dent de sagesse

Je n’ai pas de médecin de famille. Je suis sur une vague liste d’attente mais je ne retiens pas mon souffle. Et puis j’ai l’immense chance d’être — jusque là — en bonne santé, alors je préfère qu’un-e autre ait cette place convoitée. En attendant, je ne sais donc pas trop à quoi ça ressemble, la relation qu’on peut entretenir avec un-e médecin qu’on a toujours connu.

Je n’ai pas de médecin, mais j’ai une dentiste. J’ai toujours été suivie par la même personne, depuis mon tout premier rendez-vous quand j’avais cinq ans, jusqu’à avant-hier matin.

Je n’ai pas de sentiment particulier à son égard, mais j’avoue que j’aime bien le fait que sa réceptionniste semble toujours me reconnaitre, que les assistantes et hygiénistes dentaires me demandent de mes nouvelles — même si c’est difficile de répondre avec une main dans ma bouche et un crochet qui me gratte une dent. Pareil pour la dentiste qui semble toujours savoir à peu près où j’en suis dans la vie. Soit elles ont toutes une excellente mémoire, soit il y a des notes assez précises dans leurs dossiers et elles révisent avant de recevoir chaque patient-e.

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Paul en hiver

IMG_3565mon petit,

Tu nous a accompagné toute la fin de semaine.
Dans les rayons du soleil qui transperçaient le froid et illuminaient la neige, dans la lumière bleutée de la pleine lune, dans la chaleur enveloppante du feu, dans les rires et les cris des enfants avec qui tu aurais dû jouer.

Tu m’as manqué. Tu nous as manqué.

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sur/vivre

Le soleil brille sur cette journée marquée par mon humeur pluvieuse.
Il n’y a rien de particulier qui ne va pas, que cette période de l’année, pleine de souvenirs des brèves semaines partagées avec Paul, qui se révèle difficile. Il n’y a rien qui ne va pas. Alors je m’entends répondre comme si de rien était aux « comment ça va? » qui ponctuent ma journée.

Je ne sais pas trop quoi faire pour vivre cette tristesse qui m’habite. Un petit bout de réponse se situe certainement dans l’accueil. Laisser être ces sentiments, aller à leur devant, sortir dehors pour les vivre dans l’hiver, dans le temps froid que j’associe à Paul,  les inviter à venir se réchauffer en moi. Accueillir ce qui vient, ce qui est.

Comme le dit si éloquemment Fanny Britt, à Plus on est de fous, plus on lit*, « le deuil, c’est comme le brainstorm, pas de censure permise » (écoutez son intervention ici, c’est superbe, et notamment à partir de 5:45).

Pas de censure, pas de date de péremption, pas de mode d’emploi.

Qu’une ligne de conduite très générale.
continuer à vivre / (faire) vivre les souvenirs / (sur)vivre

 

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* Merci à Sara d’avoir partagé cet extrait

les petits gestes qui comptent

bougie_FotorPendant les semaines qui ont précédé le deuxième anniversaire de naissance de Paul, j’ai réfléchi à la façon de souligner cette journée, jonglant avec différentes idées, différentes symboliques. Je trouve magnifiques les initiatives de certains parents qui mettent sur pied des projets d’envergure en l’honneur de leur bébé ou de leur enfant décédé (comme ça et ça, notamment), mais les gestes et les événements plus modestes me rejoignent tout autant.

Dans un large groupe facebook auquel j’appartiens et qui est centré sur la parentalité, je vois régulièrement passer des questions de personnes qui se demandent ce qu’elles devraient faire pour soutenir des proches qui vivent le décès d’un bébé, avant ou après la naissance. Souvent, leur premier réflexe est d’offrir des objets pour commémorer l’existence de l’enfant — oursons ou oreillers du même poids que le bébé, bijoux, couvertures ou vêtements personnalisés. Souvent, on leur répond de considérer aussi d’offrir un soutien plus terre-à-terre pendant les premières journées et semaines où naviguer le quotidien est parfois trop demandant — repas préparés, aide pour accomplir des tâches ménagères ou autres.

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anniversaire 

Aujourd’hui c’est l’anniversaire d’un enfant. C’est sûrement l’anniversaire de plein d’enfants en fait. Mais c’est l’anniversaire d’une petite fille en particulier, née un peu plus d’une semaine avant Paul. 

Je savais que tous les deux naîtraient à des dates rapprochées, et se croiseraient chaque année dans les événements familiaux. Peut-être que cette proximité d’âge, fortuite mais pourtant signifiante, aurait fait naître une amitié. Peut-être pas. Mais même si cette proximité affective ne s’était jamais développée, elle et Paul aurait dû grandir en parallèle, célébrant chaque année leur anniversaire à quelques jours d’intervalle, en cette période déjà chargée de fonctions familiales. 

J’aimerais avoir le cœur à célébrer aujourd’hui.  J’aimerais trouver en moi la capacité à me réjouir pour cette enfant qui grandit, qui vit. 

