capture your grief 5/6

day 5 – journal

1000days_Collage

While i was expecting Paul, i looked for a book to collect our memories of him. I imagined we would create so many of them, for so long, as we learned to live with a baby, as we discovered him/her, as we went on adventures together… I didn’t like most of the baby album available, often intensely gendered and to intricate in their design for my taste.

Despite my initial good intentions, I had not kept a regular journal during my pregnancy – perhaps because I didn’t enjoy myself that much and wouldn’t have wanted my child to read about my petty complaints. But I was determined to chronicle my baby’s first year, or, as the journal I finally found suggested, his First 1000  days.

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capture your grief 3/4

day 3 — before

beforei am unsure of when « before » is
i was changed by the arrival of Paul in our lives
already, i wasn’t exactly the same as i used to be

the before in this image
before Paul was gone
before he was no longer with us
it shows
the person i longed to be
the person i hoped to be

a mother holding my child’s hand
through the world
guiding him
letting myself be guided

Paul was two weeks old
sleeping against me
protected from the cold by the warmth of my body
womb-like, through the forest

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capture your grief 1/2

J’ai passé la journée à combattre des nausées que je n’ai pas connues en attendant Paul. J’essaie de relativiser cet inconfort en me répétant que « si tout va bien… » ce n’est qu’une étape à passer, qu’un signe de la petite lentille. La promesse que peut-être, au mois de mai, nous aurons la chance d’accueillir un bébé.

Mais penser à un bébé, c’est encore, pour moi, penser à Paul. Ces heures passées étendue dans le lit à combattre les maux de coeur font remonter en moi des images de lui, son visage, la sensation enivrante de sentir sa peau si douce du bout de mes doigts ou de coller ma joue contre la sienne. Lire la suite

si tout va bien

Le petit cœur bat. Le sang circule.

Je l’ai dit à quelques personnes, je m’apprête à le dire à bien d’autres.
Un petit pépin a commencé à faire son nid en moi, à planter ses racines, à pousser doucement. Nous l’avons vu hier, son cœur bat la chamade et entraine les nôtres.

Si tout va bien, au mois de mai nous accueillerons le petit frère ou la petite sœur de Paul. Je l’ai dit à quelques personnes, maladroitement, comme je peux le faire en ce moment, prise dans les émotions contradictoires de cette grossesse. Lire la suite

imaginer

L’année dernière, quelque part pendant ma grossesse, j’ai commenté à ma collègue que j’avais l’impression d’être très centrée sur moi-même, égocentrique, presque. Elle m’a répondu à la blague que je pourrais faire équipe avec sa fille, à l’aube de l’adolescence et plongée à pieds joints dans une phase nombriliste. Je me sentais un peu coupable de ne penser qu’à moi mais mon entourage me répétait que je pouvais me le permettre, et je me justifiais à moi-même en me disant que bientôt, je me tournerais entièrement vers les besoins et les attentes de quelqu’un d’autre. Et d’ailleurs, m’occuper de moi pendant la grossesse ne pouvait-il pas être vu comme de l’attention portée à mon bébé?

Cette impression d’égocentrisme ne m’a pas quittée.

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les strates

La fatigue me pèse. Je me sens épuisée, physiquement et émotivement, malgré le fait que j’ai pu prendre plusieurs semaines de congé cet été, il y a si peu de temps. Les semaines depuis ont passé vite. Comme les semaines de repos, même si je n’en ai pas fait grand-chose. J’avais besoin d’avoir du temps pour moi, du temps pour penser à Paul, pour faire le point sur les derniers mois.

Cinq semaines pour moi. Ça peut paraître beaucoup, ça peut paraître suffisant, du moins. Et pourtant c’est un tout petit laps de temps, une petite tranche parmi les multiples segments qui forment le temps écoulé dans la dernière année. Lire la suite

sac de noeuds

en attendant Paul
j’ai réfléchi à ce qu’être parent, être mère, voulait dire
j’ai imaginé l’amour, les liens indéfectibles
j’ai rêvé aux connexion que j’établirais avec d’autres parents
j’avais hâte de vivre tout ça
hâte de mettre mes attentes et mes principes à l’épreuve de la réalité

