emotional hangover

je m’échappe, hors du temps, pour quelques jours
à repousser un lendemain de veille
inévitable, invivable.

la réalité me rattrape
je t’ai perdu

pour toujours
mon petit
mon tout
moi

J’ai passé trois journées à prendre une pause de la réalité, à renouer des liens avant que trop de temps ne les délie. La distraction était la bienvenue. Mais je me rends bien compte du motif qui se dessine : chaque escapade, chaque moment de repos et de recul est suivi d’une gueule de bois émotive. Lire la suite

chercher du sens

Il y a quelques semaines, lors d’une rencontre de groupe de soutien, l’animatrice nous parle de la recherche de sens comme un aspect incontournable du deuil, comme une étape essentielle à un deuil qui permet, éventuellement, de revivre. J’ai des doutes. Je ne vois pas de sens à la mort de Paul. Et je ne suis pas certaine de vouloir en trouver.

Il y a deux jours. J’écoute une émission qui présente des extraits de conférences TED pour m’encourager à terminer une course (un peu) longue. Dans l’un d’eux, il est question de la persévérance de différent-e-s athlètes face aux obstacles rencontrés dans leur vie et dans leur carrière. L’émission présente le parcours d’Amy Purdy, une snowboardeuse qui a remporté deux coupes du monde et participé aux jeux paralympiques de Sotchi après avoir subi une amputation des deux jambes à l’âge de 19 ans à cause d’une méningite fulgurante. Dans sa conférence, elle parle du processus par lequel elle est passée pour donner du sens à cette expérience, elle qui, quelques années auparavant s’était dit que si elle un jour elle perdait l’usage de ses jambes, elle mettrait fin à ses jours.
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quelques problèmes de la dichotomie aidée/aidante

Une petite note avant de commencer : ça fait quelques jours que j’ai envie d’écrire un peu sur l’organisation des groupes de soutien aux personnes endeuillées suite à ma très courte expérience avec deux groupes dont j’apprécie le travail. Mon point de vue est probablement très limité mais je me lance tout de même… J’imagine que ça sert aussi à ça un blogue.

 

Je travaille dans un milieu où on parle beaucoup de « passer du je au nous ». Quand j’échange avec les personnes qui viennent demander du soutien ou des ressources au groupe pour lequel je travaille, j’essaie de trouver une petite ouverture pour aborder la façon dont leurs problèmes s’inscrivent dans un cadre plus large. Dans certains cas, c’est clair pour les gens qu’il y a des causes structurelles qui sous-tendent ce qu’ils vivent. D’autres fois, ce n’est pas si simple. Dans ces cas-là, j’essaie, quand c’est possible et opportun, de planter une petite graine de cette réflexion qui me semble incontournable : les problèmes vécus par les individus s’inscrivent dans un contexte socio-culturel donné, et les « vraies » solutions à ces problèmes impliquent une remise en question de structures sociales problématiques.

Cette façon de voir les choses me guide en dehors du travail. C’est moins une déformation professionnelle qu’une raison pour laquelle je fais et j’aime ce travail. Ceci dit, je reconnais les aspects problématiques de ce type de poste, de cette professionnalisation de certains rôles dans les luttes pour plus de justice sociale. L’un d’eux est la hiérarchie qui s’installe souvent entre intervenant-e-s et participant-e-s (ou militant-e-s). Cette asymétrie s’articule parfois autour de l’argent (salariat pour l’un-e, bénévolat pour l’autre), de la reconnaissance sociale (profession pour l’un-e, demande de services pour l’autre). Parfois aussi, l’asymétrie découle de la définition même de la relation d’aide. D’un côté, l’aidant-e, de l’autre, l’aidé-e.
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un peu de repos

mon petit tout,

Il y a longtemps que je ne t’ai pas écrit à toi directement.

Quand j’écris aux autres, quand je parle de toi à la troisième personne, j’espère que tu sais que tu reste mon interlocuteur privilégié.

J’essaie de réfléchir, de fonctionner. Parfois j’y arrive, même si tu sais, tu as toujours ta place dans mon esprit. Je t’imagine comme un petit animal dans cet espace inventé qu’occupent mes pensées. Mon minuscule monde des idées personnel.