Je ne trouve pas. Pas tout à fait. Pas encore. 

Aujourd’hui, je pense à Paul, à ce qu’il aurait dû être, à ses deux ans que nous devrions nous préparer à célébrer. Je pense à la manière dont nous allons souligner cet anniversaire maintenant si lourd parce qu’il est suivi de si près par l’anniversaire deson décès. 

Je pense aussi à deux autres petits garçons qui partagent un autre type de proximité fortuite avec Paul. Deux autres bébés d’hiver qui auraient dû avoir deux ans. Deux autres petits dont les ailes ont été arrachées avant même qu’ils ne puissent prendre leur envol. 

Aujourd’hui je pense à eux. Je pense à Paul. Ça devra suffire. 

imaginer

(Avant de commencer, je précise que ce billet contient  une description d’un moment où j’ai cru qu’il était arrivé quelque chose de grave à Aimé, mais ce n’était pas le cas. Il va bien. A vrai dire, j’écris ces mots alors qu’il somnole sur moi.)

Dans un peu plus de deux semaines, nous devrions fêter le deuxième anniversaire de Paul. Le mois de janvier qui débutera porte pour plusieurs la promesse d’une nouvelle année, de nouveaux commencements. Mais pour moi, il est lourd de significations, pesant parce qu’il mettra un terme à une deuxième année sans Paul. Je ne sais trop quoi penser de janvier. L’année dernière, le mois m’a catapultée un an avant, chaque jour passant comme le calque des journées que nous avons partagées avec Paul en 2014.

Nous devrions commencer ces vacances avec joie, être occupés à inventer des activités pour souligner un anniversaire de deux ans. Nous devrions avoir avec nous un petit bonhomme entamant son troisième hiver. Paul ne serait plus un bébé. J’ai tellement de difficulté à imaginer ce qu’il serait devenu; j’ai de la misère à réaliser que nous devrions avoir déjà vécu toutes les étapes que traverse Aimé. Paul aussi aurait dû apprendre à ramper et à rouler. Il saurait marcher, parler, il pourrait jouer avec son cousin presque exactement du même âge. Je le regarde grandir, lui, et je n’arrive pas à croire que Paul serait déjà aussi grand. La maman d’une petite fille née quelques mois avant Paul partageait aujourd’hui son émerveillement de pouvoir avoir des conversations avec elle. Et c’est vrai que c’est renversant. Je suis fascinée par les premiers balbutiements d’interactions avec Aimé.

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rattrapée

Je me souviens, ado, avoir entendu dire que lorsqu’on ne « fait pas son deuil », le deuil nous rattrape éventuellement. J’avais tellement intégré cette notion que je me souviens m’être sincèrement demandé si j’avais « fait mon deuil » suite au décès de ma mère. Après sa mort, j’avais été absente de l’école pendant une semaine. Puis j’y étais retournée et j’avais recommencé à fonctionner. Je ne m’étais pas effondrée.

Faute d’avoir accès à une pluralité de modèles des formes que peut prendre un deuil, je n’arrivais pas à trancher : est-ce que j’avais « fait mon deuil »? Comme s’il avait dû y avoir un choix de réponse simple.

OUI / NON. Cochez la case qui s’applique.

J’ai douté longtemps, craignant ce spectre, cette image du deuil me rattrapant à un moment où je ne l’attendrais pas.

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fragments

Aujourd’hui, nous sommes allés visiter la tombe de mon grand-père au cimetière. Toutes ces tombes, que les gens fleurissent à ce moment de l’année, me rappellent l’importance de cet exercice de mémoire.

Ici, il y a un mode d’emploi : à la Toussaint, on visite ses morts, on dépose des cyclamens à leurs pieds.

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P. me dit que ma grand-mère est inquiète qu’on parle trop de Paul à Aimé, qu’il grandisse entouré de tristesse. Une part de moi se rebelle à cette idée : évidemment que je veux parler de Paul à son petit frère! En fait, je me rends compte qu’il m’arriver souvent d’imposer Paul comme sujet de conversation, comme présence dans l’univers mental des personnes qui m’entourent et qui auraient dû l’entourer.

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ces moments

Il y a des moments comme ça. Des moments où je n’arrive pas à dormir, parce qu’on a décidé de venir présenter Aimé à son arrière-grand-mère en France, et parce qu’on a pas du tout battu le décalage horaire.

Hier, on a passé une bonne partie de la nuit debout. Aimé à se réveiller à moitié, mais en hurlant au complet. Moi à l’allaiter et à le bercer un nombre incalculable de fois, en espérant que ses pleurs ne réveilleraient pas ma grand-mère trop souvent. P. à promener Aimé dans le porte-bébé à travers l’appartement, espérant que le rythme de ses pas arriverait à l’apaiser. On a finalement réussi à rattraper quelques heures de sommeil ce matin – en plein jour ici, mais pendant la nuit nord-américaine. D’où mon incapacité à dormir cette nuit, je suppose.

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