before/after

As i woke up this morning, trying to gather the courage to post a before/after photo of me as the mother of Paul, i sleepily looked through my facebook feed. It has not been the safest place for me recently, a feeling that, i am sure, is familiar to anyone grieving or going through difficult times. Social media invite people to stage their lives and offer glimpses of when they look most attractive, when they do the most exciting things for the world to see. In my feed, the countless very-happy-times photos and unavoidable baby photos share the space with social justice links and statuses, many about the aftermath of Michael Brown’s killing in Ferguson, violence against women, reproductive justice issues, and a few weeks ago, about the Israeli invasion of Gaza.

I find myself having a hard time facing both the overly cheerful pictures and the heart-shattering current events. I feel upset witnessing the simple and lighthearted happiness so many friends and « friends » of mine seem to enjoy, but i can’t let myself measure the amplitude of the violence and injustice faced by so many people. I can’t handle really facing either. So i often find myself withdrawing from both. Scrolling through all of it as if i had to, glossing over everything, in very much the same way i find myself doing with what is happening around me « in real life ». I can’t deal with everything at once, it seems. So i end up not dealing with anything. Spending days  without being able to connect to my loss because it feels like too much work. Lire la suite

la pluie. le gris

Paul,
tu es né par un temps intense
le froid, la glace, la neige
les éléments unis pour t’accueillir
nous t’avons fait un nid à l’abri de l’hiver

certains jours de soleil
sont comme des claques sur la gueule
qui me narguent
m’obligent à (faire semblant d’)en profiter

sous la pluie, je me sens près de toi
peut-être parce que ça me donne le droit de rester cachée
peut-être parce que les rues se vident
peut-être parce que la rivière se gonfle pour nous

j’imagine déjà le retour du froid
de la glace, de la neige
le souvenir des semaines passées à te sentir grandir
le souvenir de ton arrivée enneigée
le souvenir des heures d’errance en février
sans toi mais en te sentant au plus profond de moi

pluviophile

l’oubli

Les semaines passent et tout doucement, une sérénité un peu amère commence à m’habiter. J’imagine qu’au tréfonds de moi, je savais que je survivrais à la disparition de Paul, malgré la souffrance dans laquelle elle m’a plongé, même si j’ai cru par moments que je n’y arriverais pas. Je me rappelle qu’à l’hôpital, dans le petit salon des familles que l’on nous avait assigné même si notre famille était en pleine désintégration, je découvrais cette contradiction en moi. Le sentiment qui débordait de partout, c’était que je ne survivrais pas, que la douleur me dissoudrait de l’intérieur. Pourtant, parallèlement, quand on m’a questionnée, la réponse que j’ai donnée à voix haute au milieu de la brume a plutôt été « je sais que j’ai les outils pour passer à travers mais ça m’écoeure de les utiliser. » Ou quelque chose du genre. Lire la suite

objectifs/subjectif

lampions1_FotorVendredi, P. et moi avions convié les gens qui le souhaitaient à se souvenir de Paul, six mois après son décès, en allumant une chandelle pour lui. Nous avons reçu des témoignages de soutien et d’amour et de souvenirs, de nos proches mais aussi de personnes que je ne connais que par le biais de blogues ou d’autres espaces virtuels de soutien. Dans tous les cas, merci infiniment de vous souvenir de Paul et de son passage avec nous. Merci de continuer de rendre réelle sa vie, si courte ait-elle été. Merci d’être présentes et présents pour lui et pour nous.

Les photos et les messages que nous avons reçu m’ont aidé à m’accrocher et à terminer cette semaine tellement baignée par les souvenirs des dernières journées de Paul, en janvier. Nous avons passé la semaine en sa présence, laissant des traces de lui sur notre chemin.

Samedi, nous étions inscrits à une course à pied, la même où P. et moi nous sommes rencontrés. Une course que nous aurions tous deux souhaité courir en compagnie de Paul dans sa poussette. Finalement, nous avons tout de même pris le départ, Paul avec nous par l’esprit uniquement, présent dans le paysage magnifique de l’Isle-aux-Coudres. J’ai couru en pensant à lui, en l’imaginant à sept mois, en essayant de sentir le poids qu’aurait pesé la poussette que nous avions achetée justement pour ça mais qui prend la poussière dans notre sous-sol. Lire la suite

fierté

Je viens de passer quelques jours à Montréal et à Toronto. Un court voyage visant d’abord à encrer dans ma peau une marque du petit marcassin, n’ayant demandé qu’une organisation très minimale. C’était simple et agréable. Du temps passé à explorer des horizons (plus ou moins) nouveaux en bonne compagnie. J’en ai profité, malgré la fatigue qui continue de me peser. Et surtout, malgré l’arrière-goût d’anormalité qui teinte tout ce que je fais. Je ne devrais pas être là, à assister à une pièce de théâtre au milieu de l’après-midi, seule dans une ville loin de chez moi. Je devrais être à la maison avec mon bébé ou en train de vivre une première expérience de camping ou de baignade avec lui. À la place, je dispose de toute cette liberté de mouvement dont je ne veux plus.
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trop de temps

