les jugements

mercredi.
Une soirée comme tant d’autres. Je prépare à manger en écoutant la radio. La nouvelle m’interrompt dans un mouvement. Un bébé a été retrouvé sans vie dans une voiture, stationnée devant un centre de la petite enfance. Une enquête est ouverte. La situation est confuse, le journaliste a peu de détails, comme c’est souvent le cas quand les médias se pressent à relayer une information de dernière minute.

Il y a plein de points d’ombre, de suppositions. Mais une chose est claire: un bébé de moins d’un an est décédé. Peu importe les circonstances exactes, peu importe à qui la faute, ce petit bout d’information s’agrippe à ma gorge, avec tout ce qu’il a d’irréversible.

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(re/dé)faire son deuil

Je ne sais plus trop où j’avais entendu ça. « Si on ne fait pas son deuil au moment où on devrait le faire, il reviendra s’imposer plus tard dans notre vie » — ou quelque chose de ce genre là.

Je ne me rappelle pas qu’on m’ait dit cela directement, mais l’idée m’a suivie longtemps. Je me souviens, ado, être restée éveillée le soir, à me demander sincèrement si j’avais ou non « fait mon deuil », si je risquais de le voir surgir sans l’avoir vu venir, s’il risquait de se matérialiser comme un mur dans lequel je foncerais, inévitablement, à pleine vitesse. J’imaginais le deuil comme quelque chose qui m’était extérieur, une entité sur laquelle je n’avais pas d’emprise. Je l’envisageais comme quelque chose de quantifiable; je croyais que si je le faisais « bien », j’en arriverais à bout. Comme un livre dont j’aurais parcouru toutes les pages, je pourrais le ranger, satisfaite d’avoir compris ce qu’il y avait à y comprendre.

Je n’ai jamais fini le livre, il y a bien fallu finir par en faire le constat. Mais je n’ai jamais vraiment foncé dans le mur non plus. Les deuils, mes deuils, vont et viennent, se laissent oublier pour mieux s’imposer plus tard.

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partager

mon amour,

Est-ce que je t’ai déjà raconté que ton frère est un peu compliqué à endormir? Ce n’est pas un de ces bébés dont j’entends parler, que l’on pose pour qu’il s’endorme tout seul. Pour arriver à le coucher, il faut souvent le bercer, le promener en poussette ou en porte-bébé, ou l’allaiter. Ou un mélange de tout ça. Parfois, je rajoute à ce mode d’emploi inexact des bruits de pluie qui tombe, ou alors je lui parle doucement, pour l’encourager à céder enfin au sommeil. Ce soir, après lui avoir chuchoté de se relaxer, de laisser ses paupières fermées, de détendre ses muscles, de dormir jusqu’à demain, j’ai essayé autre chose.

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seul.e.s

« Prenez le petit chemin derrière la maison. Ensuite vous marchez sur l’aboiteau. Peut-être 500 mètres. Vous pouvez pas manquer le parc. »

L’idée me semble bonne. Ça va faire du bien à Aimé de se dégourdir les jambes et de jouer librement. Surtout qu’on a passé la matinée à s’occuper de lui sans trop y mettre de cœur, occupé.e.s à essayer de préparer les bagages pour une dizaine de jours de camping.

« Vous allez voir, c’est comme une épave de bateau. Elle s’appelle Et vogue Aimée. » L’idée semble encore meilleure alors. Incontournable.

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deuil périnatal : vécu des mères immigrantes et de leurs proches

Par le biais des Perséides, j’ai reçu une invitation à prendre part à une recherche du Centre d’études et de recherche en intervention familiale (CERIF) sur le deuil périnatal. Je la partage dans le but de rejoindre des personnes immigrantes ayant vécu ou vivant un deuil périnatal.

Sabrina Zeghiche, coordonnatrice de recherche explique que la participation à l’étude consiste en une entrevue d’une durée de 60 à 90 minutes et à répondre à un court questionnaire. Les entrevues peuvent se faire au domicile des femmes ou à l’endroit de leur choix.

Même si vous ne correspondez pas aux critères de l’équipe de recherche, n’hésitez pas à partager.

RechercheDeuilImmig_web

le long du sentier

On marchait ce matin, avec ton père, ta tante et ton cousin.
Ton cousin qui est né juste trois mois avant toi.
Quelques semaines avant ta naissance — il devait avoir un mois ou deux — je l’ai adossé sur mon ventre rond. Tu as bougé, faisant sentir ta présence au creux de moi, et j’ai eu plaisir à croire que c’était parce que tu avais hâte de faire sa connaissance. Je vous ai imaginés, tous les deux, grandissant coude-à-coude. J’ai imaginé vos jeux, votre éventuelle complicité entre cousins (ou entre cousine et cousin!), vos conflits, vos cris, vos rires.

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Disappeared

Je manque de temps et de mots pour décortiquer comment je me sens ces jours-ci… mais parfois les mots des autres réussissent à exprimer ce qu’on ne sait pas dire…

Avatar de marchisfordaffodilsMarch is for daffodils...

Sometimes it feels like we disappeared her. When M was born, poof! she was gone again, gone differently than the first time, a goneness that sometimes feels more painful, more violent than the cause of her first goneness, her death.

Before M, it was so obvious that she was missing. Before M, everything that happened to our family should have happened to her, with her, too. I saw her always – or saw her absence always – running in the grass with E, sisters playing in the tub together, braiding two girls’ hair and snuggling two girls in bed. Immediately after M, I was disoriented by a second loss of her. Because to my mind, she and he could never be here together and he was incontrovertibly here, so she was incontrovertibly gone. They could never have existed, alive, together, so which one would I choose? Which one would I…

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peur et soulagement

Apprendre à être parent pour un bébé qui n’est plus là, c’est douloureux et compliqué et difficile.
Apprendre à être parent d’un bébé, d’un enfant, après avoir perdu un bébé, c’est moins douloureux, mais c’est compliqué aussi. Et difficile, par moments.

C’est difficile de fonctionner quand on dort mal, quand on est constamment sollicitée.
C’est compliqué de concilier le bonheur et la reconnaissance d’avoir un enfant en santé, qui grandit, qui se développe avec les petites frustrations quotidiennes et avec le sentiment de culpabilité de ne pas réussir à profiter de chaque instant pour ce qu’il est, un moment précieux partagé avec mon bébé. Je sais que c’est normal d’avoir des moments de fatigue, voire de découragement ou de frustration, mais ça ne m’empêche pas de trouver difficile de les accueillir.

C’est difficile et compliqué, aussi, de vivre avec la peur intense qu’il arrive quelque chose à Aimé.

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dans une vie parallèle

Aller faire un tour au marché aux puces avec Aimé.
Croiser une personne avec qui j’ai travaillé il y a plusieurs années.

La dernière fois qu’on s’est vues, c’était par hasard aussi. À la maison de naissance. On était enceintes toutes les deux.
Je me rappelle bien de ça. Mais je ne me rappelle plus si j’étais enceinte de Paul ou d’Aimé.

Je lui demande l’âge de sa fille. J’en conclus que cette rencontre dans une salle d’attente remonte à un peu plus de deux ans.

Paul.

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