p(l)eurs

Paul,

Il y a des jours où je sens que la vie a repris son cours presque normalement. Je fonctionne comme avant. Le poids de ton absence ne disparait pas pour autant mais la charge est supportable. J’arrive à naviguer dans le quotidien, en parlant de toi, en pensant à toi souvent, mais avec un certain détachement, je doit l’admettre. Par moments, je sens que ton absence fait partie de ma vie, tout simplement. Comme si je m’étais résolue à ce qu’elle soit dans l’ordre des choses. Comment faire autrement? La révolte permanente contre la réalité est trop épuisante, j’imagine.

Mais même si je le fais taire, ce fond de révolte m’habite toujours, menaçant de fomenter un coup contre mon État intérieur trop calme. Le tumulte grandit en moi, parfois sans que je me rende compte, et finit par déborder par le coin de mes yeux rougis, à travers ma gorge enrouée, les commissures de mes lèvres, mon nez débordant. Mon corps se révolte et se révulse, m’obligeant à prendre le temps, à faire l’effort de tenter de comprendre ce qui m’habite.

La liste de tout ce qui me fait réagir, de tout ce qui met en évidence ton absence gigantesque s’allonge et s’allonge jusqu’à m’emporter dans les pleurs. Lire la suite

comment dire?

Comment dire que tu n’es plus là?
Comment dire que tu as été?
que tu occupes
mes pensées
mon coeur
mon corps?

Comment rendre compte
de cette réalité que personne de veut entendre?
Comment trouver les mots?
Comment les glisser entre les phrases du quotidien?
Comment trouver le courage d’anéantir le banal, le simple, l’impersonnel?
Comment ouvrir cette porte qui soulagerait ma conscience? Lire la suite

un an

grandpetit1Un an s’est écoulé. Nous avons bouclé une année entière pendant laquelle je me suis souvent référée à ce que je vivais 365 jours plus tôt, pour essayer de donner du sens à ce que ma vie était devenue, pour comprendre comment les choses avaient pu changer aussi dramatiquement en moins de douze mois.

Je ne sais pas ce que cette année qui s’amorce nous réserve. Je ne sais trop quel bilan faire de cette année de deuil. Certains jours, je me sens encore tellement démolie, d’autres, je ne peux que constater que j’ai réussi à rebâtir une part de moi pendant ces mois de dérive.

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la neige et le froid

Paul,
Quand tu es arrivé parmi nous l’an dernier, ton papa et moi avions la tête pleine de projets. Nous voulions que tu nous accompagnes partout, nous voulions voir le monde avec toi, le redécouvrir à travers tes yeux. Quelques jours après ta naissance, nous avons voulu au moins te faire découvrir ton environnement immédiat. La rue glacée, la rivière gelée, ton quartier. Puis, le chalet de ta famille paternelle et ses sentiers enneigés. Nous voulions te faire apprivoiser l’hiver, ta saison, bien collé au chaud contre l’un-e d’entre nous. Nous avons fait une promenade hivernale dans les bois, tu étais tellement bien. Et moi aussi. Nous aussi.

Après ta mort, j’ai perçu l’hiver comme un ennemi. Le froid mordant semblait vouloir me rappeler chaque jour à quel point la vie était cruelle. Sortir de la maison est devenu une épreuve. Je n’arrivais pas à faire face au monde qui t’avait arraché à nous. Je voulais fuir ces espaces qui me rappelaient ta présence, et cette saison que j’associe à ta vie.

Dès que j’ai pu me sauver vers le sud, n’importe où mais loin, je l’ai fait. J’ai fui le froid. J’ai essayé de fuir la réalité, sans succès. À mon retour, le temps s’était adouci, changeant le paysage, rendant la douleur du souvenir un tout petit peu moins vive. Puis, j’ai appréhendé le retour de l’hiver. J’ai appréhendé ton premier anniversaire, et maintenant, la date qui marquera une année entière sans toi.

Je sais que je ne peux pas hiberner et me réveiller seulement avec le retour du temps chaud. Je sais que je dois vivre à travers cette saison qui reste la tienne. Je voulais que tu aimes cette saison, que tu t’y attaches, que tu la chérisses. Ça continue de m’arracher l’intérieur de savoir que tu ne pourras jamais jouer dehors dans le froid, que tu ne sentiras jamais l’odeur douce de la première neige, que tu n’auras jamais froid aux joues, que tu n’entendras jamais le bruit presque inaudible des flocons qui atterrissent, que tu ne goûteras jamais à la neige neuve du bout de ta langue. Ça me démolit de penser à tous ces jamais. Mais j’ai choisi de vivre ces réalités hivernales, d’en profiter si possible, en pensant toujours à toi, plutôt que d’essayer en vain de les fuir.

J’aurais voulu te porter sur mon dos hier, en raquettes. J’aurais voulu que tu vois les branches des arbres recouvertes de neige, j’aurais voulu que tu ressentes le réconfort d’entrer dans le refuge chaud après avoir passé plusieurs heures dehors. J’aurais voulu que tu entendes le feu qui crépite et le rire de tes matantes, que tu goûtes à la soupe chaude de la fin de journée.

Tu n’étais pas là, mais tu étais avec moi. Toujours.

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je te porte encore

Paul,

Ton absence me pèse tellement cette semaine. Elle enfle toute la journée. Explose le soir arrivé. Me cloue.

C’est peut-être les tâches que je dois faire au travail. Les mêmes qui m’attendaient à mon retour le printemps dernier. En mai, j’ai fait le montage du journal de quartier dans un état d’absence mentale assez total. Je n’y croyais pas encore. Je pense que j’avais encore l’impression que j’allais échapper à cette réalité que je ne voulais pas accepter. J’ai perdu cette capacité à fuir complètement. Lire la suite

capture your grief 13

day 13 — season / jour 13 — saison

Au Québec, les saisons se succèdent sans trop se préoccuper de respecter des dates officielles de début ou de fin, alors j’ai l’impression que Paul a fait le tour du calendrier saisonnier, bien à l’abri dans mon utérus. Mais depuis le début, Paul est pour moi un bébé de l’hiver.

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les feuilles

Photo 2014-09-27 12 48 17

les feuilles rougissent
elles se détachent des branches
avec chacune d’entre elle qui vole dans la brise
l’hiver se rapproche

ta saison, Paul
la seule que tu as connue
la seule que tu as sentie sur ta peau
la seule que nous avons partagée

j’aurais voulu que tu sois avec nous
pour célébrer toute cette beauté
la chaleur de l’été qui s’accroche encore un peu, les couleur, la rivière froide
les ami-e-s autour de ton papa pour son anniversaire

tu aurais dû être là

ton absence me pèse
mais sache que comme avant
je te porte en moi
je me souviens
je t’aime

 

 

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