à toi

toi qui fait face à la mort toute récente de ton enfant,

Je me permet de t’écrire quelques mots. J’espère qu’ils t’offriront une perspective autre sur la souffrance immense qui t’habite. J’espère qu’il n’ajouteront pas à ta douleur déjà si intense.

D’abord, saches à quel point je suis désolée de ce qui t’arrive. Je suis attristée par la mort de ton bébé, de ton enfant, peu importe son âge, peu importe s’il s’est éteint dans le monde intra- ou extra-utérin. Tout cela ne devrait pas arriver. Rien ne rend acceptable l’injustice d’une mort prématurée.

Je me souviens des premières semaines après la mort de Paul, du vertige devant l’ampleur du désastre qui s’était abattu sur nous. Même après que plusieurs jours, plusieurs semaines, aient passé, j’étais encore tout près de la douleur innommable des premiers instants. Je me rappelle des premières minutes. De mes jambes, incapables de me soutenir. De ma voix, incontrôlable. Des mots que je répétais malgré moi « qu’est-ce qu’on va faire? qu’est-ce qu’on va faire? ». Lire la suite

merci

Il y a un bon moment que je n’avais pas participé à une rencontre d’un groupe de soutien pour les parents endeuillés. Au printemps et à l’automne derniers, j’ai assisté à quelques rencontres de deux groupes à Québec. J’ai apprécié ces expériences dans une certaine mesure – j’ai apprécié de rencontrer d’autres parents qui partageaient l’expérience du deuil, et j’ai pu parler de Paul à des « inconnu-e-s » à un moment où c’était encore presque impensable pour moi et où, pourtant, j’avais intensément besoin de dire. Dire son nom, son histoire, sa vie.

Je n’ai pas été aussi assidue que d’autres à ces rencontres parce que d’une part, j’ai réalisé que j’arrivais mieux à explorer l’intensité de mes émotions et de ma confusion par écrit, aux moments qui me convenaient le mieux. Et puis, force est de constater que je ne me retrouve pas toujours dans les discours des personnes qui assistent aux rencontres de ces groupes. Je suis un peu gênée de l’admettre mais j’aime la liberté des ressources en ligne. Quand les propos de quelqu’un-e ne me rejoignent pas, je peux simplement fermer la fenêtre. Quand une conversation dégénère ou prend une tournure que je trouve plus dommageable qu’aidante, je vais voir ailleurs. Je ne m’oblige pas à faire l’effort de me connecter à tout le monde, même si on partage l’expérience de faire le deuil d’un enfant. Lire la suite

combler le vide

Il y a plusieurs années de cela, j’ai eu envie d’écrire sur mes parents. Sur ma mère, d’abord. J’imaginais un travail documentaire qui me permettrait de mieux la connaître. Puis, quand peu de temps avant le décès de mon grand-père, mes grands-parents paternels ont décidé de rédiger leurs histoires de vie respectives, j’ai eu envie d’écrire pour pour que mon père ait aussi sa place dans ce récit collectif. Après la mort de Paul, j’ai écrit aussi.

Soudain, les mots m’aidaient à sculpter du sens dans la matière brute et inexplicable de ma réalité. Ils me permettaient de me réapproprier un tant soit peu le narratif de ma vie. Lire la suite

grippe

Il y a presque deux ans, en avril 2013, P. est parti une dizaine de jours au Nicaragua pour son travail. Juste après son départ, alors que je devais passer la fin de semaine à rédiger un travail de fin de session, je me suis retrouvée clouée au lit par une grippe inhabituellement intense. Je suis rarement malade et quand ça m’arrive, c’est toujours assez bénin — ça l’a toujours été jusqu’à maintenant du moins.

Je me rappelle bien de cette grippe. Alors que j’avais eu presque hâte de passer quelques jours en solo, je me sentais un peu abandonnée. Je regrettais de ne pas avoir quelqu’un pour prendre soin de moi. Je me rappelle aussi que le lundi, la maman de P. est passée à mon travail m’apporter une soupe pour que je me sente mieux. Je me souviens avoir été touchée par ce geste plein d’attention, je me rappelle m’être sentie chanceuse et choyée. P. et moi essayions de concevoir, et je m’étais dit que si ça fonctionnait — quand ça fonctionnerait — notre bébé arriverait dans une famille pleine d’amour. Lire la suite

Misogynie 2.0 : harcèlement et violence en ligne

Solidarité. Avec toutes ces femmes qui prennent le risque d’écrire, de prendre la parole, de nommer ces réalités que beaucoup préfèrent ignorer. Avec ces femmes qui luttent.