en perdant Paul
j’ai eu peur
peur du gouffre immense de la peine
peur de l’entre-deux aussi
parent-pas-parent
mère-pas-mère
peur d’avoir perdu
en plus de mon enfant
ces liens avec tous les autres
que je souhaitais tellement établir, construire
voir grandir
au rythme de nos enfants
au rythme de Paul Lire la suite

birth and memories

I have always enjoyed writing. Throughout my school years, my birthday very often fell on the same day as the final writing exam. I guess not everyone would have been pleased with this pattern but I didn’t mind. I enjoyed it, for the most part, and enjoyed the feeling that came with the end of the school year, the air finally warming up, the upcoming weeks of freedom. I didn’t mind writing assignments for school, and then, once I entered university, I truly enjoyed writing papers and developing my ideas and my grasp on the language – whether it be in english of french. Over the past four years, as I have been working for a neighborhood community organisation, I have appreciated learning how to shape language to reach people of different walks of life.

I had never written on a regular basis on my own terms, but in the past few months, writing has been an amazing outlet to express my conflicted feelings. Through this blog and different forums, I have allowed myself the space to reflect on my life as Paul’s mother, on his life, on what to make of these months of learning how to live without him. I have also been in contact with a few persons I have “met” through their blogs. These few epistolary relationships have been so precious. The level of connection that can form across people who share significant experiences is truly amazing and leads to beautiful conversations. Lire la suite

le chemin parcouru

Je me revois, aux tous premiers instants où je me suis aperçue que Paul n’allait pas bien du tout. En un instant, ma vie des semaines qui venaient de s’écouler – notre vie de nouveaux parents que j’avais tellement attendue, épisode banal et merveilleux de 25 jours – prenait fin. Abruptement, mon existence a pris un virage inattendu, violent. Je me revois à l’hôpital, découvrant au compte-goutte les détails qui s’additionnaient pour tracer le portait défiguré de notre nouvelle vie de parent, une vie de parents veillant sur un bébé qui ne sortirait pas des soins intensifs, une vie de parents endeuillés, une vie de parents sans couche, sans pleurs, sans bain, sans bisous, sans odeur intoxicante de nouveau-né.

La douleur était alors tellement intense. Je me souviens de la première nuit hors de l’hôpital, après le décès de Paul. Je me revois essayer de dormir. Exténuée mais maintenue dans un état d’éveil malsain par l’impression que toute cette peine allait me tuer. J’avais mal physiquement. Au-delà de mes seins qui ne demandaient qu’à nourrir mon enfant déjà plus là, la peine me déchirait les entrailles. Je pensais mourir de cette douleur, de cette peine, de cette culpabilité. Lire la suite

maman

Je tisse mes fils à partir de rien, j’assemble, j’interprète, je borde ce rien avec la volonté sauvage de sauver le passé. Ce récit est une toile pleine de trous dans laquelle j’essaie de capturer ma mère, je voudrais qu’elle n’ait plus de secrets pour nous. Elle me résiste pourtant, comme pour dire, N’essaie pas de m’immobiliser, tu n’y arriveras pas. Et je vois se dessiner, noir sur blanc, les contours de mon échec. Je sais que je suis empêtrée dans ma propre fiction. Ma mère est devenue un personnage de roman, et mon grand-père, ma grand-mère, ma tante. Me voilà devant une réalité de plus en plus vacillante. »

— Louise Dupré, L’Album multicolore, p.59

Louise Dupré a eu plus de soixante ans pour connaître sa mère et malgré cela, elle peine à réunir les souvenirs et les faits qui lui permettraient de rendre compte de la vie de cette femme, de leur relation qui s’est étendue sur des décennies. C’est peut-être peine perdue. Peut-être ne connaît-on jamais vraiment ses parents?

J’ai certainement l’impression de n’avoir pas connu ma mère. Pas suffisamment. Pas assez longtemps, pas assez profond, pas assez vrai. Ça ne sert peut-être pas à grand-chose de m’y attarder, mais si je pouvais revenir en arrière, ou donner un conseil à la fille de douze ans que j’ai été, je voudrais poser mille questions à ma mère. Je sais que c’est vain. La fille de douze ans que j’étais était dépassée par les événements, incapable de vivre pleinement les émotions multiples et contradictoires qui l’habitaient. Lire la suite