dans mon congélateur

Dans le congélateur, un petit sac de lait congelé que j’avais oublié.
Il devait être caché derrière un sac de petits pois quand j’ai rangé tous les autres contenants de lait maternel dans une glacière qu’un ami de P. a apporté à Montréal pour une maman qui en avait besoin. Depuis, j’oublie le petit sac, puis je le redécouvre. Parfois c’est un moment sans émotion, je le laisse de côté pour pouvoir trouver ce que je cherche.

Parfois la vue du petit sac me rappelle la détresse qui teinte ce lait que je ne veux pas jeter. La détresse de me réveiller au milieu de la nuit pour exprimer du lait et n’entendre que le silence, ne sentir que l’absence immense. Lire la suite

incertitudes – la suite

Salle d’attente, avant notre rendez-vous en médecine génétique. J’ai marché jusqu’ici à contrecœur. Je ne veux pas être là. Nous donnons nos cartes et informations à la réceptionniste. En arrière-plan, un enfant qui pleure. Nous nous assoyons dans un coin. Le petit garçon continue de pleurer, ses parents l’ignorent. Il pleure plus fort tout d’un coup. Sa mère lui pose la main sur la bouche et lui dit de se taire. Je détourne les yeux. J’ai envie de pleurer et de crier et de vomir. J’ai envie de leur dire de s’occuper de leur fils. Pendant quelques instants, mal-à-l’aise, j’oublie presque pourquoi je ne veux pas être ici même si la situation me semble de mauvais augure. Le nom du petit garçon est appelé à l’interphone, la famille s’éloigne et avec elle, le son déchirant des pleurs. Je suis soulagée un instant, puis le stress par rapport à ce qui nous attend se réinstalle, quelque part entre le fond de ma gorge et mon estomac qui se serre. Lire la suite

objectifs/subjectif

lampions1_FotorVendredi, P. et moi avions convié les gens qui le souhaitaient à se souvenir de Paul, six mois après son décès, en allumant une chandelle pour lui. Nous avons reçu des témoignages de soutien et d’amour et de souvenirs, de nos proches mais aussi de personnes que je ne connais que par le biais de blogues ou d’autres espaces virtuels de soutien. Dans tous les cas, merci infiniment de vous souvenir de Paul et de son passage avec nous. Merci de continuer de rendre réelle sa vie, si courte ait-elle été. Merci d’être présentes et présents pour lui et pour nous.

Les photos et les messages que nous avons reçu m’ont aidé à m’accrocher et à terminer cette semaine tellement baignée par les souvenirs des dernières journées de Paul, en janvier. Nous avons passé la semaine en sa présence, laissant des traces de lui sur notre chemin.

Samedi, nous étions inscrits à une course à pied, la même où P. et moi nous sommes rencontrés. Une course que nous aurions tous deux souhaité courir en compagnie de Paul dans sa poussette. Finalement, nous avons tout de même pris le départ, Paul avec nous par l’esprit uniquement, présent dans le paysage magnifique de l’Isle-aux-Coudres. J’ai couru en pensant à lui, en l’imaginant à sept mois, en essayant de sentir le poids qu’aurait pesé la poussette que nous avions achetée justement pour ça mais qui prend la poussière dans notre sous-sol. Lire la suite

six mois

Photo 2014-07-29 20 22 12Une demi-année à essayer de reprendre pied.

Nous passons quelques jours à camper, comme nous aurions tant souhaité le faire avec Paul. À la place, je pense à lui, au temps qui nous sépare. Il y a six mois, je sentais le sol se dérober entièrement sous mes pieds. La veille, le 29 janvier, avait commencé normalement, banalement. De la visite, des couches à changer, une bouche à nourrir, encore et encore, des bisous à donner. J’ai allaité Paul une dernière fois, sans me douter de quoi que ce soit, heureuse d’être là avec lui. Je m’apprêtais à envoyer des photos de lui et des lettres décrivant le bonheur que nous vivions de l’avoir enfin dans nos bras. Je regardais une dernière fois les photos avant de cacheter les enveloppes. Les premières photos imprimées de Paul, des images choisies parmi les centaines prises pendant ses trois premières semaines de vie. Les enveloppes seront finalement parties vers leurs destinataires une fois l’inimaginable arrivé, parce que ne pas les envoyer m’aurait semblé une insulte à la mémoire de Paul.

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répétitions/rituels

J’ai l’impression de me répéter.
De revivre maintes et maintes fois les mêmes choses, de redire encore et encore les mêmes histoires. C’était très prononcé dans les semaines qui ont suivi la mort de Paul. Éventuellement, ça s’est calmé un peu. Mais un peu seulement.

