Dans les guides pour les nouveaux parents et les applications de grossesse, qui s’adressent semble-t-il en priorité aux parents (ou aux mamans) qui attendent leur premier enfant, j’ai lu à plusieurs reprises des conseils du genre « profitez de ces dernières journée en amoureux, après vous n’aurez plus le temps ». Parfois, un conseil du même genre est donné aux parents qui ont déjà un-e petit-e à la maison: « profitez de vos derniers moments en tête-à-tête avec votre ainé-e ». C’est ce que disent aussi les mamans-blogueuses qui attendent bébé #2. C’est ce que m’aurait conseillé ma sage-femme, j’imagine, quand je lui ai dit mardi que j’étais impatiente d’accoucher. C’est ce qu’elle aurait pu me dire si Paul avait été là, petit marcassin de seize mois.
À la place, elle a insisté sur le fait que le bébé est au meilleur endroit pour lui en ce moment, et qu’il ne m’en reste pas long à patienter — ce qui est vrai et plein de sens mais qui ne calme pas mes angoisses. À la place, j’ai dû me retenir de pleurer en entendant sa stagiaire nous dire qu’on se croisera peut-être dans deux ans, quand elle aura terminé sa formation, si on attend un deuxième enfant. À la place, je me suis retenue de lui dire à quel point ça me fait mal de l’entendre oblitérer l’existence de Paul. À la place, je lui ai répondu avec une phrase vide et à peu près polie, que pour l’instant je me concentrais sur ce bébé.

