y croire

Pendant la fin de semaine, j’ai reçu un court message d’une amie — le genre de message que j’aimerais recevoir plus souvent tant il m’a fait du bien. Elle me racontait un rêve qu’elle avait fait la nuit précédente. Dans son rêve, nous étions avec des ami-e-s et des enfants dans un grand parc au bord de la rivière, dans notre quartier, et un petit garçon arrivait en s’exclamant sur le beau temps et la chaleur. C’était Paul.

Ce n’ai pas moi qui ai fait ce rêve, et pourtant, en lisant les quelques lignes qu’elle m’a envoyé, des images claires et colorées me sont venues à l’esprit. Sans effort, j’ai vu ce Paul, grandi, capable de courir, de parler, Paul heureux comme il aurait dû l’être. Pendant un instant, ce qui aurait dû être a pris le pas sur ce qui est, sur la réalité à laquelle je me suis habituée, bien malgré moi.

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fines lignes roses

Il y a deux ans, presque jour pour jour, une très fine ligne rose nous annonçait le tout début de ton aventure parmi nous. Une marque verticale presque imperceptible à moins d’avoir l’œil aguerri par l’espoir. Pareil pour les sensations subtiles qui commençaient à m’habiter, porteuses d’un bonheur plein d’étonnement.

Les neuf mois qui ont suivi n’ont pas été de tout repos. De ta place privilégiée, tu m’as sûrement entendue me plaindre de mes petits maux, de mes pieds enflés, de mes chevilles disparues, de ma fatigue intense. Je n’ai pas vécu la grossesse légère et épanouie dont j’avais rêvé. Mais tous ces désagréments, sans compter celui, mal vécu, d’avoir « raté » mon accouchement, ont valu la peine. Ils ne sont rien face au bonheur intense que tu nous as fait vivre.

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snail travels

Last week, P. and I went to Detroit to visit my brother, sister-in-law and brand-new-adorable niece, S..
An intense journey, both physically — a very long drive for my very pregnant self — and emotionally. A travel through space, through time, in a way, as i was reliving vicariously the vertiginous first few days with a baby, but also a travel into an unknown, unexplored reality.

A reality in which my little brother is now a dad, in which he is learning to parent as i struggle not to be able to have more perspective on this role i should be well acquainted with by now. The jealousy and envy i have felt at some points since knowing Paul would have a cousin before i could give him a brother or a sister has receded, but as the days pass, i wonder how i will feel once S. reaches and sails past 28 days of life. I don’t know what to make of this reality but accept it exists, and go along with it.

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procrastination

Who doesn’t sometimes suffer from this common modern affliction? It is almost expected in a society that values so much “being busy” — a well-adjusted adult is almost expected to have too little time to accomplish all of their weekly tasks, making the excuses we give ourselves for procrastinating easy to find and easy to use.

I have the privilege of being able to take time off work for the last weeks of my pregnancy. Pregnant with Paul, in 2013, I had waited until my 37th week to stop working, partly because it lined up with the winter holidays, but mostly because I didn’t allow myself to have free time if I didn’t absolutely need to. If I wasn’t absolutely unable to work, I felt like I had to keep going. Even after Paul’s death, I felt the obligation to return to work as soon as I got back to a more or less functioning state. Lire la suite

pour S.

On ne se connait pas encore
Tu es toute petite, fraichement arrivée parmi nous
Je ne t’ai pas encore rencontrée en personne
Que par le biais d’écrans interposés
celui que mon frère, ton papa, plein de fierté, dirige vers toi,
le mien, que je tiens d’une main fébrile et curieuse.

On ne se connait pas encore
mais tu es déjà partie intégrante de la famille.
Je ne veux que le meilleur pour toi
la santé, la quiétude, le bonheur
tout l’amour de tes parents
tout l’amour tout court. Lire la suite

le premier

Avec mon ventre de plus en plus apparent, et le fait que j’ai cessé de travailler, libérant mon emploi du temps aux heures où je serais normalement assise à mon bureau ou dans une réunion, j’attire de plus en plus les questions et commentaires autour de la grossesse. Outre les « Ta bedaine est tellement grosse/petite ! » (c’est fascinant, d’ailleurs à quel point ces constatations sont interchangeables), on me demande souvent si c’est mon premier bébé.

