un peu d’espoir

Le quotidien a ceci de terrible qu’on s’y habitue.
On s’habitue même au pire. On s’habitue à l’absence parce qu’elle devient familière.

Je me rappelle des tous premiers jours à la maison sans Paul. Je me rappelle de la profondeur sans fin du vide en moi. Autour de moi. Je me rappelle le vertige, le haut-le-cœur. Je me rappelle les mots en boucle dans ma tête. « Qu’est-ce qu’on va faire? »

On a fait ce qu’il y avait à faire. On s’est levé le matin. On a mis un pied devant l’autre. On a fait semblant. Et à force de faire semblant, on a fini par y croire. Je n’y aurais pas cru l’an dernier à pareille date, mais je réussis à vivre à peu près normalement maintenant. Les efforts que me demandent les tâches quotidiennes et les interactions sociales ont diminué de façon considérable au cours des derniers mois.

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comment dire?

Comment dire que tu n’es plus là?
Comment dire que tu as été?
que tu occupes
mes pensées
mon coeur
mon corps?

Comment rendre compte
de cette réalité que personne de veut entendre?
Comment trouver les mots?
Comment les glisser entre les phrases du quotidien?
Comment trouver le courage d’anéantir le banal, le simple, l’impersonnel?
Comment ouvrir cette porte qui soulagerait ma conscience? Lire la suite

laid

Depuis un an, j’ai bénéficié de beaucoup de soutien – j’en ai parlé plusieurs fois ici et ailleurs. J’ai aussi reçu plusieurs commentaires positifs par rapport à la façon dont je vis mon deuil. Je suis reconnaissante d’avoir autour de moi des gens avec qui je peux partager mon expérience, la façon dont j’ai vécu la mort de Paul, et mes réflexions depuis. Mais en entendant les commentaires – et un en particulier, récemment – j’ai l’impression que je met de l’avant une image incomplète de l’expérience du deuil.

Parce qu’au-delà des images et des textes que je partage, et desquels l’esthétique est soignée, au moins minimalement, au-delà des moments de recueillement plus collectifs, qui sont beaux comme peuvent l’être les liens qui nous unissent les un-e-s aux autres, au-delà de tout ça, il y a des moments laids et sans poésie. Il y a tous ces moments que je choisis de camoufler, présentant ainsi un portrait partiel et poli de la réalité. Lire la suite

espoir et inconnu — en attendant le mois de mai

Il y a quelques semaines, juste après ma visite de suivi de grossesse, j’ai écrit un texte sur un coup de tête. Comme s’il avait été tout rédigé avant même que je commence à faire cliqueter le clavier. Quand je l’ai relu, j’ai eu envie de le partager plus largement que d’habitude alors je l’ai envoyé à un site qui me semblait ouvert à ce genre de contribution. Un site que j’ai découvert le jour où, l’été dernier, une contributrice qui écrivait sur le deuil périnatal a partagé un lien vers le marcassin envolé.

Et puis voilà, c’est aujourd’hui que mon texte paraît sur TPLmoms, le jour même de mon rendez-vous mensuel chez les sage-femmes. Jour où je me sens replonger au plus profond de mes incertitudes par rapport à l’arrivée éventuelle de bébé-lentille. Jour où je veux croire que l’espoir que je porte en moi n’est pas vain.

Pour lire en attendant le mois de mai, c’est ici.

un an

grandpetit1Un an s’est écoulé. Nous avons bouclé une année entière pendant laquelle je me suis souvent référée à ce que je vivais 365 jours plus tôt, pour essayer de donner du sens à ce que ma vie était devenue, pour comprendre comment les choses avaient pu changer aussi dramatiquement en moins de douze mois.

Je ne sais pas ce que cette année qui s’amorce nous réserve. Je ne sais trop quel bilan faire de cette année de deuil. Certains jours, je me sens encore tellement démolie, d’autres, je ne peux que constater que j’ai réussi à rebâtir une part de moi pendant ces mois de dérive.

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solitude/communauté

Il y a quatre semaines, c’était l’anniversaire de Paul. L’an dernier, avant qu’il naisse et pendant ses premiers jours, j’ai entrevu comment nous pourrions célébrer chaque année cette journée. J’imaginais des fêtes d’enfants hivernales, des jeux dans la neige, des chocolats chauds et une galette des rois réinventée pour lui.

Cette année, nous avons mangé de la galette des rois en son absence, sans mode d’emploi pour cette journée qui aurait dû en être une de célébrations. Demain, une autre journée journée pleine de sens et de tristesse marquera la fin d’une année entière sans Paul. Que doit-on faire par une pareille journée? Comment rendre honneur à sa vie, à son passage dans les nôtres sans sombrer dans le désespoir? Comment célébrer la trop courte présence de Paul dans le monde alors que je prends encore tout juste la mesure de son absence dans ma vie.

