the distance

“It could never happen to me,” is a lie people tell themselves in order to put the most distance between themselves and what happened. Yet distance is not what’s needed when tragedy strikes. What’s needed is the bravery to close the gap by stepping right inside, square in the middle of someone’s pain. And just be with them in it. Which means feeling all of it too. Terrifying– I know– but imagine how much more terrified your loved one is. You at least get to go back to your normal life. This is their new normal– forever.

A few words from a thought-provoking piece by Angela Miller, published today at Still Standing Magazine.

I was incredibly lucky not to face the kind of devastating comments the author speaks of (“How did you let this happen?!!”). Instead, I heard the doctors who took care of Paul tell me several time « This is not your fault ». I heard these words coming from people close to me too. And they told me again and again I was still Paul’s mom, and that P. and I were good parents. Lire la suite

la violence, les arrestations, la peur

Je me suis posé la question cet après-midi : est-ce que je fais l’effort de ressortir de chez moi ce soir pour aller à cette première manif de soir? Est-ce que je sors de ma zone de confort pour faire valoir dans la rue que l’austérité n’est pas une fatalité? Que le gouvernement Couillard accumule les décisions qui ont un impact désastreux sur une majorité de la population, et particulièrement sur les personnes qui sont déjà les plus mal prises? Est-ce que je fais cet effort pour ajouter ma voix à celles qui crient contre l’injustice?

J’ai choisi la facilité. Je suis restée à la maison, plus par lâcheté qu’autre chose. Enceinte de presque huit mois, je ne me sens pas nécessairement assez en forme pour aller marcher des heures dans les rues mais le contexte de répression policière à Québec me laissait entrevoir que la manif ne déambulerait pas pendant des kilomètres et des kilomètres. J’ai choisi la solution facile de me reposer en écoutant un film et de suivre le sort des manifestant-e-s sur facebook, dans le confort de mon fauteuil. Lire la suite

passé composé

Je me sens parfois complètement calme par rapport à l’absence de Paul. Bien malgré moi, j’arrive à penser à sa mort, ou même à en parler, sans être submergée par les émotions. Parfois, ça m’inquiète un peu. Je me sens déconnectée et je me demande ce que ça veut dire par rapport à qui je suis, et à ma façon de vivre mes émotions. J’ai longtemps eu les mêmes inquiétudes par rapport au deuil de mes parents. Je me souviens de multiples conversations où, après avoir annoncé que mes parents — oui, les deux — étaient décédés, je faisais face à la réaction choquée de mon interlocuteur ou interlocutrice sans pouvoir démontrer de sentiments, sans pouvoir prendre un air adéquatement affligé. Je me suis souvent entendue minimiser la situation de mon mieux. « C’est comme ça, c’est correct ».

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à toi

toi qui fait face à la mort toute récente de ton enfant,

Je me permet de t’écrire quelques mots. J’espère qu’ils t’offriront une perspective autre sur la souffrance immense qui t’habite. J’espère qu’il n’ajouteront pas à ta douleur déjà si intense.

D’abord, saches à quel point je suis désolée de ce qui t’arrive. Je suis attristée par la mort de ton bébé, de ton enfant, peu importe son âge, peu importe s’il s’est éteint dans le monde intra- ou extra-utérin. Tout cela ne devrait pas arriver. Rien ne rend acceptable l’injustice d’une mort prématurée.

Je me souviens des premières semaines après la mort de Paul, du vertige devant l’ampleur du désastre qui s’était abattu sur nous. Même après que plusieurs jours, plusieurs semaines, aient passé, j’étais encore tout près de la douleur innommable des premiers instants. Je me rappelle des premières minutes. De mes jambes, incapables de me soutenir. De ma voix, incontrôlable. Des mots que je répétais malgré moi « qu’est-ce qu’on va faire? qu’est-ce qu’on va faire? ». Lire la suite

merci

Il y a un bon moment que je n’avais pas participé à une rencontre d’un groupe de soutien pour les parents endeuillés. Au printemps et à l’automne derniers, j’ai assisté à quelques rencontres de deux groupes à Québec. J’ai apprécié ces expériences dans une certaine mesure – j’ai apprécié de rencontrer d’autres parents qui partageaient l’expérience du deuil, et j’ai pu parler de Paul à des « inconnu-e-s » à un moment où c’était encore presque impensable pour moi et où, pourtant, j’avais intensément besoin de dire. Dire son nom, son histoire, sa vie.

Je n’ai pas été aussi assidue que d’autres à ces rencontres parce que d’une part, j’ai réalisé que j’arrivais mieux à explorer l’intensité de mes émotions et de ma confusion par écrit, aux moments qui me convenaient le mieux. Et puis, force est de constater que je ne me retrouve pas toujours dans les discours des personnes qui assistent aux rencontres de ces groupes. Je suis un peu gênée de l’admettre mais j’aime la liberté des ressources en ligne. Quand les propos de quelqu’un-e ne me rejoignent pas, je peux simplement fermer la fenêtre. Quand une conversation dégénère ou prend une tournure que je trouve plus dommageable qu’aidante, je vais voir ailleurs. Je ne m’oblige pas à faire l’effort de me connecter à tout le monde, même si on partage l’expérience de faire le deuil d’un enfant. Lire la suite

combler le vide

Il y a plusieurs années de cela, j’ai eu envie d’écrire sur mes parents. Sur ma mère, d’abord. J’imaginais un travail documentaire qui me permettrait de mieux la connaître. Puis, quand peu de temps avant le décès de mon grand-père, mes grands-parents paternels ont décidé de rédiger leurs histoires de vie respectives, j’ai eu envie d’écrire pour pour que mon père ait aussi sa place dans ce récit collectif. Après la mort de Paul, j’ai écrit aussi.

