ton petit pied croche
parfait
émouvant

Je sens encore sur mes cuisses
la pression de tes pieds
dans un effort pour te redresser
Tes pieds alternant leur effort
un peu comme un chat qui pétrit la chair du bout de ses pattes
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les bruits, les oublis

english below…

En lisant le texte d’une maman sur le silence de son bébé qui n’est plus, je me rends compte que je ne m’aperçois plus du silence. Pire, je ne me souviens plus des sons de Paul.

Pendant ses quatre semaines avec nous, il a passé beaucoup de temps à dormir et à téter. Il a pleuré aussi, certainement, mais mes souvenirs auditifs sont pour ainsi dire absents.

J’ai oublié les pleurs de Paul à la naissance parce que je naviguais entre conscience et demi-sommeil drogué.
J’ai oublié ses pleurs au creux de la nuit, peut-être par souci de me souvenir plutôt de ce silence partagé. Paul dans mes bras, s’abreuvant de moi.
J ‘ai oublié les petits bruits de Paul, quand tout allait bien. Faisait-il des bruits? J’ai beau racler le fond de ma mémoire, je n’arrive pas à déterrer un seul son. Lire la suite

ça va

Six mois maintenant depuis la mort de ma mère, six mois, et mon deuil ne se passe pas comme dans les livres. Maintenant, on doit le faire, à l’exemple des tâches quotidiennes, c’est-à-dire ranger bien vite sa peine dans un placard. […]

Autrefois, on portait le deuil. Porter le deuil comme on supporte une charge lourde sur les épaules, un poids qui nous fait ployer. »

– Louise Dupré, L’Album multicolore, p.66-67

Je me souviens, enfant, avoir trouvé cruelle l’idée de porter le deuil. Ça me semblait étrange de forcer les gens en deuil à s’afficher publiquement. À la mort de ma mère, je me rappelle avoir été contente de pouvoir passer inaperçue, d’avoir la possibilité de vivre publiquement comme si de rien était, de ne pas avoir à faire face aux conversations que je voulais à tout prix éviter. Lire la suite

P pour/P for

Leigh, du blog Headspace Perspective, m’a récemment fait connaitre le « Alphabet Photo Project ». Depuis quelques semaines, par le biais de cette exercice collectif de photos, je découvre  des éléments de sa vie et de son fils Hugo. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas senti le besoin et le courage de m’astreindre à des exercices d’écriture proposés par d’autres blogues. Mais comment passer à côté de la lettre de cette semaine? (et j’en profite pour essayer un billet bilingue).

Leigh, at Headspace Perspective, has allowed me to discover the the « Alphabet Photo Project » by sharing her weekly photos and accompanying pieces, revealing glimpses of her life as the mother of Hugo. Though i have not joined any weekly blogging prompts, I feel like i couldn’t pass up this week of the Alphabet Photo Project, focusing on the letter P. (and, as you see, I am also trying out a bilingual post.)

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je n’ai pas rêvé

Les bébés continuent de naître. Paul n’est plus là et pourtant, d’autres bébés naissent. Ils naissent, ils grandissent, tout doucement, continuellement. Leurs parents les découvrent et les redécouvrent jour après jour, se réveillent la nuit pour s’en occuper, voient leur peau se défriper, leurs yeux commencer à les reconnaître, leur cou se renforcer jusqu’à pouvoir soutenir leur tête encore lourde et surdimensionnée.

Et puis quoi, ensuite? Je ne sais pas trop. Les bébés naissent, mais Paul n’est plus là pour me faire connaître la suite. Chaque jour porte le renouvellement de son absence. Chaque semaine, chaque mois, nous sommes privés d’une nouvelle étape de sa vie. Il en est privé, j’en suis privée. Chaque instant alourdi par son départ, et par l’étourdissante permanence de sa mort. Tous les jours et toutes les minutes de toute ma vie sans lui. C’est tellement long. La vie de Paul a été tellement courte. Lire la suite

l’eau et les couleurs

Lundi.

Je n’ai pas envie de reprendre le travail. Les deux jours d’arrêt ont passé trop vite, j’ai eu trop peu de temps pour Paul. La fin de semaine a déboulé, m’a chamboulée. J’ai été distraite par du beau et du déchirant. Et puis, évidemment, il n’y a pas eu de cris affamés ni de pleurs fatigués pour me rappeler à l’ordre.

Être la maman d’un bébé qui n’est plus là, c’est aussi ça… Mon emploi du temps m’appartient. Pas de tétées ni de couches ni quoi que ce soit que font les bébés de presque huit mois mais que je ne connais pas. J’ai le loisir de me consacrer au rôle de mère de mon enfant selon l’horaire qui me convient. Lire la suite

before/after

As i woke up this morning, trying to gather the courage to post a before/after photo of me as the mother of Paul, i sleepily looked through my facebook feed. It has not been the safest place for me recently, a feeling that, i am sure, is familiar to anyone grieving or going through difficult times. Social media invite people to stage their lives and offer glimpses of when they look most attractive, when they do the most exciting things for the world to see. In my feed, the countless very-happy-times photos and unavoidable baby photos share the space with social justice links and statuses, many about the aftermath of Michael Brown’s killing in Ferguson, violence against women, reproductive justice issues, and a few weeks ago, about the Israeli invasion of Gaza.

I find myself having a hard time facing both the overly cheerful pictures and the heart-shattering current events. I feel upset witnessing the simple and lighthearted happiness so many friends and « friends » of mine seem to enjoy, but i can’t let myself measure the amplitude of the violence and injustice faced by so many people. I can’t handle really facing either. So i often find myself withdrawing from both. Scrolling through all of it as if i had to, glossing over everything, in very much the same way i find myself doing with what is happening around me « in real life ». I can’t deal with everything at once, it seems. So i end up not dealing with anything. Spending days  without being able to connect to my loss because it feels like too much work. Lire la suite

Paul and the knitting tree

At some point during the spring, as i was discovering the beautiful people and resources at Glow in the woods, i came across a call to participate to a mother’s project to honor her daughter Marlo. She was collecting squares of fabric to be included in a knitting graffiti for her daughter’s third birthday.

IMG_5062I knew right away i wanted to be a part of this creative tribute to the life of Marlo and many other lost babies. I knew because the video of the 2013 edition of the knitting tree was set to one of my favorite songs, The Be Good Tanyas’ Littlest Birds. I knew because even though i can’t knit, i feel a strong connection to knitting since i am lucky to have a expert-knitter as a grandmother.I knew because for the brief winter weeks Paul was with us, he spent a lot of time in beautiful outfits knitted with so much love by his great-grandmother and great-great-aunt, and wrapped in a blanket made by his paternal grandmother. I knew because when i was pregnant with Paul, i felt so thankful to rediscover the wool outfits that my brother and i had worn as children that were carefully preserved for our own children. I felt that somehow, all this intertwined wool was a line connecting us through time and generations… Lire la suite