quinze

quinze mois je n’y crois pas
quinze mois sans Paul
quinze jours avant l’arrivée
d’un petit frère ou d’une petite sœur
peut-être un peu moins
pas beaucoup plus en tout cas

quoi qu’il arrive
j’approche d’un tournant
avec l’impatience
grandit en moi une certaine confusion
la tristesse et la promesse du bonheur
entremêlées / entrelacées / enchevêtrées

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y croire

Pendant la fin de semaine, j’ai reçu un court message d’une amie — le genre de message que j’aimerais recevoir plus souvent tant il m’a fait du bien. Elle me racontait un rêve qu’elle avait fait la nuit précédente. Dans son rêve, nous étions avec des ami-e-s et des enfants dans un grand parc au bord de la rivière, dans notre quartier, et un petit garçon arrivait en s’exclamant sur le beau temps et la chaleur. C’était Paul.

Ce n’ai pas moi qui ai fait ce rêve, et pourtant, en lisant les quelques lignes qu’elle m’a envoyé, des images claires et colorées me sont venues à l’esprit. Sans effort, j’ai vu ce Paul, grandi, capable de courir, de parler, Paul heureux comme il aurait dû l’être. Pendant un instant, ce qui aurait dû être a pris le pas sur ce qui est, sur la réalité à laquelle je me suis habituée, bien malgré moi.

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p(l)eurs

Paul,

Il y a des jours où je sens que la vie a repris son cours presque normalement. Je fonctionne comme avant. Le poids de ton absence ne disparait pas pour autant mais la charge est supportable. J’arrive à naviguer dans le quotidien, en parlant de toi, en pensant à toi souvent, mais avec un certain détachement, je doit l’admettre. Par moments, je sens que ton absence fait partie de ma vie, tout simplement. Comme si je m’étais résolue à ce qu’elle soit dans l’ordre des choses. Comment faire autrement? La révolte permanente contre la réalité est trop épuisante, j’imagine.

Mais même si je le fais taire, ce fond de révolte m’habite toujours, menaçant de fomenter un coup contre mon État intérieur trop calme. Le tumulte grandit en moi, parfois sans que je me rende compte, et finit par déborder par le coin de mes yeux rougis, à travers ma gorge enrouée, les commissures de mes lèvres, mon nez débordant. Mon corps se révolte et se révulse, m’obligeant à prendre le temps, à faire l’effort de tenter de comprendre ce qui m’habite.

La liste de tout ce qui me fait réagir, de tout ce qui met en évidence ton absence gigantesque s’allonge et s’allonge jusqu’à m’emporter dans les pleurs. Lire la suite

distractions

Avec les mois qui passent, je sens grandir en moi une certaine confiance par rapport à l’avenir. Au cours des dernières semaines, bébé-de-mai s’est chargé de me rappeler sa présence de manière insistante, comme si il ou elle savait que j’ai besoin de m’accrocher lui, à elle, à cette petite bête qui fait son nid dans mon ventre et dans nos vies. Ce n’est pas comme un bébé qui demanderait une constante attention, mais les rappels sont présents et me font remarquer à quel point il est plus facile pour moi de mettre de côté le souvenir de Paul quand je n’ai pas le temps d’en prendre soin. Lire la suite

porter

Il me reste deux semaines de travail. Moins que ça même, puisqu’on est déjà mercredi. Avec cette échéance qui se rapproche rapidement, avec la perspective d’avoir du temps – beaucoup de temps, il me semble – à moi, j’ai senti mon niveau d’énergie remonter. Après l’automne épuisant passé à rêver d’être en congé, pleurant de fatigue sur le chemin du travail, j’ai enfin réussi à retrouver de l’énergie, et même de la motivation, par rapport à mon emploi et à mon emploi du temps.

Dans les dernières semaines, j’ai été surprise de me sentir aussi bien. Émotivement, physiquement.
C’était presque trop beau, trop facile. Même mes moments de tristesse, même mes pleurs étaient plus doux.

Hier soir, après deux journées trop longues – le désavantage de n’avoir que quelques jours de travail restant – je suis tombée sur une superbe médiagraphie « pour une parentalité alternative et proféministe » qui venait d’être mise en ligne par une maman féministe que je connais. J’étais sur le point d’aller me coucher, je n’avais pas l’intention de commencer à explorer les multiples ressources et réflexions présentées dans la liste. J’ai simplement déroulé la page, pour me rendre compte de l’ampleur du travail de compilation effectué. Plein de thèmes intéressants… Je me suis promis de prendre du temps pour lire les textes qui me parlaient le plus plus dès que je commencerais mon congé.

Puis, j’ai vu la section « Portage » et je n’ai pas pu m’empêcher de cliquer sur l’un des liens. Ça m’arrive parfois, de cliquer contre mon bon jugement. Lire la suite

un peu d’espoir

Le quotidien a ceci de terrible qu’on s’y habitue.
On s’habitue même au pire. On s’habitue à l’absence parce qu’elle devient familière.

Je me rappelle des tous premiers jours à la maison sans Paul. Je me rappelle de la profondeur sans fin du vide en moi. Autour de moi. Je me rappelle le vertige, le haut-le-cœur. Je me rappelle les mots en boucle dans ma tête. « Qu’est-ce qu’on va faire? »

On a fait ce qu’il y avait à faire. On s’est levé le matin. On a mis un pied devant l’autre. On a fait semblant. Et à force de faire semblant, on a fini par y croire. Je n’y aurais pas cru l’an dernier à pareille date, mais je réussis à vivre à peu près normalement maintenant. Les efforts que me demandent les tâches quotidiennes et les interactions sociales ont diminué de façon considérable au cours des derniers mois.

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comment dire?

Comment dire que tu n’es plus là?
Comment dire que tu as été?
que tu occupes
mes pensées
mon coeur
mon corps?

Comment rendre compte
de cette réalité que personne de veut entendre?
Comment trouver les mots?
Comment les glisser entre les phrases du quotidien?
Comment trouver le courage d’anéantir le banal, le simple, l’impersonnel?
Comment ouvrir cette porte qui soulagerait ma conscience? Lire la suite

un an

grandpetit1Un an s’est écoulé. Nous avons bouclé une année entière pendant laquelle je me suis souvent référée à ce que je vivais 365 jours plus tôt, pour essayer de donner du sens à ce que ma vie était devenue, pour comprendre comment les choses avaient pu changer aussi dramatiquement en moins de douze mois.

Je ne sais pas ce que cette année qui s’amorce nous réserve. Je ne sais trop quel bilan faire de cette année de deuil. Certains jours, je me sens encore tellement démolie, d’autres, je ne peux que constater que j’ai réussi à rebâtir une part de moi pendant ces mois de dérive.

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solitude/communauté

Il y a quatre semaines, c’était l’anniversaire de Paul. L’an dernier, avant qu’il naisse et pendant ses premiers jours, j’ai entrevu comment nous pourrions célébrer chaque année cette journée. J’imaginais des fêtes d’enfants hivernales, des jeux dans la neige, des chocolats chauds et une galette des rois réinventée pour lui.

Cette année, nous avons mangé de la galette des rois en son absence, sans mode d’emploi pour cette journée qui aurait dû en être une de célébrations. Demain, une autre journée journée pleine de sens et de tristesse marquera la fin d’une année entière sans Paul. Que doit-on faire par une pareille journée? Comment rendre honneur à sa vie, à son passage dans les nôtres sans sombrer dans le désespoir? Comment célébrer la trop courte présence de Paul dans le monde alors que je prends encore tout juste la mesure de son absence dans ma vie.

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