Avatar de Déconstruire le voyagefeminada

« Suivant la logique de la misogynie en ligne, le droit d’une femme à la liberté d’expression est beaucoup moins important que le privilège que s’accorde un homme de la punir pour s’être exprimée librement. » Laurie Penny, Cybersexism

Illustration : Catherine Lefrançois Illustration : Catherine Lefrançois

Par un collectif d’auteures

Nous sommes féministes. Nous partageons nos idées sur le web. Et nous sommes unies par l’expérience de la misogynie latente qui ronge Internet, les médias sociaux, notre vie publique, notre vie privée.

Lorsque nous prenons la parole sur le web, surtout pour dénoncer la violence sous toutes ses formes que subissent les femmes, le retour de bâton s’associe à une pluie d’insultes et de menaces : « Conne », « J’vais te venir dessus », « Féminazie », « Ostie, j’te fourrerais avec ta p’tite jupe», « Sale chienne », « Grosse truie », « Je te cockslaperais jusqu’à ce que tu fermes…

Voir l’article original 789 mots de plus

distractions

Avec les mois qui passent, je sens grandir en moi une certaine confiance par rapport à l’avenir. Au cours des dernières semaines, bébé-de-mai s’est chargé de me rappeler sa présence de manière insistante, comme si il ou elle savait que j’ai besoin de m’accrocher lui, à elle, à cette petite bête qui fait son nid dans mon ventre et dans nos vies. Ce n’est pas comme un bébé qui demanderait une constante attention, mais les rappels sont présents et me font remarquer à quel point il est plus facile pour moi de mettre de côté le souvenir de Paul quand je n’ai pas le temps d’en prendre soin. Lire la suite

Lien

Podcast suggestions from my binge-listening session of yesterday of the beautiful Strangers, hosted by Lea Thau.

Life, Interrupted — a story that reminded me how random the course of our lives can be (and unfortunately, how the awful randomness is sometimes compounded by socioeconomic factors and lack of an adequate social safety net).

The Long Shadow — the intertwined stories of young men who were shot at the Empire State Building. The life and self of one of them changed forever, the life of another stolen from him, and what his mom makes of it.

If you keep on thinking ‘Be careful, be careful. Don’t do this, don’t do that’, you fence yourself in and then you don’t live a life.

un long voyage

Hier soir P. et moi on a fait une sortie au théâtre. Chaque fois que je vois une pièce, même quand je ressors avec des critiques face au texte ou à l’interprétation, je me dis que je devrais aller au théâtre plus souvent. Mais là, j’ai (on a) quitté le théâtre dans un état extatique.

La pièce, Le long voyage de Pierre-Guy B., était exceptionnelle. Pierre-Guy Blanchard et Christian Essiambre, les deux comédiens qui ont aussi écrit le texte de la pièce avec Philippe Soldevilla, ont su mettre en mots et en scène des sentiments qui m’auraient semblé impossible à exprimer. Le long voyage présente la collision entre les univers de deux amis qui se sont perdu de vue pendant plusieurs années, l’un rangé dans une vie de plus en plus conformiste, l’autre un peu perdu, dans une quête incessante d’honnêteté et d’intégrité. Entre le paysage froid d’un printemps acadien et l’univers chaud et musical du séjour de Pierre-Guy B. à Istanbul, j’ai eu l’impression de passer la pièce à voyager dans le temps et l’espace. Lire la suite

porter

Il me reste deux semaines de travail. Moins que ça même, puisqu’on est déjà mercredi. Avec cette échéance qui se rapproche rapidement, avec la perspective d’avoir du temps – beaucoup de temps, il me semble – à moi, j’ai senti mon niveau d’énergie remonter. Après l’automne épuisant passé à rêver d’être en congé, pleurant de fatigue sur le chemin du travail, j’ai enfin réussi à retrouver de l’énergie, et même de la motivation, par rapport à mon emploi et à mon emploi du temps.

Dans les dernières semaines, j’ai été surprise de me sentir aussi bien. Émotivement, physiquement.
C’était presque trop beau, trop facile. Même mes moments de tristesse, même mes pleurs étaient plus doux.

Hier soir, après deux journées trop longues – le désavantage de n’avoir que quelques jours de travail restant – je suis tombée sur une superbe médiagraphie « pour une parentalité alternative et proféministe » qui venait d’être mise en ligne par une maman féministe que je connais. J’étais sur le point d’aller me coucher, je n’avais pas l’intention de commencer à explorer les multiples ressources et réflexions présentées dans la liste. J’ai simplement déroulé la page, pour me rendre compte de l’ampleur du travail de compilation effectué. Plein de thèmes intéressants… Je me suis promis de prendre du temps pour lire les textes qui me parlaient le plus plus dès que je commencerais mon congé.

Puis, j’ai vu la section « Portage » et je n’ai pas pu m’empêcher de cliquer sur l’un des liens. Ça m’arrive parfois, de cliquer contre mon bon jugement. Lire la suite