Doucement, je m’habitue à l’idée mais je continue de sentir le besoin initial de dire. Dire la vie de Paul, son départ, le vide que sa mort a créé, mon expérience de mère, avant et après son décès. Je répète. Je me répète. J’essaie de me faire à l’idée. J’essaie de saisir la situation, littéralement. J’essaie de la comprendre, de la prendre avec moi, de la rendre mienne. J’essaie de combattre le sentiment d’irréalité qui s’est imposé dès les premiers instants où j’ai su que quelque chose n’allait pas, que Paul allait mal.

À ce moment, je m’étonnais encore de la présence de Paul. J’imagine que je ne suis pas la première à avoir vécu ce sentiment surprenant. Prendre la mesure de la beauté du processus à la fois si simple et si complexe qui permet la conception. S’extasier devant la magie nécessaire pour qu’un humain en bonne et due forme pousse dans le corps d’un autre. D’une autre.
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emotional hangover

je m’échappe, hors du temps, pour quelques jours
à repousser un lendemain de veille
inévitable, invivable.

la réalité me rattrape
je t’ai perdu

pour toujours
mon petit
mon tout
moi

J’ai passé trois journées à prendre une pause de la réalité, à renouer des liens avant que trop de temps ne les délie. La distraction était la bienvenue. Mais je me rends bien compte du motif qui se dessine : chaque escapade, chaque moment de repos et de recul est suivi d’une gueule de bois émotive. Lire la suite

chercher du sens

Il y a quelques semaines, lors d’une rencontre de groupe de soutien, l’animatrice nous parle de la recherche de sens comme un aspect incontournable du deuil, comme une étape essentielle à un deuil qui permet, éventuellement, de revivre. J’ai des doutes. Je ne vois pas de sens à la mort de Paul. Et je ne suis pas certaine de vouloir en trouver.

Il y a deux jours. J’écoute une émission qui présente des extraits de conférences TED pour m’encourager à terminer une course (un peu) longue. Dans l’un d’eux, il est question de la persévérance de différent-e-s athlètes face aux obstacles rencontrés dans leur vie et dans leur carrière. L’émission présente le parcours d’Amy Purdy, une snowboardeuse qui a remporté deux coupes du monde et participé aux jeux paralympiques de Sotchi après avoir subi une amputation des deux jambes à l’âge de 19 ans à cause d’une méningite fulgurante. Dans sa conférence, elle parle du processus par lequel elle est passée pour donner du sens à cette expérience, elle qui, quelques années auparavant s’était dit que si elle un jour elle perdait l’usage de ses jambes, elle mettrait fin à ses jours.
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un pied, puis un autre

j’ai un travail que j’aime
parfois j’oublie pourquoi
j’ai des ami-e-s
des gens fantastiques
mais je manque de courage pour les voir
je manque d’énergie pour sortir
fake it til you make it
c’est trop fatiguant
j’ai un amoureux
tout ce qui me manque
c’est toi
entre nous deux

Le long de la rivière, je cours. J’essaie de ne pas réfléchir, de ne pas laisser mon esprit dériver trop loin. Je pense à mes pas, à la douleur physique, mineure en comparaison avec la douleur immense et constante de l’absence de Paul.
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son

Pendant les jours qui ont suivis la mort de Paul, son absence me semblait complètement irréelle. Nous venions de passer quatre semaines ensemble, quatre semaines où, comme j’essayais d’expliquer hier, c’est sa présence qui était un peu éthérée, pas complètement fixée dans la réalité. Dans ma réalité.

Certains jours, l’absence de Paul est difficile à réaliser, à réellement saisir. Dans la maison, les photos de lui sont bien visibles. Dans notre chambre, son urne l’est aussi. Dans mon corps, sur mon corps, les traces de son passage sont claires.
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fierté

Je viens de passer quelques jours à Montréal et à Toronto. Un court voyage visant d’abord à encrer dans ma peau une marque du petit marcassin, n’ayant demandé qu’une organisation très minimale. C’était simple et agréable. Du temps passé à explorer des horizons (plus ou moins) nouveaux en bonne compagnie. J’en ai profité, malgré la fatigue qui continue de me peser. Et surtout, malgré l’arrière-goût d’anormalité qui teinte tout ce que je fais. Je ne devrais pas être là, à assister à une pièce de théâtre au milieu de l’après-midi, seule dans une ville loin de chez moi. Je devrais être à la maison avec mon bébé ou en train de vivre une première expérience de camping ou de baignade avec lui. À la place, je dispose de toute cette liberté de mouvement dont je ne veux plus.
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