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un pied, puis un autre

j’ai un travail que j’aime
parfois j’oublie pourquoi
j’ai des ami-e-s
des gens fantastiques
mais je manque de courage pour les voir
je manque d’énergie pour sortir
fake it til you make it
c’est trop fatiguant
j’ai un amoureux
tout ce qui me manque
c’est toi
entre nous deux

Le long de la rivière, je cours. J’essaie de ne pas réfléchir, de ne pas laisser mon esprit dériver trop loin. Je pense à mes pas, à la douleur physique, mineure en comparaison avec la douleur immense et constante de l’absence de Paul.
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10 Things About Me – Grief Aside

Edited as i woke up and realize my list was missing something important…

Un billet peut-être moins pertinent pour les personnes qui me connaissent dans la vraie vie…

Since yesterday, I have read a few responses to an invitation made on the Still Standing magazine website to share 10 Things About You – Grief Aside. I feel like I wouldn’t usually respond to that sort of assignment but i have enjoyed reading the lists from people whose blogs i have been following and so i want to share as well.

here i go…

1- Where were you born and where do you live?
I was born in Nantes, France, to a French mother and a Quebecois father. We moved when i was 3 and I have spent most of my life in Québec city.

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son

Pendant les jours qui ont suivis la mort de Paul, son absence me semblait complètement irréelle. Nous venions de passer quatre semaines ensemble, quatre semaines où, comme j’essayais d’expliquer hier, c’est sa présence qui était un peu éthérée, pas complètement fixée dans la réalité. Dans ma réalité.

Certains jours, l’absence de Paul est difficile à réaliser, à réellement saisir. Dans la maison, les photos de lui sont bien visibles. Dans notre chambre, son urne l’est aussi. Dans mon corps, sur mon corps, les traces de son passage sont claires.
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fierté

Je viens de passer quelques jours à Montréal et à Toronto. Un court voyage visant d’abord à encrer dans ma peau une marque du petit marcassin, n’ayant demandé qu’une organisation très minimale. C’était simple et agréable. Du temps passé à explorer des horizons (plus ou moins) nouveaux en bonne compagnie. J’en ai profité, malgré la fatigue qui continue de me peser. Et surtout, malgré l’arrière-goût d’anormalité qui teinte tout ce que je fais. Je ne devrais pas être là, à assister à une pièce de théâtre au milieu de l’après-midi, seule dans une ville loin de chez moi. Je devrais être à la maison avec mon bébé ou en train de vivre une première expérience de camping ou de baignade avec lui. À la place, je dispose de toute cette liberté de mouvement dont je ne veux plus.
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trop de temps

Je ne suis pas seule. Ça semble généralisé parmi les mamans « désenfantées. »

Noter les dates, essayer de rendre compte de leur importance, de leur signification. Autour de moi, dans cette communauté virtuelle qui m’entoure, chaque jour importe. Chaque jour est un anniversaire, si petit ou si grand soit-il.

Je ne suis pas seule à être surprise de l’effet que ces dates me font, de l’emprise qu’elles peuvent avoir sur ma journée. Je suis surprise aussi quand une journée possiblement difficile se passe à peu près bien. Lire la suite

moismiversaire

J’aime rêver à Paul. Au réveil, l’espace d’un moment, je profite de sa présence sans avoir à faire l’effort de l’imaginer. Hier, il était là avec moi, déjà un petit garçon. Tout allait bien, il ne se passait rien. Faute d’avoir nommé ou écrit tous les détails tout de suite, ils se sont estompés. Ne reste que le souvenir de la sensation, tellement agréable, que tout était à sa place. Que notre existence avait suivi le cours normal des choses, qu’elle ne s’était pas brisée un jour de janvier.

Si tout était normal, Paul aurait six mois aujourd’hui. Je me rappelle, il y a longtemps maintenant, avoir célébré les six mois d’une cousine, par une journée de fin d’été. On avait chanté une chanson inventée « Bon moismiversaire » rassemblés autour d’une table à pique-nique, sur un terrain de camping. Je ne me rappelle pas s’il y avait un gâteau, ou un autre élément qui marquait l’occasion. Je me rappelle seulement de la joie dans les paroles, de mon sourire en chantant.
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