Je ne suis pas seule. Ça semble généralisé parmi les mamans « désenfantées. »

Noter les dates, essayer de rendre compte de leur importance, de leur signification. Autour de moi, dans cette communauté virtuelle qui m’entoure, chaque jour importe. Chaque jour est un anniversaire, si petit ou si grand soit-il.

Je ne suis pas seule à être surprise de l’effet que ces dates me font, de l’emprise qu’elles peuvent avoir sur ma journée. Je suis surprise aussi quand une journée possiblement difficile se passe à peu près bien. Lire la suite

un peu de temps

IMG_7363_Fotorje suis tombée en congé
comme tombée de ma chaise

sans travail pour rythmer mes journées
sans contrainte. sans but
sans enfant, plus que jamais
sans Paul

j’ai passé deux jours avec son cousin
bébé chronophage, comme les autres

j’ai occupé mon temps à
regarder son sourire
tenter d’imaginer celui de Paul
le voir marcher à quatre pattes
me demander si Paul pourrait déjà le suivre
me sauver un peu aussi

Paul ne régit plus mon temps

bien malgré moi
je peux choisir
quand m’en occuper
quand materner son souvenir
quand faire autre chose
pour un temps

pour (essayer d’) en finir avec l’auto-censure

On dit qu’une personne est lourde quand elle nous semble se vautrer excessivement dans des émotions perçues comme négatives – par exemple la colère, l’anxiété et la tristesse. Le mot ‘lourdeur’ a une connotation péjorative et, de fait, est porteur de censure. On peut donc l’utiliser comme bâillon, de façon à ne pas avoir à gérer les émotions de la personne en face, à ne pas subir un drain émotif malvenu.

Mimi

La fête nationale. Une part de moi s’en fout un peu, et je ne me sens pas l’énergie d’exposer des critiques politiques/constructives à ce moment d’étalage collectif d’un nationalisme un peu vide. De toute façon, plein de gens l’ont fait tout à fait adéquatement et se sont fait un plaisir de le partager sur leur réseau social de choix. Alors pour ma part, je n’ai pas partagé à ma ribambelle « d’ami-e-s » ce que j’en pensais. Pourtant, j’avais le temps. Et, au fond, j’avais quelque chose à dire.
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les nuits

Je sens le museau mouillé de Lula me pousser doucement sur la main. Je me réveille à moitié. Je lui dis de retourner dans son panier. Il pleut fort. Je n’entends pas d’orage mais apparemment, Lula capte des bruits de tonnerre au loin, qui me sont imperceptibles. Elle s’agite, se couche, se relève. Tourne et se retourne. Le cliquetis de ses griffes sur le plancher m’empêche de me rendormir. Je me lève pour aller chercher le vieux peignoir dont on se sert pour l’essuyer quand elle est mouillée. J’en recouvre Lula, lui fabricant une petite tanière. Elle s’apaise enfin.

Je retourne me coucher le cœur chaviré. Le temps d’un instant, j’ai senti la satisfaction d’avoir répondu à un besoin pressant, d’avoir accompli un devoir, d’avoir pris soin. Puis, dans ce demi sommeil, je réalise à quel point j’aurais voulu avoir à me réveiller pour mon bébé. Les nuits lourdes et ininterrompues ne sont plus gage de repos mais de désolation. Lire la suite

se/souvenir/s

Au club de judo, après le cours. On félicite une nouvelle ceinture noire.
L’ambiance est à l’échange de souvenirs. Mon voisin parle de son passage de ceinture noire.

Je me rend compte que je n’ai pratiquement pas de souvenirs du mien.
Le 4 juin 2005, c’est dûment noté dans mon « passeport ». La semaine d’après, j’aurai 18 ans.
J’essaie de conjurer les souvenirs. Il me revient vaguement l’image d’un diner après le passage de grade. Mais c’est à peu près tout.
Un passage à vide.
Je connais les dates mais je ne me rappelle plus de grand-chose. De la multitude des mailles qui formaient ma vie à ce moment, je n’arrive à en remonter qu’une. Celle qui raconte la fin de la vie de Jacques. Lire la suite