A priori, je veux répondre que non, j’ai envie de rendre compte de l’existence de Paul chaque fois que l’occasion se présente. Mais en réalité, il m’arrive de ne pas répondre entièrement honnêtement à cette question, selon les circonstances. Parfois, c’est à cause de la manière dont elle est posée. « En as-tu un autre à la maison? » par exemple m’amène parfois à simplement répondre non, surtout si je suis au milieu d’une conversation courte ou superficielle, parce que c’est la réponse la plus simple. Parfois, la question est directe mais je manque de confiance – en moi ou en la capacité de la personne en face de moi de recevoir cette annonce – alors je réponds oui, oui c’est mon premier. Lire la suite

combler le vide

Il y a plusieurs années de cela, j’ai eu envie d’écrire sur mes parents. Sur ma mère, d’abord. J’imaginais un travail documentaire qui me permettrait de mieux la connaître. Puis, quand peu de temps avant le décès de mon grand-père, mes grands-parents paternels ont décidé de rédiger leurs histoires de vie respectives, j’ai eu envie d’écrire pour pour que mon père ait aussi sa place dans ce récit collectif. Après la mort de Paul, j’ai écrit aussi.

Soudain, les mots m’aidaient à sculpter du sens dans la matière brute et inexplicable de ma réalité. Ils me permettaient de me réapproprier un tant soit peu le narratif de ma vie. Lire la suite

grippe

Il y a presque deux ans, en avril 2013, P. est parti une dizaine de jours au Nicaragua pour son travail. Juste après son départ, alors que je devais passer la fin de semaine à rédiger un travail de fin de session, je me suis retrouvée clouée au lit par une grippe inhabituellement intense. Je suis rarement malade et quand ça m’arrive, c’est toujours assez bénin — ça l’a toujours été jusqu’à maintenant du moins.

Je me rappelle bien de cette grippe. Alors que j’avais eu presque hâte de passer quelques jours en solo, je me sentais un peu abandonnée. Je regrettais de ne pas avoir quelqu’un pour prendre soin de moi. Je me rappelle aussi que le lundi, la maman de P. est passée à mon travail m’apporter une soupe pour que je me sente mieux. Je me souviens avoir été touchée par ce geste plein d’attention, je me rappelle m’être sentie chanceuse et choyée. P. et moi essayions de concevoir, et je m’étais dit que si ça fonctionnait — quand ça fonctionnerait — notre bébé arriverait dans une famille pleine d’amour. Lire la suite

distractions

Avec les mois qui passent, je sens grandir en moi une certaine confiance par rapport à l’avenir. Au cours des dernières semaines, bébé-de-mai s’est chargé de me rappeler sa présence de manière insistante, comme si il ou elle savait que j’ai besoin de m’accrocher lui, à elle, à cette petite bête qui fait son nid dans mon ventre et dans nos vies. Ce n’est pas comme un bébé qui demanderait une constante attention, mais les rappels sont présents et me font remarquer à quel point il est plus facile pour moi de mettre de côté le souvenir de Paul quand je n’ai pas le temps d’en prendre soin. Lire la suite

un peu d’espoir

Le quotidien a ceci de terrible qu’on s’y habitue.
On s’habitue même au pire. On s’habitue à l’absence parce qu’elle devient familière.

Je me rappelle des tous premiers jours à la maison sans Paul. Je me rappelle de la profondeur sans fin du vide en moi. Autour de moi. Je me rappelle le vertige, le haut-le-cœur. Je me rappelle les mots en boucle dans ma tête. « Qu’est-ce qu’on va faire? »

On a fait ce qu’il y avait à faire. On s’est levé le matin. On a mis un pied devant l’autre. On a fait semblant. Et à force de faire semblant, on a fini par y croire. Je n’y aurais pas cru l’an dernier à pareille date, mais je réussis à vivre à peu près normalement maintenant. Les efforts que me demandent les tâches quotidiennes et les interactions sociales ont diminué de façon considérable au cours des derniers mois.

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