entouré de lumière

As-tu senti toute cette lumière, tout cet amour qui brillait si fort pour ton anniversaire?

Mon Paul, j’aurais tellement aimé que tu sois là pour souligner cette journée. J’aurais aimé te voir souffler maladroitement les deux bougies sur ton gâteau (ou, plus vraisemblablement, te faire chiper ce moment par un cousin ou une amie ayant quelques années d’expérience de plus que toi.) J’aurais aimé entendre tes rires en glissant dans la neige pendant notre balade de l’après-midi. J’aurais aimé voir tes joues rougies par le froid de cette première journée vraiment hivernale.

Lire la suite

deux ans

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Paul. Il aurait dû avoir deux ans.

Depuis samedi, on revit les heures qui ont précédé son arrivée dans le monde.

La naissance de Paul a été longue. La grossesse qui l’a précédée aussi. Même si je n’ai dépassé le terme que de quelques jours, ces jours avaient été tellement inconfortables qu’ils m’avaient semblé interminables. Du 30 décembre, date prévue de mon accouchement, jusqu’au 2 janvier, les minutes s’égrenaient, ma tension montait, physiquement et mentalement.

Lire la suite

anniversaire 

Aujourd’hui c’est l’anniversaire d’un enfant. C’est sûrement l’anniversaire de plein d’enfants en fait. Mais c’est l’anniversaire d’une petite fille en particulier, née un peu plus d’une semaine avant Paul. 

Je savais que tous les deux naîtraient à des dates rapprochées, et se croiseraient chaque année dans les événements familiaux. Peut-être que cette proximité d’âge, fortuite mais pourtant signifiante, aurait fait naître une amitié. Peut-être pas. Mais même si cette proximité affective ne s’était jamais développée, elle et Paul aurait dû grandir en parallèle, célébrant chaque année leur anniversaire à quelques jours d’intervalle, en cette période déjà chargée de fonctions familiales. 

J’aimerais avoir le cœur à célébrer aujourd’hui.  J’aimerais trouver en moi la capacité à me réjouir pour cette enfant qui grandit, qui vit. 

Je ne trouve pas. Pas tout à fait. Pas encore. 

Aujourd’hui, je pense à Paul, à ce qu’il aurait dû être, à ses deux ans que nous devrions nous préparer à célébrer. Je pense à la manière dont nous allons souligner cet anniversaire maintenant si lourd parce qu’il est suivi de si près par l’anniversaire deson décès. 

Je pense aussi à deux autres petits garçons qui partagent un autre type de proximité fortuite avec Paul. Deux autres bébés d’hiver qui auraient dû avoir deux ans. Deux autres petits dont les ailes ont été arrachées avant même qu’ils ne puissent prendre leur envol. 

Aujourd’hui je pense à eux. Je pense à Paul. Ça devra suffire. 

les marcassins

20130096-300x300Hier, en cherchant à moitié des cadeaux pour les petits qui m’entourent, je suis tombée sur cette petite figurine de marcassin.

C’est probablement évident de par le titre de mon blogue, j’aime les marcassins, ils me font penser à Paul. J’adore avoir des petits objets autour de moi qui me rappellent sa façon d’être et son surnom. J’aime savoir que d’autres que nous pensent à Paul en voyant des marcassins.

J’aime les jouets en bois, je les trouve doux et chaleureux, et beaux. Alors en voyant ce petit marcassin de bois, j’ai eu envie de l’acheter, de l’avoir ici, près de moi. J’ai eu envie de regarder Aimé le manipuler, et éventuellement jouer avec lui, lui inventer des aventures. Lire la suite

photos de famille

mon tout petit Paul,

Il y a quelques jours, pendant notre voyage chez ton arrière-grand-mère, on a parlé de cimetières. Quelqu’un nous a demandé où tu étais. D’abord, j’ai répondu « dans notre chambre » puis, je me suis rendu compte que ça ne rendait pas compte de la réalité, alors j’ai ajouté, « et aussi un peu à Batz-sur-Mer, et en Colombie, et dans le fleuve Saint-Laurent… »

En réalité, tu es partout où nous allons, toujours avec nous malgré ton absence.

Tu nous manques. Tu me manques.
je t’aime mon petit marcassin.

