des nouvelles de bébé d’été

Je voulais écrire pour mettre de l’ordre dans mes pensées et mes sentiments contradictoires mais je manque de temps libre et de concentration alors je me contenterai d’un billet plus factuel pour l’instant et je décortiquerai mes émotions plus tard. [Avertissement par rapport au contenu pour les parents qui vivent un deuil : je parle de la naissance de mon bébé et d’hospitalisation.]

Pour plusieurs raisons, en tenant compte de mon historique d’accouchements, nous avions convenu, avec l’équipe de sages-femmes qui suivait ma grossesse, que j’aurais une césarienne planifiée. Je devais donc accoucher le 26 juillet. Il y a quelque chose de particulier à connaître d’avance la date de naissance d’un bébé. Je m’en étonnais tout en voyant les côtés positifs de ce rendez-vous fixé d’avance. C’était facilitant pour s’assurer qu’Aimé se fasse garder et qu’il sache à quoi s’attendre. C’était aussi une information précieuse pour m’aider à me préparer à une césarienne qui m’angoissait énormément.

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un vendredi

Les derniers jours ont passé vite. Aimé est retourné à la garderie après deux semaines de congé. Patrice au travail, j’ai passé la semaine à tenter préparer l’arrivée de bébé d’été (ou « bébé Rue », son surnom officiel).

Je suis en congé et ça me fait du bien, mais j’ai l’impression d’avoir manqué de temps pour vraiment me préparer. Du côté matériel et logistique, les cinq derniers jours ont permis de cocher les items les plus important de la liste. Bébé Rue a maintenant un lit, un siège d’auto, des vêtements à peu près triés, des couches et même des petites lingettes lavables faites maison. Il ne nous manque rien de trop important, on a hâte de l’accueillir parmi nous.

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de si petits mots

Un coin de rue. Une connaissance. Je fais un signe de la main sans vraiment ralentir.
Elle pointe mon ventre : « Oh, tu en attends un deuxième? »

Ça me rentre dedans. Comme toujours quand l’existence de Paul est réduite à néant par un commentaire inconscient. Je n’ai pas le courage de rectifier les faits. J’offre un vague grognement comme réponse en tentant de me convaincre que cette personne n’a tout simplement pas eu connaissance de la naissance et de la mort de Paul.

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trop de fatigue

Je suis fatiguée.

Je me couche suffisamment tôt pour me réveiller de bonne heure le matin, mais une heure plus tard, je me recoucherais. Quand je travaille de la maison et que je décide de fermer les yeux quelques minutes, il n’est pas rare que ce moment de repos se transforme en une sieste impromptue de plus d’une heure.

Tout m’épuise. M’essouffle.
Les tâches les plus banales, qu’elles soient ménagères ou professionnelles.
Envoyer des courriels. Faire des appels.
Répondre au téléphone.
M’occuper d’Aimé.
Être enceinte.
Avoir des émotions (souvent incompréhensibles pour moi comme pour les autres).

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une épreuve

Ces jours-ci, ma vie me semble être une longue suite de rendez-vous en lien avec ma grossesse. Un peu plus de rendez-vous de suivis pour bébé-d’été qu’aux grossesses précédentes, mais surtout, plus de rendez-vous pour m’aider à passer à travers les nombreux inconforts que mon corps me fait vivre depuis quelques mois.

Lundi, un rendez-vous avec ma sage-femme. Alors que j’y allais pour un suivi de routine, je me retrouve sans l’avoir prévu à partager mes craintes face à la césarienne que je vivrai très probablement à la fin juillet. À travers les larmes, c’est beaucoup la blessure pas vraiment guérie de mes autres césariennes qui refait surface.

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annonce(s) II

** pour celles et ceux qui n’ont pas lu la mise en contexte de la semaine dernière, c’est par ici **

Après la mort de Paul, j’ai cherché, obstinément, à lire des récits de parents endeuillés qui pourraient me rejoindre. J’avais été déçue par ce qui semblait être LE livre destiné aux parents vivant le deuil d’un bébé au Québec. Je cherchais, j’espérais des témoignages de parents endeuillés qui seraient plus près de ce qui m’habitait alors. J’avais besoin de lire des mots sans édulcorant, de la douleur, de l’horreur. J’avais besoin d’aller au-delà des petits anges qui peuplent l’imaginaire du deuil périnatal. J’avais besoin de cru, de déchirant, de laid. J’avais besoin de beau aussi, et je ne trouvais pas.

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annonce(s)

Je ne me souviens plus comment j’ai annoncé que j’étais de nouveau enceinte, moins d’un an après la naissance de Paul. Je pourrais retourner lire dans les archives de mes courriels, de Facebook, de WordPress — tout y est consigné — mais je n’en ressens pas le besoin. Je ne me rappelle pas non plus comment nous avons annoncé publiquement que j’étais enceinte de Paul (qui n’était pas encore Paul à ce moment).

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son frère

** Je publie ce texte non sans avoir hésité et réfléchi à ce que ça implique de partager des bouts de la vie d’Aimé. Il est petit encore pour m’aider à prendre la décision de partager ou non ses pensées, mais je ne prends pas son droit à la vie privée moins au sérieux pour autant. Je publie en sachant que je fais peut-être une erreur que je devrai éventuellement corriger.

L’été dernier, quand Aimé avait deux ans et des poussières, je me demandais si nous devions nous inquiéter du développement de son langage. Patrice avait confiance que tout était normal, j’essayais de me convaincre que chaque enfant développe ses différentes aptitudes à son propre rythme. Je ne m’étais pas inquiétée quand Aimé avait fait différents apprentissages un peu plus tôt que prévu, je tentais donc de relativiser. Pourtant, j’avais de la difficulté à ne pas comparer Aimé à d’autres enfants, j’avais de la difficulté à ne pas m’inquiéter.

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état critique

Il y a tout juste quatre ans — il y a déjà, incroyablement, quatre ans — je sortais me promener avec mon bébé dans le froid de janvier. C’était l’une des premières journées de travail de P., après ces semaines passées au chaud avec notre bébé. Il y a quatre ans, à l’entrée d’une pharmacie, Paul se mettait à pleurer et moi, par peur de déranger ou peut-être pour me prouver que je saurais conjuguer la maternité à tous mes autres projets, je prenais une décision que je regretterai toujours. Au lieu de trouver une chaise et de m’arrêter pour allaiter, j’ai replacé Paul dans le porte-bébé et je l’ai allaité debout, près du comptoir postal.

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un anniversaire

Paul aurait eu quatre ans la semaine dernière. Je l’imagine difficilement.

Pourtant, je suis forcée de mesurer la distance qui me sépare de la naissance de Paul. Plus encore, je constate le chemin parcouru depuis le premier anniversaire de Paul que nous avons dû souligner sans lui. Je me rappelle de l’angoisse à l’approche de ce jour, de mon inquiétude de ne pas réussir à souligner cette journée d’une manière qui rende compte du manque immense qui nous habitait.

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