rétrospectives

Noël 2013. Je suis enceinte jusqu’aux oreilles. Physiquement, je me sens lourde et épuisée. J’ai l’impression que mon corps n’en peut plus de cette grossesse. Je prends une bière sans alcool pour faire semblant de faire la fête avec les autres mais elle n’a pour effet que de me faire enfler les pieds et les chevilles, qui ne forment maintenant qu’une structure unique et rotonde. J’en ai marre d’être enceinte. J’essaie de ne pas me laisser aller à jalouser ma cousine qui doit accoucher deux semaines après moi et qui semble en pleine forme.

Malgré l’inconfort, je me sens heureuse, pleine d’espoir. J’ai l’impression que l’année 2013, qui avait plutôt mal commencé, cèdera sa place à une année glorieuse. Un an plus tôt, mon temps des fêtes avait été marqué par une fausse-couche. Loin de chez moi, et loin de mon amoureux, j’avais dû faire face à la fin abrupte de cette grossesse que j’entamais tout juste. J’avais ensuite passé les premiers mois de 2013 à tenter de faire taire ma peur tout à fait irrationnelle de ne pas pouvoir retomber enceinte. Puis, la grossesse tant désirée s’était révélée beaucoup plus pénible que je ne l’avais escompté. Mais là, fin décembre 2013, il me semblait que ces obstacles — somme toute mineurs, j’en conviens — ouvraient la porte à un avenir qui serait forcément heureux.

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fragments nocturnes

Moi qui traîne une fatigue lourde depuis des semaines, qui passe des heures chaque jour à penser à dormir, moi qui dors parfois trois heures au milieu de la journée simplement parce que je peux, je ne dors pas. À cette heure nocturne qui n’attend que ça de moi, je ne dors pas. J’essaie de me détendre en écoutant un podcast – Strangers. Évidemment, je tombe sur un épisode qui me renvoie à mes angoisses actuelles.

L’histoire d’un homme qui a perdu sa mère, puis son frère, puis son père en moins d’une dizaine d’années quand il était jeune. Il raconte son parcours, parle de sa tendance à s’accrocher au passé, au « bon vieux temps » où sa famille était encore un tout cohérent. Plus de cinquante ans après ces décès de ses proches, il se demande si on connait vraiment les gens que l’on perd… L’idée qu’on s’en fait n’est-elle pas plutôt un portrait que l’on remodèle encore et encore en fonction de qui l’on est, de qui l’on devient?

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lettre à mon bébé-de-mai…

ma petite lentille
tu as beaucoup poussé
tu te fais sentir
de plus en plus fort
de plus en plus souvent

tes mouvements
rappels de ta présence
me centrent
me recentrent
m’émeuvent

au milieu du chaos
et des incertitudes
ils me donnent une raison
de rester debout, d’avancer
d’affronter mes peurs

ils me donnent le courage
de penser à l’avenir
de croire que le bonheur
comme mon amour
saura éclore pour toi

bébé de mai

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ps. ton papa et moi, on t’a acheté un petit pyjama
pour nous aider à croire que dans cinq mois, tu seras dans nos bras.

carcans

Grief is subversive, undermining the quiet agreement to behave and be in control of our emotions. It is an act of protest that declares our refusal to live numb and small. There is something feral about grief, something essentially outside the ordained and sanctioned behaviors of our culture. Because of that, grief is necessary to the vitality of the soul. Contrary to our fears, grief is suffused with life-force.

—   Francis Weller, “Entering the Healing Ground”

 

Le deuil est subversif et remet en question les conventions qui nous forcent à rester en contrôle de nos émotions…
Est-il possible alors que de me retrouver dans un milieu où les conventions sont plus présentes, plus rigides, que dans ma vie courante remette en question ma manière « habituelle » de vivre mon deuil?

Depuis bientôt dix mois, j’ai décidé de vivre ce deuil de manière plus ouverte. J’ai partagé mes expériences et mes réflexions avec des dizaines de personnes, incluant plusieurs que je ne connais pas. Pourtant, je me prend à respecter le consensus tacite qui semble exister autour de moi ces jours-ci. Je ne parle pas de Paul, je ne parle pas du fait que je suis encore parfois paralysée par la peine.

