moismiversaire

J’aime rêver à Paul. Au réveil, l’espace d’un moment, je profite de sa présence sans avoir à faire l’effort de l’imaginer. Hier, il était là avec moi, déjà un petit garçon. Tout allait bien, il ne se passait rien. Faute d’avoir nommé ou écrit tous les détails tout de suite, ils se sont estompés. Ne reste que le souvenir de la sensation, tellement agréable, que tout était à sa place. Que notre existence avait suivi le cours normal des choses, qu’elle ne s’était pas brisée un jour de janvier.

Si tout était normal, Paul aurait six mois aujourd’hui. Je me rappelle, il y a longtemps maintenant, avoir célébré les six mois d’une cousine, par une journée de fin d’été. On avait chanté une chanson inventée « Bon moismiversaire » rassemblés autour d’une table à pique-nique, sur un terrain de camping. Je ne me rappelle pas s’il y avait un gâteau, ou un autre élément qui marquait l’occasion. Je me rappelle seulement de la joie dans les paroles, de mon sourire en chantant.
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Frida, la gravité, la course

Je lis la biographie de Frida Kahlo par Rauda Jamis. Ce n’est pas un ouvrage récent, il date de 1985, mais c’est une découverte, un présent d’une amie qui tombe à point.

Une biographie romancée, entrecoupée de textes de Frida Kahlo elle-même, où on entrevoit la vie mondaine de l’artiste, sa découverte de la peinture son amour pour Diego Rivera, ses relations avec des artistes de renom (de Picasso à Georgia O’Keefe en passant pas Wassily Kandinsky) et d’autres personnages de son temps (Trotsky, Rockefeller, et d’autres), son ancrage dans un Mexique en pleine ébullition, ses voyages…

On prend aussi la mesure de sa souffrance. Une souffrance physique qui la suit dès sa jeunesse, alors que ce succèdent en quelques années un épisode de polio et un accident important qui lui laisseront des séquelles indélébiles. Mais aussi — surtout? — une souffrance de l’âme, de l’amour, et du deuil de la mère qu’elle n’aura pas réussi à devenir, des enfants qu’elle n’aura pu avoir.
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l’essentiel et le reste

Paul est né au début du mois de janvier, dans un coin du monde où il fait froid, pendant un hiver particulièrement rigoureux. Quand nous quittons l’hôpital, trois jours après sa naissance, il fait un froid mordant, le sol est glissant et accidenté, la glace est figée sur les trottoirs. Les routes sont enneigées et cahoteuses, me rappelant à chaque soubresaut de la voiture la cicatrice au bas de mon ventre, celle que j’essaie d’oublier parce qu’elle m’évoque ce que je considère comme un échec, cette césarienne que je voulais tellement éviter.

Dans les jours qui suivent, j’attends impatiemment de pouvoir sortir dehors. Ça fait plus d’une semaine que je suis à l’intérieur et l’air frais me manque, mais la météo s’acharne sur notre cas. Après le froid, c’est le déluge de pluie verglaçante, puis le retour du gel, rendant les trottoirs et les rues impraticables. Les sages-femmes en visite pour faire le suivi avec Paul doivent s’accrocher l’une à l’autre pour parcourir les quelques mètres entre leur voiture et notre porte d’entrée. Lire la suite

pour (essayer d’) en finir avec l’auto-censure

On dit qu’une personne est lourde quand elle nous semble se vautrer excessivement dans des émotions perçues comme négatives – par exemple la colère, l’anxiété et la tristesse. Le mot ‘lourdeur’ a une connotation péjorative et, de fait, est porteur de censure. On peut donc l’utiliser comme bâillon, de façon à ne pas avoir à gérer les émotions de la personne en face, à ne pas subir un drain émotif malvenu.