Soudain, les mots m’aidaient à sculpter du sens dans la matière brute et inexplicable de ma réalité. Ils me permettaient de me réapproprier un tant soit peu le narratif de ma vie. Lire la suite

grippe

Il y a presque deux ans, en avril 2013, P. est parti une dizaine de jours au Nicaragua pour son travail. Juste après son départ, alors que je devais passer la fin de semaine à rédiger un travail de fin de session, je me suis retrouvée clouée au lit par une grippe inhabituellement intense. Je suis rarement malade et quand ça m’arrive, c’est toujours assez bénin — ça l’a toujours été jusqu’à maintenant du moins.

Je me rappelle bien de cette grippe. Alors que j’avais eu presque hâte de passer quelques jours en solo, je me sentais un peu abandonnée. Je regrettais de ne pas avoir quelqu’un pour prendre soin de moi. Je me rappelle aussi que le lundi, la maman de P. est passée à mon travail m’apporter une soupe pour que je me sente mieux. Je me souviens avoir été touchée par ce geste plein d’attention, je me rappelle m’être sentie chanceuse et choyée. P. et moi essayions de concevoir, et je m’étais dit que si ça fonctionnait — quand ça fonctionnerait — notre bébé arriverait dans une famille pleine d’amour. Lire la suite

distractions

Avec les mois qui passent, je sens grandir en moi une certaine confiance par rapport à l’avenir. Au cours des dernières semaines, bébé-de-mai s’est chargé de me rappeler sa présence de manière insistante, comme si il ou elle savait que j’ai besoin de m’accrocher lui, à elle, à cette petite bête qui fait son nid dans mon ventre et dans nos vies. Ce n’est pas comme un bébé qui demanderait une constante attention, mais les rappels sont présents et me font remarquer à quel point il est plus facile pour moi de mettre de côté le souvenir de Paul quand je n’ai pas le temps d’en prendre soin. Lire la suite

un long voyage

Hier soir P. et moi on a fait une sortie au théâtre. Chaque fois que je vois une pièce, même quand je ressors avec des critiques face au texte ou à l’interprétation, je me dis que je devrais aller au théâtre plus souvent. Mais là, j’ai (on a) quitté le théâtre dans un état extatique.

La pièce, Le long voyage de Pierre-Guy B., était exceptionnelle. Pierre-Guy Blanchard et Christian Essiambre, les deux comédiens qui ont aussi écrit le texte de la pièce avec Philippe Soldevilla, ont su mettre en mots et en scène des sentiments qui m’auraient semblé impossible à exprimer. Le long voyage présente la collision entre les univers de deux amis qui se sont perdu de vue pendant plusieurs années, l’un rangé dans une vie de plus en plus conformiste, l’autre un peu perdu, dans une quête incessante d’honnêteté et d’intégrité. Entre le paysage froid d’un printemps acadien et l’univers chaud et musical du séjour de Pierre-Guy B. à Istanbul, j’ai eu l’impression de passer la pièce à voyager dans le temps et l’espace. Lire la suite

porter

Il me reste deux semaines de travail. Moins que ça même, puisqu’on est déjà mercredi. Avec cette échéance qui se rapproche rapidement, avec la perspective d’avoir du temps – beaucoup de temps, il me semble – à moi, j’ai senti mon niveau d’énergie remonter. Après l’automne épuisant passé à rêver d’être en congé, pleurant de fatigue sur le chemin du travail, j’ai enfin réussi à retrouver de l’énergie, et même de la motivation, par rapport à mon emploi et à mon emploi du temps.

Dans les dernières semaines, j’ai été surprise de me sentir aussi bien. Émotivement, physiquement.
C’était presque trop beau, trop facile. Même mes moments de tristesse, même mes pleurs étaient plus doux.

Hier soir, après deux journées trop longues – le désavantage de n’avoir que quelques jours de travail restant – je suis tombée sur une superbe médiagraphie « pour une parentalité alternative et proféministe » qui venait d’être mise en ligne par une maman féministe que je connais. J’étais sur le point d’aller me coucher, je n’avais pas l’intention de commencer à explorer les multiples ressources et réflexions présentées dans la liste. J’ai simplement déroulé la page, pour me rendre compte de l’ampleur du travail de compilation effectué. Plein de thèmes intéressants… Je me suis promis de prendre du temps pour lire les textes qui me parlaient le plus plus dès que je commencerais mon congé.

Puis, j’ai vu la section « Portage » et je n’ai pas pu m’empêcher de cliquer sur l’un des liens. Ça m’arrive parfois, de cliquer contre mon bon jugement. Lire la suite