À l’approche de son premier anniversaire, je ne sais pas ce que je ferai, ce que nous ferons pour célébrer son passage trop bref dans nos vies. Peut-être la réponse à cette question se situe-t-elle dans l’ouverture à l’aspect sauvage, animal, de ce qu’est le deuil réellement, lorsqu’on le laisse s’évader du carcan des conventions?

après le déluge

Ma grossesse pour Paul, comme celle-ci, a été rythmée par des rendez-vous mensuels, puis plus fréquents, à la maison de naissance. J’ai tellement de bons souvenirs associés à ce lieu. Entendre battre le cœur de mon bébé pour la toute première fois. Sentir la complicité et la confiance s’établir entre moi, P. et les sages-femmes qui assuraient le suivi de ma grossesse. Vivre un moment de soulagement à chaque rendez-vous ponctué de bonnes nouvelles — l’utérus grandit comme prévu, le cœur bat bien, l’échographie n’a rien révélé d’anormal. Même si l’accouchement que j’avais espéré ne s’est pas matérialisé, les heures passées dans l’une des chambres de la maison de naissance ont été immensément importantes pour moi. Elles m’ont permis de découvrir des capacités que je ne me connaissais pas, elles m’ont permis de me dépasser, elles m’ont fait apercevoir des possibilités prometteuses. Je me suis sentie en sécurité dans cet espace tellement plus en phase avec mes valeurs et mes souhaits que l’hôpital voisin où Paul est né.

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échanges

L’année dernière, dans les dernières semaines de ma grossesse, j’ai eu envie de décorer la maison pour noël pour la première fois depuis des années. Ce n’est pas que je n’aime pas noël — j’aime préparer des repas en famille, bruncher avec mes amies et échanger des cadeaux, marcher dans la neige. Simplement, l’envie de décorer ne m’avait jamais submergée et je ne voyais pas de raison particulière de faire un effort à cet égard. Et puis, le mois de décembre 2013 est arrivé. La chambre du bébé était prête et il ne me restait rien à préparer quand j’ai enfin eu fini de travailler. J’ai décoré un peu le salon, sans trop comprendre cette soudaine envie.

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regrets/amour/espérance

Hier, j’ai pris la voiture pour aller travailler et faire quelques courses, et je suis tombée sur une émission que j’aime bien à la radio, Plus on est de fous, plus on lit. Marie-Louise Arsenault entamait une entrevue avec Luc Ferry, un philosophe et ancien ministre de l’Éducation français (pendant les années Chirac). A priori, pas un invité qui m’inspirait outre mesure.

Il commence à parler d’Homère et de la sagesse. Puis ses mots m’accrochent :

Le sage est celui qui comprend qu’il y a deux pièges dans l’existence. Le passé et le futur.

Constamment, on est dans la nostalgie et les souvenirs, et quand on s’en arrache, on est dans l’espérance que ça ira mieux après, quand on aura changé de ceci, de cela.

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des bonnes habitudes

Il y a eu des moments dans ma vie où je sentais, selon l’expression consacrée, que je me laissais aller. Souvent, j’ai remédié à cette impression en me fixant des objectifs, surtout sur le plan sportif. M’entraîner pour courir un demi-marathon, par exemple, m’a permis de restée motivée pendant plusieurs périodes de quelques mois à différents moments où j’en avais besoin.

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éparpillée…

les bonne nouvelles

je vis dans un monde
où je me dis sérieusement
que j’ai eu une bonne conversation avec le coroner
qui a appelé pour parler de la mort de mon enfant

je ne vis plus dans le monde
où je croyais au plus profond de moi
que l’ampleur de la peine me ferait mourir
que je me noierais dans les larmes

 

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C’est étrange comme ce deuil me fait à la fois relativiser certaines situations difficiles et dramatiser les petits aléas de la vie. Face à certains événements graves, je ne vois que le côté positif. Parallèlement, le stress normal de la vie me pèse comme jamais. Face au travail, j’ai des mouvements de recul, de répulsion presque, par moments. Face à la pression d’une date limite qui arrive trop vite, je sens la pression monter dans ma cage thoracique, m’écraser les poumons jusqu’à remonter dans ma gorge.

nouvelles sensations à apprivoiser. ou à combattre peut-être