Mimi

La fête nationale. Une part de moi s’en fout un peu, et je ne me sens pas l’énergie d’exposer des critiques politiques/constructives à ce moment d’étalage collectif d’un nationalisme un peu vide. De toute façon, plein de gens l’ont fait tout à fait adéquatement et se sont fait un plaisir de le partager sur leur réseau social de choix. Alors pour ma part, je n’ai pas partagé à ma ribambelle « d’ami-e-s » ce que j’en pensais. Pourtant, j’avais le temps. Et, au fond, j’avais quelque chose à dire.
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guilt

J’écris en ce texte en anglais parce qu’il présente des réflexions que j’ai eues à la lecture de textes et de blogues en anglais…

 

IMG_6816Since Paul died, I’ve searched the internet looking for online resources and spaces that did not involve angels. In the weeks following his death, I travelled to Columbia, taking refuge at a friend’s house, far away from all the spaces that reminded me of Paul. I had had a strong urge to leave home, to be away from the river banks where I had taken my last walk with Paul, away from the store we were in when his heart stopped, away from the birthing centre, the hospital. Away, away, away. Lire la suite

à P.

Il me semble que les dates « significatives » se bousculent à mon calendrier ces jours-ci. La vie de Paul a été si brève qu’elle se décline en dates très rapprochées les unes des autres, qui marquent profondément mon « calendrier personnel de deuil ». Elle a aussi contribué à inscrire dans ce calendrier des dates qui, autrement, seraient restées peu signifiantes, notamment la fêtes des mères et la fête des pères. Des journées qui  seraient passées inaperçues, ou auraient fait l’objet de critiques, mais qui sont maintenant alourdies par le manque.
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bébé Paul

Soirée d’assemblée générale. Je dois présenter notre travail de la dernière année. Je me lève, je prends la parole. Les mots sortent de ma bouche, tout naturellement. Comme si de rien était. Comme si la dernière année n’avait pas été un désastre total.

J’entends ma voix. Je crois que le ton est quasiment enjoué. Mais la conscience qui m’habite à ce moment là coupe ma lancée « naturelle ». Je me vois de l’extérieur de moi. Je me vois à travers les yeux des personnes qui me font face. Je me demande si elles peuvent voir ce qui m’habite. Si l’incompréhension qui me mine transparait dans les phrases que je prononce. Lire la suite

Comment faire face à l’indifférence? Au fait que personne ne semble reconnaître l’existence de mon enfant?

Si Paul avait été là, cette fin de semaine passée en compagnie de dizaines de gens que je ne connais qu’un petit peu aurait été ponctuée par les questions, les sourires, les photos… Je le sais parce qu’avant de partir en congé de maternité, j’avais reçu de ces mêmes personnes des conseils, des encouragements, des souhaits de bonheur et des témoignages de leur expérience de parents. Lire la suite

extinction de voix

PhoeticUn autre premier. Apparemment, ils reviennent chaque mois.
Déjà quatre mois. Seulement quatre mois.
Le temps s’étire, la vie continue de sembler irréelle.

Par moments, j’ai l’impression d’être habituée à ce sentiment de vide. L’absence, qui par moment me transperce violemment, prend alors une place grande mais calme. Je m’y résigne, faute d’avoir le choix. Je vis les détails du quotidien lestée par l’absence de Paul, comme une lourde couverture qui m’enveloppe. Mouillée par les intempéries, rêche contre ma peau, mais étrangement réconfortante par sa permanence.
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je veux

mon tout petit Paul,

Me vois-tu? Je suis consumée par ce deuil égoïste et solitaire.

Je veux être fatiguée parce que tu n’as pas dormi de la nuit, je veux être épuisée parce que tu es en pleine poussée de croissance. Je n’en peux plus d’entendre les autres parents qui ont le luxe de se plaindre du manque de sommeil.

Je veux en avoir marre de nettoyer des couches lavables. Je veux les voir flotter au vent sur une corde à linge installée exprès pour ça. Je ne supporte pas le vécu pourtant valide des autres parents. Ceux pour qui il n’y a plus rien de romantique à l’idée des couches qui sèchent au soleil. Lire la suite