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apprendre à demander, apprendre à recevoir

Je me sens exigeante. J’ai l’impression de demander beaucoup des gens qui m’entourent. Je crois que c’est un trait de caractère que j’avais déjà avant — avant que tout change. J’en attends beaucoup des autres. Mais je crois qu’avant, je ne me posais pas trop de questions à ce sujet parce que j’avais confiance d’en donner beaucoup aussi.

Le problème avec cette équation, avec cette volonté de réciprocité, c’est qu’au moment où j’en ai moins à offrir, j’ai plus de difficulté à demander aussi, alors que j’en ai pourtant besoin plus intensément que d’habitude. Moins de quoi? Je pense à un tout un peu vague — temps, patience, écoute, amour… Je me sens lessivée, essorée de ce que je croyais posséder. J’ai l’impression d’avoir été vidée de ces biens précieux et de ne pas réussir à en refaire le plein. Lire la suite

maybe you won’t have time later

I don’t know why i do this to myself. Why i click on links that target overwhelmed parents of young children. Perhaps it’s just because of how common they are. I come across that type of article several times a day. I look away most of the time, but then, once in a while, i click and read the words of those parents who have normal parenting problems and who deal with daily annoyances and small-scale dilemmas by writing tongue-in-cheek pieces on parenting websites.

I clicked yesterday even though the title of the article already was making me cringe, You Have Plenty of Time to Love Them Later.  The advice it offered, and that I would have perhaps appreciated had things been different, seemed so so wrong : Lire la suite

la neige et le froid

Paul,
Quand tu es arrivé parmi nous l’an dernier, ton papa et moi avions la tête pleine de projets. Nous voulions que tu nous accompagnes partout, nous voulions voir le monde avec toi, le redécouvrir à travers tes yeux. Quelques jours après ta naissance, nous avons voulu au moins te faire découvrir ton environnement immédiat. La rue glacée, la rivière gelée, ton quartier. Puis, le chalet de ta famille paternelle et ses sentiers enneigés. Nous voulions te faire apprivoiser l’hiver, ta saison, bien collé au chaud contre l’un-e d’entre nous. Nous avons fait une promenade hivernale dans les bois, tu étais tellement bien. Et moi aussi. Nous aussi.

Après ta mort, j’ai perçu l’hiver comme un ennemi. Le froid mordant semblait vouloir me rappeler chaque jour à quel point la vie était cruelle. Sortir de la maison est devenu une épreuve. Je n’arrivais pas à faire face au monde qui t’avait arraché à nous. Je voulais fuir ces espaces qui me rappelaient ta présence, et cette saison que j’associe à ta vie.

Dès que j’ai pu me sauver vers le sud, n’importe où mais loin, je l’ai fait. J’ai fui le froid. J’ai essayé de fuir la réalité, sans succès. À mon retour, le temps s’était adouci, changeant le paysage, rendant la douleur du souvenir un tout petit peu moins vive. Puis, j’ai appréhendé le retour de l’hiver. J’ai appréhendé ton premier anniversaire, et maintenant, la date qui marquera une année entière sans toi.

Je sais que je ne peux pas hiberner et me réveiller seulement avec le retour du temps chaud. Je sais que je dois vivre à travers cette saison qui reste la tienne. Je voulais que tu aimes cette saison, que tu t’y attaches, que tu la chérisses. Ça continue de m’arracher l’intérieur de savoir que tu ne pourras jamais jouer dehors dans le froid, que tu ne sentiras jamais l’odeur douce de la première neige, que tu n’auras jamais froid aux joues, que tu n’entendras jamais le bruit presque inaudible des flocons qui atterrissent, que tu ne goûteras jamais à la neige neuve du bout de ta langue. Ça me démolit de penser à tous ces jamais. Mais j’ai choisi de vivre ces réalités hivernales, d’en profiter si possible, en pensant toujours à toi, plutôt que d’essayer en vain de les fuir.

J’aurais voulu te porter sur mon dos hier, en raquettes. J’aurais voulu que tu vois les branches des arbres recouvertes de neige, j’aurais voulu que tu ressentes le réconfort d’entrer dans le refuge chaud après avoir passé plusieurs heures dehors. J’aurais voulu que tu entendes le feu qui crépite et le rire de tes matantes, que tu goûtes à la soupe chaude de la fin de journée.

Tu n’étais pas là, mais tu étais avec moi. Toujours.

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