IMG_2640_FotorIMG_2643_FotorIMG_2648 (1)_Fotor

ps. J’espère que tu as aimé l’éléphant…

un cadeau de Paul

Paul m’a appris. Il m’a transformée. Ce n’est pas comme ça que les choses devaient se passer. J’aurais dû le guider, l’accompagner dans ses premiers pas, lui apprendre à faire du vélo. Au lieu de cela, c’est lui qui m’apprend. Son passage dans ma vie a gravé des sillons douloureux au plus profond de moi. Sa mort continue de me faire mal, de mettre à vif mes vulnérabilités. Son absence, senseless, sans sens, remet en questions mes certitudes. Elle exacerbe mes angoisses. Elle me fait douter. De moi. De la vie. De ce qui nous attend. Pourtant, au milieu du chaos et de ces questionnements qui me font perdre pied, je sens aussi autre chose.

J’ai aimé Paul. Dès le début, furieusement. Et à la fin, qui est venue si vite, je l’ai aimé avec impatience. J’ai essayé de tout lui donner d’un coup, de me vider de tout l’amour que je lui réservais, en sachant qu’il ne serait plus là le lendemain pour le recevoir.
Je lui ai dit que je l’aimerais toujours.
jusqu’à la fin de ma vie.

Lire la suite

j’aurais voulu dire

J’évolue dans un petit milieu — dans des petits milieux. Au quotidien, les personnes que je côtoie connaissent l’histoire de Paul. Certaines choisissent d’en parler, plus ou moins souvent, d’autres semblent être plus à l’aise d’éviter le sujet, mais face aux un-e-s comme aux autres, je sais que la mort de Paul, et l’impact qu’elle a eu sur ma vie, existe en filigrane de nos conversations. Ils savent, elles savent. Je n’ai pas besoin de redire constamment.

Je n’ai plus l’habitude de devoir annoncer le décès de Paul, de devoir prendre la décision, en une fraction de seconde, d’alourdir l’atmosphère, d’attirer sur moi cette chape de douleur, de faire naître dans leurs yeux la crainte que je les contamine avec cette mort, avec cette tristesse. Et quand j’aurais besoin de dire, parfois je ne dis rien. Ou je dis trop peu, par peur de l’inconfort.

Lire la suite

doutes

Aimé fait la sieste. Je lis à côté de lui, la main posée sur son avant-bras. Il respire doucement. Son sommeil calme est entrecoupé de petits mouvements brusques. Il a l’air de rêver. Quand ça fait quelques minutes qu’il n’a pas bougé ou grogné, immanquablement, je suis tirée de ma lecture par cette petite inquiétude qui ne me quitte pas. J’observe sa cage thoracique pour y repérer les mouvements délicats de sa respiration. Même chose la nuit, quand pour me rassurer, j’approche mes doigts de ses narines pour sentir le souffle chaud. Je vérifie, comme je le faisais quand il était encore dans mon ventre et que je m’allongeais pour le sentir bouger en moi. Chaque mouvement, chaque respiration me donne un répit, un sursis de quelques minutes.

Je ne me sens pas exactement angoissée. C’est plutôt que je n’ai plus la confiance que j’avais. Je ne crois plus a priori que tout va bien, que tout va bien aller. À chaque fois que je vérifie si Aimé va bien, une petite partie de moi se prépare au pire, et à chaque fois que je vois son ventre se gonfler d’air ou ses lèvres téter dans le vide, je me sens soulagée. Lire la suite

en parallèle

le visage d’Aimé, mobile, changeant
ses nouvelles grimaces, son sourire de plus en plus volontaire
ses yeux curieux, découvrant chaque jour ce qui l’entoure
les occasions d’immortaliser ses premiers mois chaque jour renouvelées

les photos de Paul, figées dans le temps
images de ses premières semaines, de ses seules semaines
son visage figé, inconscient, des derniers jours
les nôtres, rougis, dans ces dernières photos de famille prises à contrecœur avant la toute fin

les petits bonheurs du quotidien
la douceur de la peau au réveil, ses petites mains qui s’agrippent à mes doigts
la fierté qui enfle en moi quand je le porte, quand je le regarde
la beauté de cet été qui s’écoule doucement le long de nos vies

les souvenirs qui me coupent le souffle
le choc qui ne s’atténue pas, le moment où tout arrête d’être simple et normal
les tentatives vaines pour renverser le cours des choses
le cerveau qui s’éteint, la lumière qui n’anime plus ses yeux
la famille rassemblée en urgence pour accompagner Paul dans ces derniers instants
les sentiments d’impuissance et d’injustice qui remontent en moi avec tellement de force, d’intensité

deux univers dans lesquels j’évolue en parallèle
l’un doux et ensoleillé et fragile
l’autre triste et froid. inquiétant dans sa permanence
l’absence de Paul m’accompagne chaque jour
même les plus beaux
même quand je me sens habitée de la joie spontanée que je croyais ne jamais retrouver